‹ Bobigny (lez-Paris)Chapitre 52 sur 183 · Bâtard, d’après Du Cange · texte numérisé non relu

Bâtard, d’après Du Cange

KOKIGM Y.

Guillaume de Lignât2; et lors se parti Jehannin de Saint-Py, lors escuier de la Rochefouquaut et demanda qui savoit le chemin à aler à Poitiers. Lors il qui parle et un appelé Jaquet le Bastard, dist au dit seigneur qu’il le garderoit bien et le meneroit bien son chemin. Et lors le menèrent autre chemin, et le mena à un villaige où il n'y a qu'une maison appellée Senaye, là où il savoit bien que les Englois estoienten embusche; et là fut prins Jehannin de Saint-Py, qui est adprésent chevallier, et plusieurs autres escuiers qui estoient en sa compagnie.

« Et plus n’en voulons enquérir.

« Le quel Jehan le Brun, prisonnier le dit XXVe jour d’ottobre, estant en jugement sur les carreaux, par-devant irions, le Prévôt, présens maislre Jehan Turquam, lieutenant, maistre Nicolas Chaon, examinateurs ou dit Chastellet; fut fait jurer aux sains Euvangilles de Dieu qu’il diroit vérité tant sur la confession par lui faite au dit lieu de Baubigny, comme d’autres choses qui lui seroient demandées. Et ce fait, y cellui prisonnier estant ou petit parc de dessus les carreaux, sanz aucune force ou contrainte de Jélrine, congnut et confessa de sa pure, franche et liberal volenté, que les confessions cy-devant escriptes par lui, congneues à la justice du dit lieu de Daubigny ; et à lui lèues estoient vrayes et contenoient vérité et les avoit congneues et encore congnoissoit estre vrayes et perséveroit en ycelles. Et oullre ce, congneut que son dit père le admena petit enfîenl demourer en la ville de Harfleu, en la quelle il aprint mestier de mareschal, et que VIII ans a ou environ, il se parti d icelle ville de Harfleu, vint en la ville de Rouen pour ouvrer du dit mestier, se logea à l’Escu de France, devant les Carmes de Rouen, et illec à une forge, prez du dit hostel, ouvra l’espace de VIII jours ou environ. Pendant le quel temps, se vint loger ou dit hostel de l’Escu de France, un escuier, si comme il lui estoit lors en ad vision de bel enfant et de grant, nommé Jaquet le Bastarl dit Damiens, aagé de XXVI II ans ou environ, le quel est parant et repaire bien souvent sur un tapissier demourant oultre la Croix du Tirouer, au bout de la rue des Poulies; lequel Jaquet pria et requist y cellui prisonnier qu’il chevauchast avecques lui, et il le monteroit bien et bel, le meneroit en la guerre ou pays de Lymosin, au lieu de Sousterenne, du quel lieu et forteresse

2. L. un des capitaines qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne en 1386.

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il estoit baudoyer; et que s’il vouloit bien et loyaulement servir, il le feroit riche homme; à la quelle requeste du dit Jacquet, il qui parle se accorda et avecques lui se parti de la dite ville de Rouen, ala au dit lieu de Sousterenne, ou quel pays de Lymosin il a demeuré en Saudoirie tant soubz le dit Jaquet comme soubz le gouvernement d'un Englois, nommé Blanchebarbe, capitaine de Corbesin, par l’espace de VI ans continuellement. En la compaignie de quel Jaquet il chevaucha comme gros varlet par un an ou environ, et vie comme y cellui. Jaquet se partoit de la dite forteresse en la compaignie de Pierre le Biernois1. Englois chevauchèrent par le pays, prindrent François, et y ceulx admenèrent prisonniers au dit lieu de Sousterrine. Le quel Jaquet il qui parle vit bien et apperçut qu’il estoit mouche des Englois contre les François, et que aucune fois il passoit au plus prez des embusches faites par les François et les advisoit, sanz eulx dire aucune chose et chevauchoit tout oultre audevanl d’eulx, feignant qu’il ne les eust point veuz ; et quant il avoit y ceulx ès longiez tant qu’ilz pouvoient avoir perdu la veue de lui, il se retournoil tout court par un autre chemin le plus couvert qui savoit droit au dit lieu de la Sousterrine, où là où les Englois estoient embuschez; et lors leur faisoit son rapport tel qu’il F avoit trouvé, le quel rapport il qui parle lui a aucune fois oydire et rapporter aus diz Englois. Les quelx. Englois selon ce qu’ils ouoient le rapport du dit Jaquet chevauchaient, une fois plus de gens, et une autre fois moins, et se retrayoient au dit lieu et forteresse de la Sousterrine. Et a veu que à aucunes des chevauchées que ont faites y ceulx Englois, esquelles il a esté par plusieurs fois et par le rapport du dit Jaquet sanz autre, plusieurs chevaliers, escuïers et autres gens de commun, tenans le parti et bienvueillans du roy notre sire, ont’ esté prins et emprisonnés au dit lieu de Sousterrine et mis à rançon; et que lui qui parle et le dit Jaquet en ont aucune fois prins et aidié à prendre li uns à l’autre, et en après ce mis à finance, et ycelle finance eue et receue. Dist avecques ce, soubz le dit Blanchebarbe et en sa compaignie, il a demeuré en la dite forteresse de Corbesin par l’espace de VI ans continuelz, alé en fourrerie, chevauchée comme gros varlet et talvassier, ou dit pays avec les autres variez de la garnison du dit lieu de Corbesin, prins vins, blez, advenes, feurres, foings, moutons,

i. Anglais, capitaine de Chalusset en 1388.

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bœufs, vaches, pain, pors, poulailles et tous autres vivres sur les subgez et tenans le parti du roi nostre dit seigneur, sans en païer denier aucun, par force et contrainte, contre la volenté d’iceulx subjez; et yceulx biens admenez en la dite forteresse de Corbesin pour aidier à vivre et soustenir les autres soudayers Englois estans en ycelle forteresse; et par plusieurs fois chevauché armé de jaques, de cote de fer, capeline, gantelez et demie lance en la compaignie de Blanchebarbe et des autres compaignons de la garnison d’icelle forteresse de Corbesin, par les quelx plusieurs François ont esté prins et admenés au dit lieu et fort de Corbesin. Veu aussi que y celui Jaquet aloit et venoit seulement en y celle forteresse de Corbesin et es forteresses de Saint-Jean, Creton, la Grange, Chain, Saint-Marc et d’autres villes et chasteaux voisins d’ilec environ, paisiblement comme le dit Blanchebarbe, Englois son maistre; les capitaines des quelles forteresses lui faisoient très bonne chère ou meilleur qu’ils ne faisoient les uns aux autres et que quant il se partoit d’eulx, ils lui demandoient s'il vouloit compaignie et quant les reviendroit veoir.

« Dist aussi sur ce requis, que ès voyages et chevauchées ci-dessus dites par luy faites il ne vit oncques feu bouter, ni n’en bouta aucuns, ni ne fu aussi ou feu feust bouté, forteresse françoise prinse ne eschieliée, ne femme ravye ou prinse à force, ne aussi n'y cogneust oncques François nul qui alast ni ne compaignast y ceulx Englois, sinon un chevalier du clos de Constentin nommé messire Jehan de Sezay, le quel est homme bien aagez et a un sien frère nommé messire Robert de Cranq, chevalier, le quel est Englois, mais il n’est pas record en quel pays il se tient ou à Chierbouc ou en Guianne. Lequel messire Jehan de Sezay, il durant le temps qu il a servy y ceulx Jaquet et Blanchebarbe il a veu aler et venir paisiblement en la compaignie des diz Englois et entrer es dites forteresses englesches, aussi paisiblement, comme faisoient ses diz maistres; et que y celluy de Sezay par plusieurs fois il a veu chevaucher avecques y ceulx Jaquet et Blanchebarbe ès cources et chevauchées que l’en faisoit; et estoit y cellui de Sezay homme bien monté à 1 1 1 1 chevaulx.

« Toutes voies il se recorde bien il ne vit oncques que le dit de Sezay clievauchast armez de sa personne en la compaignie des dessus diz, ne scet la cause, pourquoy; mais ses trois varletz estoient bel et bien armez comme lui et les autres groz variez d’icelles forteresses englesches. Et avecques ce, se recordent qu’il y a environ trois ans que darrenière-

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ment il vist ycellui de Sezay ou dit pays de Lvmosin. Duquel de Sezay l’en pourra oir nouvelles et savoir plus à plain son estai par un escuïer du pays de Constentin, appelé Siffirevast1, qui est capitaine de Valoignes; auquel escuïer soit demandé le chevalier de Sezay à qui il ot débat de parolles en la forteresse de Bricquebec, ou temps que le siège estoit devant Chierbouc, et le quel chevalier y celui escuïer appela traître Navarrois. Requis qu'il gaignoit par an à servir y ceulx Jaquet et Blanchebarbe et quel prouffit il avoit des prisonniers, etc...., dit par son serement qu’il ne gaignoit aucuns salaires prétix, ne n’avoit aussi aucun prouffit particulier des diz prisonniers, parce que il avoit dit à ses diz maistres qu’il ne vouloit gaigner qu’à leur volenté et lui avoit souffrist, avoir esté bel et bien monté et armé comme il ovoit esté et bien gouverné sanz avoir d’y ceulx aucun aultre prouffit singulier. Et pour ce qu’il veoit que son dit darrenier maistre Blanchebarbe ne lui fai soi t aucun autre prouffit qu’il avoit acoustumé de fere et qu’il ne lui bailloit pas d’argent, à la value qu'il en avoit gaigné et gaignoit es dites cources, chevauchées et pillaiges, se parti de la compaignie et service du dit Blanchebarbe sanz son sceu et congé, et en admena un roucin sur le quel il avoit accoustumé de chevaucher qui estoit à son dit maistre Blanchebarbe, le quel cheval valoit bien environ XXX francs, et vint droit en la ville de Paris, sanz ce qu'il feistou feust à fère aucun mal en venant du dit lieu de Corbesin à Paris.

« En la quelle ville de Paris il vint et arriva deux ans ou environ, et autrement n’est record du temps. Le quel avoit pour lors sur lui la somme de 15 francs en or qu’il avoit apportez du dit pays de Lymosin. Auquel lieu de Paris, il vendi son dit cheval, se vesti de neuf bien et honnestement, et en cest estât se tint longtemps sanz rien fere ou ouvrer jusques ad ce que tout l'argent qu’il avoit fu despendu, tant au jeu de dez, comme en la taverne, comme aux tilles de mauvaise vie.

« Item congnut et confessa que environ un et demi an, lui estant sur Mons le Connestable où I on jouoit à la paulme un compaignon nommé Jehannin de Saint-Cloud, chaussetier demourant à Saint-Cloud, vint à lui et lui dict qu’il lui donneroit chopine de vin ; alèrent boire eusemble, et illec s’entre acompaignèrent et tant que y cellui de Saint-Cloud et lui

1. Chévrefast est porté sur la montre d’Olivier de Mauny, comme chevalier banneret, passé à Sablé le icr septembre 1371, sous le gouvernement du connétable de France.

BOBIGNY -LEZ-PARI S. Planche

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