‹ Bobigny (lez-Paris)Chapitre 49 sur 183 · XAVIER-PIERRE-LOU IS DE DELLEY DE BLANCMESNIL · texte numérisé non relu

XAVIER-PIERRE-LOU IS DE DELLEY DE BLANCMESNIL

en 1791.

Armes : D'azur au lion d’or, armé et lampassé de gueules, à deux cotices d’or, brochantes l’une sur les pattes du lion, l’autre sur la queue, dont le bouquet est tourné en dehors.

Un peu plus de sept mois après la mort de M. Philippe-Guillaume Jacquier de Vieu-Maison, et dix mois environ après l’abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale, le 31 septembre de l’année 1791, les héritiers du dernier seigneur de Bobigny mirent aux enchères les biens qu’il avait laissés après lui.

Ceux de Bobigny montaient à 700 arpents de terre, non compris l’ancien château et son parc, le château de Beaugerard et son jardin, les fermes et le mobilier, ce qui au total pouvait former une étendue de 900 arpents.

Après une quatrième et dernière publication faite le 31 mars 1792, ces biens qui, à cette époque, ne rapportaient guère plus de 25,000 livres, outre les charges, clauses et conditions d’enchères montant à 17,525 livres furent adjugés pour le compte de Xavier- Pierre- Louis de Delley de Blancmesnil, enfant âgé de dix ans, fils orphelin de Pierre-Nicolas de Delley de Blancmesnil, décédé le 3i mars 1782, dans sa vingt-neuvième année, colonel mestre de camp et maréchal général des logis de la cavalerie légère de France; et de Claudine-Julie des Brets, laquelle deux ans

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après la mort de son mari avait épousé Louis-Pierre-Charles de Labay, comte de Viella.

Pierre-Nicolas de Delley de Blancmesnil était fils de Nicolas de Delley, chevalier, seigneur de Blancmesnil dans l’Ile-de-France, du Bourget, de Villeparisis, de Charny, de Groslay, du Coudray et autres lieux, conseiller des rois Louis XV et Louis XVI, intendant général de la maison de madame la Dauphine et depuis de Mmc la comtesse de Provence, belle-sœur du roi Louis XVI.

Nicolas de Delley prit alliance en 1751, par contrat passé le 9 avril, avec Elisabeth, comtesse Ligniville et du Saint-Empire romain, laquelle était l’aînée des quatre filles de Jean-Jacques 1 1 1 du nom, comte de Ligniville et du Saint-Empire, seigneur d’Autricourt, chevalier de l’ordre de Saint-Maurice et de Saint-Lazare de Savoie, et de Charlotte de Soreau de Houdémont.

La maison de Ligniville est une des plus anciennes et des plus illustres de Lorraine, et les chroniques en font remonter l’origine jusqu’à Gérard, premier duc de Lorraine de la maison d’Alsace en 1049, qui est donnée pour auteur à la maison régnante actuellement en Autriche.

Voici copie de la lettre flatteuse adressée à M. de Delley père, au sujet de cette alliance honorable pour sa famille, par Stanislas Leszcinski, roi de Pologne :

« Monsieur, j’ai prévenu vos désirs et j’ai pris intérêt à tout ce qui vous regarde, du moment que j’ai souhaité l’union de monsieur votre fils avec M1Ie de Ligniville. Les sentiments que vous me marquez dans votre lettre m’engagent encore plus à vous faire connaître les miens. Ils sont tels que vous les méritez, et j'éprouverai toujours à vous les témoigner le plaisir que je ressens aujourd’hui à le faire, et à vous assurer que je suis véritablement, monsieur, votre bien affectionné. »

Lunéville, 20 mai 1751 b

Stanislas, roi.

Le père de Nicolas de Delley de Blancmesnil, à qui cette lettre fut écrite, était Pierre de Delley de la Garde, IVe du nom, conseiller du roi en

1. Arch. de famille de M. le comte de Blancmesnil, au château de Blancmesnil (Seine-et-Oise).

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son conseil des finances. Il était né à Paris le 29 février 1676 et avait épousé par contrat, passé le 22 juillet 1706, Elisabeth Roussel, daine de Villeparisis, de Sainte-Foi et de la Courneuve, etc., fille de messire François Roussel de Roany, conseiller du roi, receveur général et trésorier des rentes de l’Hôtel de Ville de Paris, et de Jeanne-Françoise Durand de Chaumont.

L'on voit qu’en 1732, il était un des fermiers généraux de Sa Majesté pour les droits fiscaux, domaines et forêts de l’Ile-de-France et généralité de Paris, Soissons, Orléans, Tours, Châlons, Rouen, comté de Vexin, pays Blaisois, Sologne et comté du Perche. On voit de plus par son testament, daté du 4 novembre 1752, que Pierre de Delley de la Garde IV avait succédé à son beau-père dans le riche emploi de receveur général et de trésorier payeur des rentes de la ville de Paris. 11 mourut au mois d'octobre 1754, en laissant la réputation d'une intégrité rigoureuse et d’une modestie parfaite, et malgré l’invasion du philosophisme et de l’incrédulité de son temps, il professa toute sa vie la piété la plus exemplaire. Entre les dispositions prises par lui en faveur des œuvres pies, on lit ce qui suit dans son testament, écrit de sa main bien avant sa mort : « Je lègue à la confrérie de Sainte- Agnès érigée en la paroisse de Saint-Eustache à Paris, dont j’ai été administrateur d’honneur, comme MM. mes confrères et secrétaires du roi qui m’ont précédé, 300 livres qui seront remis à MM. les administrateurs en charge pour les distribuer aux pauvres convertis à la foi, à qui cette confrérie fait des charités; ce legs fait par moi, afin de tenir lieu de ce que j’aurai donné volontairement comme droit de confrérie, que j’ai cessé d’aller à l’assemblée des dits sieurs administrateurs par suite démon changement de domicile de paroisse. Sera de plus remis à ces messieurs 25 livres, dans le but défaire célébrer dans leur chapelle vingt-cinq messes pour le repos de mon âme1. »

Pierre de Delley de la Garde IV était fils unique de Philippe de Delley, écuyer, seigneur de la Garde du chef de sa femme Anne Berthault. Et Philippe de Delley, écuyer, était le cinquième des entants de Biaise de Delley et de Denise Cornuel.

Ainsi remontant d âge en âge jusqu’au temps des Croisades, la chaîne

1. Arc h de famille de M. le comte de Blancmesnil, au château de Blancmesnil ( Seine-et-Oise).

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des ancêtres de la famille de Delley de Blancmesnil, on arrive à fixer son berceau à Asnens ou Agnens, au pays de Vaud. D’après le baron d'Estavayé, mort au commencement de ce siècle, lequel a dressé lui-même la généalogie de sa maison, la famille de Delley, établie en France vers 1660, aurait pour auteur Guillaume d’Estavayé, troisième ri ls de Robert, seigneur d’Estavayé, en 1070 et 1096, lequel Guillaume prit légalement le nom d’Asnens, comme on le voit dans un acte de 1149, nom g1 11 ’ü transmit à ses descendants et notamment à Hermann d’Asnens, qualifié chevalier, seigneur haut justicier et châtelain de Delley et de Portalban, en 1268 L Une reconnaissance qui se trouve aux archives de Fribourg de l’an 1293, faite à Louis de Savoie, seigneur de Vaud, par Henri d’Asnens, fils d'Hermann, pour les fiefs d’Asnens et de Delley, prouve que le dernier fief tenu en toute juridiction appartenait à cette époque à cette famille qui en prit le nom à la génération suivante.

Mais la famille de Delley d’Asnens n’a pas seulement l’honneur glorieux de remonter au temps des Croisades, elle peut, qui plus est, se flatter d’avoir eu sa bonne part dans ces expéditions généreuses. Dans la collection Courtois, en effet, qui a fourni aux salles des Croisades à Versailles la plus grande partie des noms qui y sont inscrits, existait un acte testamentaire de François d'Asnens, mort sous les murs de Damiette en 1219. Cet écuyer avait pris la croix avec une foule de chevaliers allemands qui partirent, en 1217, pour la Terre Sainte, sous la conduite de Léopold d’Autriche, de Louis, duc de Bavière, et de André, roi de Hongrie, l’un des principaux promoteurs de cette croisade. Par un mouvement de délicatesse consciencieuse, François d'Asnens, débiteur d’une assez faible somme, chargea le prêtre qui l'assistait à sa dernière heure de pourvoir après lui, en son nom, à ce que sa créance fût acquittée par les siens. Voici copie et traduction de l’acte de volonté suprême de ce preux d'autrefois, dressé par l’aumônier qui s’était croisé avec lui : « A tous ceux qui les présentes lettres verront, moi François, prêtre, humble pelerin en Notre-Seigneur, je déclare que François d’Asnens, écuyer, à ses derniers moments, a reconnu en ma présence avoir emprunté sur sa foi, de Marti no Calvo, marchand génois de la Société Corvali, trois marcs d’argent,

1. Delley, Delay et même Dedelay, est une petite ville du canton de Vaud, d’où l’on découvre Neufchàtel et son lac; et Portalban est un petit port situé sur le lac et

voisin de Delley.

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au remboursement desquels, par acte de dernière volonté, il a engagé tous ses parents existant, en deçà ou au delà des mers, moi témoin. En foi de quoi, j’ai apposé mon sceau sur les présentes. Fait au camp sous Damiette, l’an de Notre-Seigneur, M° CC° XIX0, mois d’août. «

La plupart de ces renseignements sur la famille de Delley de Blancmesnil, nous les avons puisés dans les archives qu'a bien voulu nous communiquer M. le comte de Delley de Blancmesnil, aujourd’hui chef de cette noble maison, et en particulier dans l’ouvrage remarquable qu’il vient de faire paraître et qui a pour titre : Notice sur quelques anciens titres, suivie de considérations sur les salles des Croisades au Musée de Versailles .

M. le comte de Delley de Blancmesnil, Alphonse-Léon, est iils de Xavier-Pierre-Louis de Delley de Blancmesnil pour qui fut acquise, en 1792, la propriété du dernier seigneur de Bobigny, et de Joséphine-Texier de Hautefeuille, tille de Charles-Louis Texier de Hautefeuille, marquis et comte de Hautefeuille, baron de Charny, etc., et de Suzanne Bernardine-Léonore de Chauvigny, baronne d’Escoville, mariés le 16 juillet 1800. Il naquit le 31 août 1801, devint officier de cuirassiers et fut démissionnaire en 1830. Il avait été créé chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Ferdinand d’Espagne, par diplôme du 3 juin 1824, et épousa Mademoiselle *** des Boutiers de Catus dont il n'eut point d’enfant.

La sœur de M. le comte de Delley de Blancmesnil, damoiselle Blanche-Marie-Esther de Delley de Blancmesnil, née le 20 octobre 1803, épousa, le 16 janvier 1821, Alexandre-Guy-Charles de Lavau, officier supérieur d’infanterie, etc., fils de Alexandre-Guy-Pierre de Lavau, conseiller du roi Louis XVI, en ses conseils d’État et conseil privé, président à la Chambre des comptes en son duché de Bretagne, etc. De ce mariage est issu Guy-Joseph-Henri-Gaston de Lavau, époux de damoiselle Valentine-Antoinette-Catherine Asselin de Villequier.

C’est à la pieuse libéralité de MM. les comtes de Delley de Blancmesnil et de Lavau, son neveu, que Bobigny est redevable de l’école spéciale des filles et de l’asile pour les petits enfants tenus et dirigés par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Ces messieurs établirent l’une et l’autre à grands frais, dans le courant de l'année 1864, et les dépenses que ces utiles établissements requièrent sont pour la presque totalité à leur charge.

BOBIGIN Y.

Si nous avons parlé plus longuement de la famille de Delley de Blancmesnil, actuellement propriétaire au territoire de Bobigny, que des familles qui, avant la première Révolution, furent les seigneurs du village, c’est qu’il nous a semblé rencontrer dans son histoire un exemple frappant de cette vérité consolante, que les passions humaines, déchaînées contre un passé longtemps illustre, ne peuvent avoir qu’un triomphe éphémère, et qu’aux âmes vraiment nobles, la soustraction de privilèges mérités ne saurait faire perdre l’amour du devoir. Ainsi en est-il de la famille de Delley de Blancmesnil, qui, en ces jours d’égoïsme, a pieusement gardé et pratiqué comme au temps des Croisades la devise de son blason : Jussu Domini Dei. Aux ordres du Christ^ fis de Dieu.

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