‹ Bobigny (lez-Paris)Chapitre 51 sur 183 · LA COMMUNE DE BOBIGNY · texte numérisé non relu

LA COMMUNE DE BOBIGNY

Armes : D’or, à la croix en sautoir de gueules; et, sur le tout, un écusson d’azur chargé d’une corbeille de fruits et d’épis de blé d’argent.

Devise : O bonaCrux! O bonne Croix !

Tel est le blason que pourraient adopter les habitants de la commune de Bobigny, dont le patron est saint André, et dont l’occupation, pour tous exclusivement, est de se livrer soit à la grande culture, soit à la culture maraîchère. Quelle meilleure occasion pour eux de mériter le ciel et les biens même de cette vie, que la croix du travail des champs, s’ils savent l’embrasser chrétiennement !

A côté du pouvoir seigneurial qui, dans le principe, avait été souverain, s’éleva bientôt le pouvoir municipal dont l'action ne ht que grandir depuis l'affranchissement des communes jusqu’à nos jours. Confié d abord à des procureurs chargés de garder les droits consacrés par la chartre, il

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passa ensuite entre les mains des syndics, qui surent défendre les intérêts de leurs administrés.

Au-dessous des procureurs et des syndics étaient les collecteurs des tailles et les assesseurs, nommés chaque année, par les notables dans les assemblées générales.

Les collecteurs étaient chargés, avec les assesseurs qu’ils avaient comme adjoints, de percevoir les impôts, tailles, capitations et décimes additionnels. On avait égard, en faisant la répartition, à la maladie, à la pauvreté, à la vieillesse, au nombre des enfants et aux services rendus au public, lors des incendies en particulier.

A la tète des communes de la province ou de la généralité était l’intendant, dont les attributions ressemblaient à celles que possèdent aujourd’hui les préfets. Entre autres fonctions, l’intendant avait celle de soumettre aux assemblées de la paroisse la quotité des taxes imposées par le roi à la généralité. Et les députés des États faisaient alors l’assiette des impôts et envoyaient aux communes ce qu’on appelait le mandement des tailles et capitations, c'est-à-dire le chiffre de la somme qu elles devaient payer au trésorier général.

Après l’abolition des provinces et des justices seigneuriales, en 1789, par les États généraux, la France fut divisée en départements, les départements en districts ou arrondissements, et les arrondissements furent divisés en cantons et simples communes, administrés par un maire et des conseillers désignés, suivant les régimes, par le pouvoir central ou nommés par les électeurs de la commune.

Nous citerons, dans ce second chapitre, à mesure qu’ils se présenteront, en suivant l'ordre chronologique et en remontant le plus haut possible, les divers personnages possesseurs de petits fiefs ou roturiers, bourgeois ou simples journaliers, dont nous avons rencontré les noms et qui nous sont signalés dans les événements de la vie civile.

Et c’est ainsi, qu’avançant progressivement d’âge en âge, nous arriverons à parler de la commune ou administration municipale telle qu’elle a été établie à partir de la Révolution de 1789, et à donner les noms des magistrats qui se sont succédé jusqu’à nos jours, les noms de MM. les maires et conseillers, et même les noms des simples particuliers, habitants de Bobigny, les noms de ceux, spécialement, qui furent inscrits sur les feuilles du recensement général fait en l’année 1866.

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On cite, dans la Chronique parisienne anonyme de 1316 à 1339, an nombre des forfaits commis par Henri de Taperel, prévôt de Paris, et pour l’expiation desquels il fut emprisonné, condamné à mort et pendu au gibet des Halles, celui d’avoir, le vendredi 25 juillet 1320, jour de saint Jacques et de saint Christophe, fait couper les cheveux en forme de tonsure à quatre meurtriers qui avaient assassiné Gauthier, valet de chambre de Jean Le Mire, seigneur de Bobigny, cette année-là clerc des arbalétriers.

Henri Taperel espérait, par ce subterfuge, dérober ces vils assassins à la justice du roi, en les soumettant à la justice épiscopale de l’évêque de Paris, et finalement les arracher aux châtiments qu’ils méritaient. Du nombre de ces criminels étaient un sergent familier du prévôt et son clerc, Philippe de Bescot.

Vers le même temps, selon le registre criminel du prieuré de Saint- Martin-des-Çhamps de Paris, vivait un Jean de Bobigny qui, par sa naissance, devait appartenir à ce t illage ainsi que son nom le fait entendre. On le voit figurer comme témoin dans plusieurs causes criminelles, ji'gées par la Cour de justice de l’antique monastère. Et il est marqué, en particulier, pnges 29 et 40 de ce registre, que le 23 février 1333, mardi après le premier dimanche de carême, Jannetot le Mercier, fils de Adam le Mercier, natif de Clermont-en-Beauvoisis, étant venu le 14 précédent à Paris pour y apporter une requête de la part de Renaud de la Mothe, les sergents de Saint-Martin l'avaient arrêté et incarcéré parce qu'il avait frappé d’un pilon et blessé à la tète une servante du nom de Biélrix. Mais Jannetot le Mercier était hôte, et justiciable par conséquent, de Mgr de Clermont qui le réclama du prévôt de Saint -Martin -des - Champs, afin de lui faire son procès et en s’appuyant sur des lettres royales. Le prieur rit droit aux justes réclamations du comte de Clermont. Par ses ordres, les sergents de sa justice remirent aussitôt leur prisonnier entre les mains de Jean Chamberlant et de Oudart du Chatel, écuyers de monseigneur : « Et ce en présence de Simon d’Épône, Guillaume Bernart, Jean de Baubigny , Jean de Crasville, Raymond des Arainnes, monseigneur Guillaume, maistre Guillaume de Clugni, Thierry le Riche, Estienne de Saint-Arnoul et Jehan de Cruaus1. »

1. Regist. crimin. de la justice du prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris, commençant au 22 mars 1332 et finissant au 4 juillet 1357, écrit du temps de Bertrand

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Cette multiplicité des justices en France, avant la grande Révolution, pouvait avoir ses inconvénients, mais elle avait aussi ses avantages; parce que chaque justicier était plus à même que tout autre de juger ses sujets et que. d'autre part, les accusés pouvaient trouver dans leur localité de meilleurs moyens pour se défendre. Les lenteurs dans les jugements étaient plus facilement évitées; du reste, il était toujours loisible d'en appeler à la justice du roi.

« Le samedi 29 mars 1335, veille de Pasques les gratis, qui seront le 30 mars de Fan 1336 » , furent, au contraire, restitués par figure et remis dans les prisons du prieuré, trois Anglais qui en avaient été tirés illégalement et justiciés par le prévôt de Paris. Ces trois étrangers avaient été arrêtés pour crimes, rue Quincampoix, appartenant à la justice de Saint-Martin. « Présents à ce restituer : Bertaut Raimbert, orfèvre; Jehan de la Quamère, Guillaume le Normant, Richart Gaudeval, balancier; Remi Coldocié, P. de Souplainville, P. Guérart, P. de Meleun, Jehan de Sainne, Raoul Dechamps, courraier ; Jehan François, Jehan de Bondis, Robert Neveu, Thomas Lenglais, Jehan d’Espernon, le jeusne orbateur; Estienne le Normant, tous de Quinquenpoît. Jehan de Baubigny , Jehan de Tout-en-Court, Katerine, famé feu Bernart Lequeu, Marie de Clamait, Eudeline Dumoy, Alaire, famé Guillaume Legrant, Roberge la Pelletière, Sédile la Fleune, tous de la rue au Maire. Jehan des deux jumeaux, Symon, Lanmancheur, Robin Taxon et plusieurs autres. » Dans cet acte, Jean de Bobigny est dit habiter la rue au Maire. ( Idem , p. 52, 53 et 54-)

Lors d’une assise, du 17 mars 1341, le samedi avant Lœtare Jérusalem. au nombre des témoins présents on voit encore cité Jean de Baubigny et le greffier, d'ans sa rédaction, marque qu’il exerçait la profession de cordonnier : « Fu rapporte le perilg, hors de mort et de mehaing du dit Perrot, par meslre Pierre de Largentière nostre mire juré, présens : Baudet de Capi, Jaques de Douay, surugien ; Pierre de Lamont. Thibaut Floust, Thomasse, famé Phelipot Malgars, Jehan de Baubigny , cordonnier; Jean le Carilleur, Richard Houet et plusieurs autres. » (Idem. p. 182 et 183.)

Un autre particulier, originaire de Bobigny, du nom de Tassin, est

de Pibrac, prieur dudit prieuré, et publié en 1877, par L. Tanon, chez Champion, a Paris.

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également mentionné au registre des causes criminelles de la justice du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, à la date du 28 février 1338. Ce Tassin de Bobigny assista à la visite que le chirurgien du prieuré ht de Jean de Meudon, roué de coups par des vagabonds à la porte du monastère et charitablement recueilli par les religieux. Mais le registre ne fait point mention de la demeure ni de l’état de Tassin de Bobigny. « Présens adce Jehanne, famé du dit blecié, Jehan Chapelart, Marie Baille, Thierri le Riche, Raoul Lepellemaire, Tassin de Baubigny , Gi lie Bontemps, Gautier Aubin et plusieurs autres. » (Idem, p. 126 et 127.)

Enfin, on lit dans le même registre, écrit en toutes lettres, le nom de Jean Le Mire, seigneur de Bobigny : « 17 juin 1339, juedi avant la feste de la Nativité Saint- Jehan-Baptiste, Alison, Biraise de Poissi, amenée par Phelippe Dupuis, maire de Pantin, qui la trouva saizie et vestue, en nostre terre, en la dicte ville, de une chemise à homme, deus escuelles d'estain et un chaperon à famé, que elle avoit emblé en la maison de Jehan le Mire, à Baubigny. Crime. — Procès en est fait. » (Idem, p. 149.)

Le prieuré de Saint-Martin avait en plusieurs lieux, hors Paris, des possessions dans lesquelles lui appartenait le droit de haute, moyenne et basse justice. Pantin, Rouvray et Bondy, voisins de Bobigny, étaient de ce nombre. Ce droit de justice était exercé par un maire assisté d un greffer. d’un procureur, de sergents et autres officiers. C’était le lundi de chaque semaine que le maire de Pantin, en particulier, tenait ses plais, dans la salle d’audience située devant 1 ég lise, et les appellations ressortissaient par-devant le b a i 1 1 y de Saint-Martin-des-Champs, à Paris.

Mais voici un exploit de la justice seigneuriale de Bobigny. En l’année 1389, le 2 octobre et du vivant de Nicolas Le Mire, seigneur haut, moyen et bas justicier de Bobigny, le maire, garde de la justice dudit lieu, arrêta sur le territoire et ht jeter dans les prisons de son maître, un malandrin ou, pour mieux dire, un de ces bandits de la pire espèce qui alors, sous prétexte qu’ils n’avaient plus à guerroyer et ne recevaient plus leur solde, se livraient, soit isolément, soit en nombre, au pillage et au meurtre (soi-disant pour vivre). Ce bandit, du nom de Jean le Brun, se ht couper les cheveux en manière de tonsure par un de ses compagnons dans l’espérance de pouvoir, sinon échapper entièrement à la justice, se soustraire du moins pendant quelques semaines à ses poursuites. Mais il ne put longtemps cacher son jeu. S’étant reconnu coupable de

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bigamie, entre autres crimes, devant le maire de Bobigny, celui-ci le livra à la justice du Roi, et il fut jeté dans les prisons du Châtelet. Bientôt le lieutenant du prévôt le ramena au village de Bobigny, afin d’y être interrogé avec soin au sujet de plusieurs accusations qu’il avait portées contre diverses personnes. Au bout de six jours, le prévôt de Paris fit reprendre Jean le Brun par ses sergents, qui le reconstituèrent prisonnier au Châtelet. Ce scélérat ayant fini par se déclarer coupable du crime de lèse-majesté et de plusieurs autres crimes, le maire, garde de la justice de Bobigny, pour Nicolas Le Mire, s’empressa d’adresser au prévôt (en lui en demandant décharge) le procès-verbal de l’interrogatoire de Jean le Brun et des aveux qu’il avait faits à la salle d’audience de Bobigny, afin que son jugement fût poursuivi. Voici copie de cette affaire criminelle :

» Item, confessa le dit Jehannin que, environ Pasques darrenièrement passées, il, Jehan du Boys, Jehan de Saint-Cloud et de Beaubarbier venoient de Berry, et un appelé le Normant; et quant ilz furent emprez Vittry ès blez, il, qui parle, frappa le premier le dit Normant d’un bâton, et Jehannin de Saint-Cloud l’escheva de tuer par nuit et le despouillèrent de sa robe, c’est assavoir : d’un mantel double de drap vert et l’autre d’un vermeil d'Angleterre et une houppellande longue d’un fin vermeil d’Angleterre, fourrée de gris, et deux paires de chausses semelées, qui furent vendues en la place Maubert XXVI s., les quelx furent buz. Et il qui parle ot un fermillet d’argent doré à III1 pellct, et le vendit à Mahieu, son hoste, V s., qu’il despendi en sa maison; et un chapeau de bièvre que Jehan du Boys ot, et le Barbier ot le mantel et Jehan de Saint-Cloud ot la houppelande.

« Item, confessa le dit Jehannin, que il est filz d’un Navarras appelé Damiglet qui demeure à Cherbouc et est homme d’armes et est né d’une lieue près de Lestelle, et il qui parle est né du Clos de Contentin, assez près de Valongnes, filz d’icelluy Damiglet de bas1, et d’une femme née du Cotentin, laquelle chevauchait avecques lui; et lui qui parle a esté tousjours avecques les Englois et Navarras en Guyenne et ou Clos de Contentin, a bouté feux et prins prisonniers français, les a rancounés et mis à mort.

« Item, confessa ledit Jehannin que il se mist en la route de messire

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