LA PAROISSE DE BOBIGNY
La paroisse est une petite famille dans la famille diocésaine, qui elle-même se rattache à la grande famille chrétienne, à l’Eglise fondée par Notre-Seigneur et répandue sur toute la terre.
A la tête de l’Église de Jésus-Christ est le Souverain-Pontife, successeur de saint Pierre, qui donne aux évêques la mission ou juridiction qui leur est nécessaire pour gouverner leur diocèse.
Les évêques, successeurs des Apôtres, chacun dans leur diocèse, confèrent aux prêtres qu’ils ont choisis, l’institution canonique et les provisions; c’est-à-dire le droit d’administrer la paroisse qui leur est confiée.
Ces prêtres placés par les évêques à la tète des paroisses portent le nom de curés, du mot latin curatus , ou mieux curator, qui signifie qu’ils ont comme charge spéciale le soin des âmes de leurs paroissiens.
Les paroissiens sont, entre les habitants de la commune, ou dans la communauté des habitants, ceux qui appartiennent à l'Église de Jésus- Christ par le caractère de chrétien qu’ils ont reçu au baptême.
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Eux aussi, sont légitimement soucieux des intérêts de la vie présente; mais leur qualité d’enfants de Dieu les fait s’employer avant tout à conquérir l’éternelle vie. Ils sont soumis aux lois de leur pays; mais ils obéissent d'abord à la voix de la conscience, c’est-à-dire à la loi naturelle, gravée par Dieu dans l’intérieur de toute âme humaine; à la loi du décalogue ou des dix préceptes, qui en est la révélation écrite; à la loi de l’Évangile enfin, à cette loi de charité, qui est l’achèvement et la perfection de toute loi.
On peut faire remonter l’origine de la cure de Bobigny au ixa siècle de notre ère. alors que les paroisses étaient pour la plupart desservies en France par des moines non astreints à la vie en commun et députés par l’évêque diocésain.
Nous l'avons déjà marqué dans notre Introduction, le premier titre que l’on trouve concernant l’église curiale de Bobigny est de 1050, dans le temps que cette église appartenait en bénéfice à Gualéran, chantre de la cathédrale, et sous l’épiscopat de Imbert de Vergy, évêque de Paris.
Il n'y avait que peu d'années que les cénobites chargés des cures s’étaient retirés dans les monastères, afin de travailler plus efficacement, dans la solitude du cloître, par la prière et l’étude, à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Néanmoins, il fut encore permis à plusieurs de ces moines de garder les cures dont ils étaient titulaires, et même d’en accepter de nouvelles comme bénéfices, en les faisant desservir par des vicaires de leur choix, dits perpétuels, parce qu’ils ne pouvaient être révoqués, et auxquels une part de revenu suffisante à leur entretien et proportionnée à l’importance de chaque paroisse, appelée portion congrue, fut assurée1.
Les religieux de l’abbaye de Cluny, qui suivaient la règle de saint Benoît, furent appelés en 1067, par un diplôme du roi Philippe Ier, à habiter et à gouverner le monastère de Saint-Martin des Champs, à Paris, au lieu et place des chanoines qu’y avait mis, en le rétablissant, Henri Ier.
On vit quelques années plus tard, en l'an 1089, Geoffroy de Boulogne, successeur d’Imbert de Vergy sur le siège de Paris, faire à ces
1. Compilation du Droit romain } du Droit français et du Droit canon} p. 21, 22 et 23. Paris, 1686.
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nouveaux religieux, réputés pour leurs vertus et leur savoir, donation entre autres de l’église paroissiale de Bobigny.
Nous transcrivons ici le texte latin de cette charte de donation, en y joignant la traduction française.
» Cura seu vicaria perpétua sancti Q/lndreœ de Balbiniaco parisiensis « diocesis.
« Gotofridi parisiensis episcopi, Caria.
» Divinis scripturarum authoritatibus informamur, frequentiùs autem « Apostoli monitis quasi quadam manu sollicitudinis excitamur, ut dum » tempus habemus; bonum ad omnes, maximè autem ad domesticos tidei « operemur, et peccata nostra eelemosinis redimentes, amicos et receptores « nobis in æterna tabernacula faciamus. Quisquis ergo se in multis « meminit deliquisse, studeat necesse est illis prodesse, quorum præcibus a in districto examine non est timendum in manus Dei viventis incidere.
« Talibus autem humilitas nostra placere non différât, et necessaria peten- « tibus abundans misericordia manum benedictionis non retrahat.
« Ego igitur Goisfridus gratia Dei parisiorum episcopus antè mentis « oculos diem ilium reducens, et periculum animæ meæ, bine accusante « conscientia, bine non adeo defendente misericordia, metuens; monan ebis Cluniacensibus apud S. Martinum de Campis Domino servientibus,
» quatuor altaria et quæque sunt ad ea pertinentia donamus, nulloque « nobis notrisque successoribus in eis jure retento, prêter synodum et « circadam, et ecclesiarum reconciliationem curamque animarum paro- « cliiano presbytero à nobis concessam, perpetuo jure possidenda conce- « dimus, unum videlicet in villa quæ dicitur Cevrannus. Aliud apud « villam Noisiacum. Annuentibus comité Donni-Ma^tini Hugone, et » Guarino Milonis tilio, et Milone Guarini. Hæc enim duo altaria supra- « dictus cornes ex nostro, Guarinus vero ex comitis possedit beneticio. « Tertium quoque in villa quæ vocatur Campaniacus. Quartum in ea « quæ nuncupatur Balbiniacus. Annuentibus Joscelino Archidiacono, et « Gualeranno cantore. Quorum illud Campaniaci Josselinus ex nostro, « illud autem Balbiniaci Gualerannus babuit beneticio. Hoc etiam libenti « animo concesserunt Drogo et Rainaldus arcbidiaconi. In Drogonis « enim archidiaconatu ilia duo quæ sunt, Cevrani et Balbiniaci. in Rai- « naldi vero, ea quæ sunt Campaniaci et Noscaci, consistent altaria. Ut
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« autem hoc, donum stabile inconvulsum que permaneat, Cartam islam « lieri præcepimus manu que propria iïrmavimus, manibus que canoni- « corum nostrorum firmandam tradidimus, nostroque sigillo subter signait vimus.
<i Actum publicè Parisius, in capitulo S. Mariæ, anno Incarnationis « Dominicæ M.LXXXIX. Régnante Philippo rege anno XXXI. Gois- « frido vero parisiensi episcopo XXX. Indictione quoque XII l. »
Cure ou vicarie perpétuelle de Saint-André de Bobigny, du diocèse de Paris.
Charte par la quelle Geoffroy, évêque de Paris, donne en bénéfice aux religieux de Saint-Martin des Champs, l'autel de l’église de cette aroisse.
Appuyés sur l’autorité des divines Écritures afin de répondre aux exhortations pressantes de l’apôtre, faisons durant le cours de notre vie du bien à tous nos semblables, et particulièrement aux vrais serviteurs de Dieu. Qui plus est, par des aumônes multipliées distribuées aux nécessiteux, rachetons nos péchés et faisons-nous de tous ceux que nous aurons assistés, des amis qui nous ouvrent l’entrée des tabernacles éternels. Que celui surtout qui a souvenir d’avoir offensé gravement le Seigneur, s’applique à se rendre utile à ceux d’entre ses frères, dont les suffrages pourront lui être de la plus grande utilité pour ne pas tomber dans les mains du souverain juge des vivants et des morts. Tout pénétré de ces sentiments, nous ne \ oulons point différerplus longtemps de venir en aide selon notre pouvoir à nos vénérés frères en Notre-Seigneur, et de leur tendre une main secourable, k fin de leur procurer du moins le nécessaire, et d’attirer sur notre personne une miséricorde abondante.
Je Geoffroy, par la grâce de Dieu évêque de Paris, ayant présent aux yeux de notre âme le jour redoutable du jugement qui doit décider de notre éternité, pour la tranquillité de notre conscience et à fin de nous rendre favorable la divine miséricorde, nous donnons à perpétuité aux moines de Cluny de Saint-Martin des Champs à Paris, qui sont entièrement consacrés au service de Dieu, quatre autels, compris les biens qui en dépendent, et sans retenue d’aucun droit pour nous et nos successeurs, à
i. Dom Marrier. Hist. Mo nus. S. Martini de Campis, p. 486 et 487. Paris, 1637.
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l’exception toutefois des droits de synode, de visite, de réconciliation des églises et du soin des âmes, confié par nous au curé de la paroisse: le premier de ces autels, au village de Sevran ; le second, au village de Noisy, du consentement de Hugues, comte de Dammartin, et de Guérin, fi ls de Milon, et de Milon, fils de Guérin. Hugues ayant reçu de nous en bénéfice ces deux autels, et Guérin les tenant au même titre du dit comte; le troisième, au village de Champigny ; le quatrième, au village appelé Bobigny } de l’assentiment de Joscelin, archidiacre, et de Gualéran, chantre de notre cathédrale. Joscelin ayant reçu de nous également en bénéfice, l'autel de Bobigny. Drogon et Renaud, nos archidiacres, ont aussi consenti librement à cette donation. Les autels de Sevran et de Bobigny font, en effet, partie de l’archidiaconé de Drogon et ceux de Champigny et de Noisy font partie de l'archidiaconé de Renaud. Et à tin de rendre cette donation stable et perpétuelle, nous en avons fait dresser un acte écrit, que nous avons signé de notre main, et que nous avons donné à signer à nos vénérables chanoines et scellé de notre sceau.
Fait publiquement à Paris, en séance du Chapitre de Notre-Dame, l’année 1089 de 1 Incarnation de Notre-Seigneur, la trente et unième du règne de Philippe I, roi de France, la trentième de l’épiscopat de Geoffroy, évêque de Paris, et la douzième de l’Indiction.
Suivent les signatures de Geoffroy, du doyen du chapitre, du chantre, des archidiacres, des chanoines, à la tète desquels Gautier, évêque de Meaux, des prêtres, des lévites, des sous-diacres, des clercs et du chancelier qui a écrit cette Charte.
Une bulle du Pape Urbain II, du 2 juillet de l'an 1097, confirma cette donation et toutes celles qui avaient été faites aux religieux du monastère de Saint-Martin des Champs.
Un demi-siècle plus tard, Thibaut, évêque de Paris qui avait été prieur de ce monastère avant sa nomination à l’épiscopat, donna en l’année 1150 une charte dans laquelle on le voit mentionner avec éloge la donation de Geoffroy de Boulogne et s’exprimer au sujet de l’église de Bobigny dans les termes que voici : Ecclesiam de Balbiniaco cum tertia parte decimœ : l’église de Bobigny avec le tiers de la dîme.
Le pouillé parisien du xiLsièleet tous les pouillés postérieurs, comme ceux de 1534 et de 1767, attribuent également au prieur de Saint-Martin des Champs le droit de présentation à cette cure.
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Il est difficile de préciser l’époque de la construction à Bobigny de la première église paroissiale. Il yen avait une assurément en 1050, dont l’autel était, ainsi que nous venons de le rapporter, le bénéfice deGualéran, chantre de la cathédrale, et il est à croire qu’elle avait pour patron titulaire saint André et pour patron secondaire saint Pierre, comme les autres églises qui furent construites par la suite.
Elle était située à l’extrémité du village, du côté oriental, à l'angle du chemin de Bondy et de la sente conduisant à Drancy. A l’opposé de ces deux voies, l’éditice sacré était circonscrit par le cimetière. Enfin la sente de Bobigny à Drancy séparait son portail des murs du parc. On découvre encore aujourd’hui, à l’endroit occupé jadis par cette église primitive et son cimetière, des débris detombesen plâtre, remontant aux xive et xve siècles, ainsi que les ossements de ceux qui furent inhumés à ces époques déjà anciennes et dans des temps postérieurs.
L’église, visitée en 1747 par l’abbé Lebeuf, avait été construite sur le même emplacement que laprécédente et probablement aux frais deM. Jean Perdrier, seigneur de la paroisse et gros décimateur. .Yu dire de l’illustre visiteur, elle possédait deux collatéraux, l’un à droite et l’autre à gauche du chœur et était surmontée au croisillon d’une tour très étroite et paraissant appartenir à un âge très reculé. Enfin le savant historien rapporte dans son ouvrage, que cette seconde église de Bobigny fut consacrée le 28 avril de l’année 1557, avec la permission d’Eustache du Bellay, évêque de Paris, par Charles Boucher d’Orsay, abbé de Saint-Magloire et évêque (in partibus infidelium) , de Mégare ou Magarance en Attique. Ce prélat y bénit cinq autels et le cimetière 1.
Le maître-autel fut dédié à saint André, patron de la paroisse. Dans le transept, l’autel de droite fut dédié à la sainte Vierge et celui de gauche à saint Pierre. Enfin, des deux autels de la nef, l’un fut dédié à sainte Anne et l’autre à saint Roch. L’anniversaire de cette dédicace ou consécration ne se célébrait toutefois que dans le courant du mois de mai, et ordinairement le 16 de ce mois, à cause sans doute des cérémonies de la semaine sainte et des solennités pascales qui arrivent le plus souvent en avril.
1. Chirles Boucher d’Orsay, abbé de Saint-Magloire, fit li dédicace d’u;i grand nombre d’églises dans le diocèse de Paris, sous les règnes deFr.m;ois Ilr et de Henri II.
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L’église actuelle de Bobigny remonte à 176p. Philippe-Guillaume Jacquier, vidame de Vielsmaisons, dernier seigneur de Bobigny, donna non seulement le terrain nécessaire à sa construction, mais la fi t bâtir à ses frais sur la grande rue et en face de l’ancien manoir seigneurial, élevé, en 1584, par Guillaume Perdrier. Il lui fit donner la forme d’une croix latine et ordonna de la surmonter d'un clocher hexagone enboisde chêne et solidement arc-bouté au moyen de fortes charpentes sur les quatre gros piliers du croisillon. Il fit également bâtir deux demi-tourelles aux deux angles, en avant du transept et par dehors, afin de donner aux fidèles la facilité de pénétrer dans les deux chapelles latérales, sans passer par le chœur.
L’éditice est de style moderne plein-cintre, il se termine en hémicycle et est tourné vers le midi. Les murs sont d’un mètre d’épaisseur et bâtis en pierre de taille et pierre à plâtre. Sa longueur intérieure est de 25 mètres, sa largeur au transept est de 18 mètres, et sa hauteur du sol à la voûte est de 18 mètres 50 centimètres. Monsieur Jacquier dota aussi la paroisse d'un nouveau cimetière aménagé dans tout le pourtour extérieur delà nouvelle église et s’étendant à une distance d’environ 10 mètres de ses murs.
On transporta dans le temple neuf quelques-unes des pierres tombales que renfermait l’ancien temple détruit pour cause de vétusté. Trois de ces pierres funéraires ont gardé encore quelque reste de gravure. Nous en avons pris l’empreinte au moyen du décalque et nous en offrons au lecteur un dessin en raccourci, exécuté par l’habile crayon de M. Ch. Fichot, qui a reproduit aussi les quelques vues renfermées dans ce travail.
La première de ces dalles funèbres que I on rencontre sous ses pas, et
c’est du reste la plus ancienne, se trouve à l’entrée de l’église, formant le
seuil de la grande porte. Elle représente un personnage en robe longue, les mains jointes, encensé par deux anges, et ayant un lévrier couché sous ses pieds. Au-dessous du bras gauche est un écusson, dont les armoiries sont méconnaissables, parce qu’elles ont été hachées à coups de marteau parles vandales de 17513. Tout l’ensemble de cette figure et l’inscription qui l’entoure, marquent clairement que cette pierre tombale appartient à la fin du xme siècle. Voici les quelques mots qu’on y peut encore découvrir:
Jehan, fils deFrancois :.... deBo l’an quatrevinz : et: quatorze :
de jugnet:.. Elle mesure 2 mètres 30 centimètres de long sur 95 centimètres de large. C’est la dalle funéraire de Jean de Bobigny, fils de Fran-
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çois de Bobigny, seigneur de la paroisse après son père, dont nous avons parlé au premier chapitre1.
La seconde pierre tombale que l’on rencontre dans l’église est au milieu de la nef. On y voit, gravés sous un double arceau et assez bien dessinés, deux personnages, l’homme et la femme. Celle-ci porte un chapelet retenu à sa ceinture2. Cette dalle a un mètre 88 centimètres de haut et 85 centimètres de large. On y lit, gravée en lettres gothiques, l'inscription suivante :
Co flifent 1)0 nef tes per fonce 3cl)an beectibc? affaooir
le h' Catulle le premier et la fîrrnp le premier 3o'
fce décembre iHtllV soirate et uncjt.
JJriej Dieu po' leur? âmes.
Cette pierre tombale recouvrait évidemment la sépulture de Jean Citolle et de Marion Berny son épouse, qui, le 22 novembre 1553, prirent à bail des religieux Célestins la ferme d’Eau-Bonne.
La troisième pierre tumulaire qui se trouve dans l’église a été sciée en trois morceaux. On n’en voit plus que deux. lie premier morceau es placé près de la marche donnant entrée dans le chœur; il a 45 centimètres en hauteur et 70 centimètres en largeur. Sur ce débris est gravée l’inscription suivante:
Cu çjift Ijonovablc ljome Cutillc 2tnî>rp, en fon atuant marel)a laboureur, natif et beuiouvat à Oobignp, qui trefpaffa le ire jour he mai l’an - mil - U - et - uiii - rt 3el)ane Cîeequinarî» laquelle trefpaffa la JHil 11 et 3.
Le second morceau est placé dans le passage de la demi-tourelle de droite, et sert de marche pour entrer dans la chapelle de la Sainte Vierge. On y voit représentée l’effigie de Jeanne Béquignard, ayant les mains jointes, un voile sur la tête et retombant sur les épaules, et revêtue d’une