LES CÉLESTINS DE PARIS
de 1420 à 1 776.
Armes : D’azur, à la croix ancrée d’or, entrelacée dans le pied d’un S d’argent, et accostée de deux fleurs de lys d’or.
Les religieux Célesïins. appelés primitivement hermites de Saint- Damien, prirent le nom de Muron, lorsqu’ils se furent unis en l’année 1254, sous la conduite de Pierre surnommé de Muron, d’un mont solitaire delà Pouille, où il s’était retiré en 1763, à fin de s’adonner à la vie contemplative.
Mais Pierre de Muron ayant été élu pape le 15 juillet de l’année i2p4, sous le nom de Célestin V, ses cénobites abandonnèrent leur nom de Muron pour celui de Célestin choisi par leur pieux fondateur, lors de son élévation sur la chaire de Saint-Pierre.
Pierre Célestin mourut le 19 mai 1 296, un peu plus d’un an après avoir abdiqué le Souverain-Pontificat, qu’il exerça six mois à peine, regrettant toujours sa chère solitude.
Boniface VIII, son successeur, lui demanda de se tenir enfermé, sous
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prétexte que les visites qu on voudrait lui faire dans sa retraite pourraient dégénérer en troubles populaires. Ce qu’il fit avec soumission. Pétrarque a dit de son abdication quelle supposait une grandeur dame toute divine, laquelle ne peut se rencontrer que chez un homme parfaitement convaincu du néant de toutes les dignités du monde. L’illustre père des religieux Célestins fut canonisé le 5e jour de mai 1313, dix-sept ans après sa mort, dans la cathédrale d’Avignon, par le pape Clément V.
L’ordre des Célestins ht de grands progrès, non seulement en Italie, mais encore en France. Leur général Pierre de Tivoli y envoya douze religieux en 1300, à la prière de Philippe le Bel, qui leur donna deux monastères, l’un dans la forêt d’Orléans, dans un lieu appelé Ambcrt ;
1 autre dans la forêt de Cuise, au mont de Châtres, à deux lieues de Compiègne. Quant à la maison des Célestins de Paris, voici son origine :
Robert de Jussy, chanoine de Saint-Germain l’Auxerrois et secrétaire du roi, qui avait été reçu religieux dans le monastère de Saint-Pierre de Châtres, dès l’âge de vingt ans et qui avait conservé un grand attachement pour les Célestins, obtint en 1352, de Garnier Marcel, bourgeois et échevin de Paris, qu’il ht don et transport à six religieux de cet ordre de sa maison et de son jardin de la rue des Barres, à Paris, ce qu’approuva Charles V, qui n était encore que duc de Normandie et dauphin.
Mais comme le revenu attaché par Garnier Marcel à cet établissement était très modique, et que les religieux avaient bien de la peine à subsister, Charles V, devenu régent du royaume, ordonna, par lettres patentes du mois d’août 1358, qu’à chaque mois de l’année ils eussent une bourse à la Chancellerie de France, pareille à celle des notaires et secrétaires du roi. Le roi Jean, de retour d’Angleterre, confirma cette libéralité de son hls, par lettres patentes données à Paris au mois d’octobre 1360.
Charles V, ayant succédé à son père sur le trône de France, combla les Célestins de Paris de nouveaux bienfaits; il leur donna, par lettres du 14 mars 1367, dix mille livres d’or et douze arpents de haute futaie à prendre dans la forêt de Moret pour bâtir leur église dont il posa la première pierre. Lorsqu’elle fut achevée, le 15 septembre 1370, le même prince la ht consacrer et dédier sous l’invocation de Vierge mère de Dieu par Guillaume de Melun, archevêque de Sens. Enfin, dans le but de mériter véritablement le titre qu il avait pris de fondateur de ce couvent, il voulut employer la somme de 5,000 livres à faire bâtir le dortoir, le réfec-
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roire, le cloître et le chapitre, et dota la maison de 200 livres pari si s de rente amortie.
Les successeurs de Charles V se tirent un devoir de maintenir les Célcstins de Paris dans les privilèges que ce monarque leur avait accordés.
Leur monastère fut déclaré, dès l’an 1417, le chef principal des vingt et un monastères que comprenait la congrégation des Célestins de France. Étant de fondation royale, il lui fut permis d’accoster de deux fleurs de lys le chiffre du Saint-Esprit, c’est-à-dire la croix entrelacée d’une S, qui étaient les armes de l’ordre, placé dès le début par son pieux fondateur sous l’invocation de la troisième personne de l’adorable Trinité.
La congrégation des Célestins de France fut sécularisée à la demande même des religieux par le Souverain Pontife en 1776 et leurs biens furent mis en économat. Mais l’Assemblée nationale, le 2 novembre 1789, déclara confisqués, au profit de la nation, tous les biens d'église, autorisant les communes à en effectuer la vente contre tout droit.
Nous avons rapporté tout au long, dans le deuxième chapitre de ce travail, la quantité des biens ecclésiastiques vendus à Bobigny lors de la grande Révolution et le produit de cette vente. Tout le monde sait que, par suite du concordat passé le 15 juillet 1801 entre le Souverain Pontifechef de l’Église et Napoléon Bonaparte, chef de l’État, il a été réglé que les acquéreurs des biens ecclésiastiques dits nationaux pourraient les posséder en conscience et ne seraient pas inquiétés au sujet de la propriété de ces biens, à la condition par l'État de s'obliger, en compensation des profits qu’il avait pu tirer de cette vente, à fournir comme moyen de subsistance, aux évêques et aux curés, un revenu suffisant et d’aider les fabiiques à pourvoir aux frais du culte1.
Voici ce qui est marquétextuellement dans le terrier des hoirs de Charles de Montmorency, à la date du 5 juin de l’année 1 500, au sujet des biens possédés à Bobigny par les Célestins : « Les Célestins de Paris dient que ès terrouers de Eaue-Bonne et de Bobigny, leur compertent et appartiennent entre autres héritaiges, l’hôtel d’Eaue-Bonne clos de fossés, coulombier et six vingt arpens que terres que prés. Item, une masure nommée l’hostel de la Barre, comprenant un arpent de terre, assis à Bobigny, devant l'hôtel
1. L’Assemblée nationale elle-même dans son décret spoliateur du 2 novembre 1789, avait mi; à la charge de la nation les frais du culte, l’entretien de ses ministres, et le soulagement des pauvres.
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seigneurial, le chemin entre eux deux. Item, le fief de la Mothe contenant une masure, séant sur le ru de Bobigny, près le chemin de Dampmartin et cinquante arpens de terre appartenant à la dite masure. Les quels héritaiges sont tenus en fief du dit seigneur de Bobigny. Item, tiennent semblablement au terouer du dit Bobigny et ès environs trente arpens de terre, pour lesquels sont tenus paier chaque an, vingt quatre sols parisis. Tous lesquels héritaiges ils dient leur estre admortis, en baillant homme vivant et mourant, par le temps du quel sont tenus de païer pour relief six livres par i sis . C’est assavoir cent sols parisis pour les héritaiges tenus en fief, et vingt sols parisis pour les héritaiges tenus en censive. La dicte déclaracion baillée par frère Pierre Faure, procureur des dits Célesti ns qui les a affermés. »
En 1648, le fief de la Barre fut vendu à MM. de Béthisyet d’Ornano, parles Célestins, afin de payer les droits d’amortissement qu'ils devaient à ces seigneurs pour acquisition de certaines terres situées en leur censive.
Le 12 octobre 1 697, le R. P. Charles Marcel, prêtre religieux, Lun des procureurs du couvent des Célestins de Paris, du nombre des conseillers et secrétaires du roi, maison et couronne de France et de ses finances, rendit acte de foi et hommage au nom du prieur et religieux de son couvent, pour les fiefs d’Eau-bonne et de la Mothe, relevant de la terre et seigneurie de Bobigny, au sieur Jean-François Jacquier et à messieurs ses frères, seigneurs de Bobigny, lesquels acceptèrent frère Michel de Sachy, religieux profès de ladite maison de Paris, pour homme vivant et mourant.
Ce même religieux, le 21 août 1709, avant midi, comparut à nouveau devant le notaire et tabellion de la prévôté haute justice, terre et seigneurie de Bobigny soussigné, et en présence des témoins ci-après nommés. Lequel volontairement a reconnu et confessé que les dits sieurs Célestins tiennent et possèdent en plein fief de Messire Louis Sanguin, chevalier, marquis de Livry, seigneur de Génitoy, Sevran, Livry le Château et autres lieux, conseiller du roi en ses conseils, premier maitre d hôtel de Sa Majesté, capitaine des chasses de la capitainerie royale du dit Livry et Bondy, à cause de la dite terre et seigneurie de Livry, un fief et deux arrière- fiefs, assis au territoire de Bobigny et de Drancy, consistant lesdits fiefs et arrière-fiefs en ce qui suit :
« C’est à savoir 30 arpents de terres labourables en deux pièces; la
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première contenant 20 arpents, située au terrouer de Drancy, tenant d'une part au seigneur du dit lieu et aux terres de la cure du Petit-Drancy, d’autre part aux héritiers Fromentin et aux hoirs Denis An dry et au seigneur de Drancy; la deuxième contenant 10 arpents de terre assis au terrouer de Bobigny, lieu dit les Platrières, tenant d’une part... d’un bout aux héritiers Fromentin et d’autre bout au chemin de Saint-Denis. Item, une autre pièce contenant quatre arpents de terre situés près du village du dit Drancy, tenant d’une part aux hoirs Dreux, Budé, d’autre au seigneur de Drancy, d’un bout au dit Budé et d’autre à... Item, les dits deux arrière-tiefs assis au dit Drancy et ès environs, qui appartenaient ci-devant aux hoirs Pierre Ausserut, à cause de sa femme, consistant en ce qui suit: C’est à savoir une maison, jardin et dépendances, et environ quatre arpents de bois tenant au dit Ausserut. Item, trois quartiers de terre tenant au dit bois. Item, cinq quartiers de terre, sis à la Croix-Blanche. Item, quatre arpents de terre derrière la maison du dit Ausserut. Item, quatre arpents aboutissant au chemin qui conduit de Saint-Denis à Eau-bonne. Item, cinq quartiers de terre situés à la pointe du chemin de Saint-Denis. Item, un demi arpent de terre situé à la pointe des sept arpents. Item, quatre arpents de terre situés au chemin de Bobigny. Item, un arpent de terre situé à l’autre bout du chemin. Item, deux arpents de terre ou environ, tenant au chemin de... Item, sept quartiers de terre situés derrier le messier de Saint- Séverin. Item, trois arpents de terre sis à la Chaussée de Saint-Denis. Item, trois arpents de terre situés au pré Pelletier. Item, deux pièces de terre situées aux Sautilles b
Trois mois après le décès de l’évèque de Paris, Gérardin de Montaigu, bienfaiteur des Célestins, le 18 décembre 1420, Nicolas de V Espoisse . notaire et secrétaire du roi, seigneur de l’Espoisse au Lombal et propriétaire à Bobigny de divers biens, lit son testament en faveur de Jeanne de /’ Espoisse sa tille, femme de Jean dit le bâtard d'oAunay. Voici copie de ce testament, curieux à plus d'un titre.
« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, Giles, seigneur de Clamecy et de Prouvays, conseiller du roi, nostre sire et garde de la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons, que par devant Giles Planage et Hélie