Vassal de Nicolas Le Mire
BOBIGNY
Raoulet lui copa la gorge. Auquel homme mort il print une bourse qu’il avoit pendue à sa poitrine en la quelle avoit XII francs seulement; et y cellui homme lessèrent tout vestu, et ne lui ostèrent aucune chose du sien que dist est cy dessus en la place où il avoit esté tuez. Dist avecques ce, que eulx tous ensemble ce fait, vindrent en la ville de Meaulx à la my may darrenièrement passé, à la foire qui y estoit, en entencion de gaigner. En la quelle ville de Meaulx, lui et les ditz Raoulet et Jehannin d’Estain prindrent de jour en l’estai d’un chaussetier mj paires de chausses, les unes de violette à usage de femme les quelles il donna à Guillemette sa mie, unes de pers, unes vermeilles, et unes de vert. Et aussi prindrent à plusieurs merciers environ X ou XII dagues; les quelles dagues et chausses ilz mirent en gaiges ès tavernes de la dite ville de Meaulx pour leurs dépens faiz en y celle ville, et en un mesme jour que les dittes chausses et dagues furent prinses, ilz prindrent deux grans chauderons neuf les quelx ils apportèrent à Paris et y ceulx vendirent en la grant rue Saint-Martin X fr. par l’un, et l’autre XII, le quel argent ilz despendirent ensemble.
* Item, dist que depuis ce, qu’il a esté délivré de prison de Chastellet par les grâces de la royne, il seul a prins et gaigné d’une vielle mercière qui vend mercerie derrière Saint-Innocent, xij coiffes de soye, les quelles il a vendues XII f. à Ameline, femme Jehan de YVarluz, prisonnière au Chastellet.
« Item, depuis ce et à la porte Baudoir, sur un faiseur de bourses et mercier, un Cousteau à usage de femme avecques une bourse, la quelle bourse, il a baillée et donnée à la dite Guillemette sa mie.
a Item, durant le temps qu’il fu en la dite ville de Meaulx, il print et embla à un espicier environ nj 1. de poudre estans en un sachet de cuir, de la quelle quant il s’en fu, il vendit le demourant d'icelle nj f. à un nommé Drony, mercier.
n Item, dist que durant le voyage que l’en fist en Flandres, quant l’en cuida passer en Engleterre (en 1386), il et autres compaignons bretons, ne scet quel nombre, ne aussi les noms d'iceulx, entrèrent par force en l’église de Bailleul, rompirent coffres, aumailes et et huys de vestiaires estans illec, et en y celle prindrent plusieurs vestemens à ournemens et autres choses que l’en trouva l’éans, chacun du mieulx qu’il pot, dont il ot sa part des diz vestemens de drap, de soye et d’y ceulx, fist fere de
BOBIGNY
la robe pour soy vestir. Et aussy fu en une autre église assez prez du dit lieu de Bailleul, la quelle semblablement il desroba par la manière que dit a la dite église de Bailleul; durant le quel voyage...
« Item, dist que nj sepmaines ou environ lui et Jehannin de Saint- Omer dit Cousin, pionnier repairant partout, de jour, prindrent à l’uys dun pellteier demourant en la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie un peliçon de connins qui estoit à sa fenestre, et y cellui porta pour vendre en la ville de Bobigny, pour lequel l’ait il fu i liée arresté et détenu prisonnier.
h Item, dist que, un mois ou environ, il print en la ville de Saint- Denis en France ou clos à l’Abbé, neuf aulnes de napes ou environ que l’en avoit mises sécher en y cellui cloz, et les quelles l'en moilloit pour blanchir, les quelles napes il vendi xnj f. à la dite Ameline, femme du dit Jehan de Wal us.
n Item, lui et le dit Raoulet, environ la Notre-Dame en septembre darrenièrement passée, ès Champeaux à Paris emblèrent mj coiffes de soye, mj anneaux d’argent, et deux dagues, les quelz choses ilz vendirent au dit de Warlus et à la dite Ameline, sa fiancée, n’est record quelle somme d argent. Et dist sur ce requis, que de présent il n’est record d’aucuns autres meffaiz par lui faiz; et pour ce, requiert qu’il ait temps de ce adviser.
fi Le mardi XXVIe jour du dit mois d ottobre l'an mju et neuf dessus dit, par devant mous le prévost, présens maistre Jehan Truquam lieutenant, Dreue d Ars, auditeur, Martin double advocat, Andry le Preux procureur du roy ou Chastellet, Jehan Deley et Michel Marchant advocas ou dit Chastellet, Jehan de Bar, Pierre Gilbert, Nicolas Chaon, R.obert de Tuillières, Arnoul de Villiers, Jehan Soudant, Jehan de Thuillières, Robert de Pacy, et Girart de la Haye, examinateurs au dit Chastellet; fu fait venir en jugement sur les carreaux le dessus dit Jehannin le Brun prisonnier, au quel fu leu et récité le procès et confession par lui faites, cy devant escriptes et ce lui demandé se elles avoient par lui ainsi esté congneues et se elles estoient vrayes par la manière que escriptes sont.
« Le quel prisonnier sur ce juré par serement et requis, dist que autreffois il les avoit congnues et encore les cognoissoit et confessoit estre vrayes par la fourme et manière que elles contiennent et sont escriptes.
BOBIGNY
Et ce fait fut le dit prisonnier fait remettre es prisons, dont il estoit partis.
« Le quel mons. le prévost demanda aux diz conseillers présens leurs oppinions sur la confession d’icellui prisonnier, et qu’il estoit bon à fere ? Tous les queulx veu et considéré ce que dit est, délibérèrent et furent d'oppinion que icelluy Jehan le Brun, prisonnier, estoit digne de souffrir mort, comme traître du roi notre sire, cest assavoir qu'il feust traînez, décapitez et après ce, le corps et la teste d’icelluy pendus à la justice du roi nostre sire. Et ad ce fu par le dit mons. le prévost condempné y cellui Jehan le Brun. »
Nous ne citerons pas ici la pièce de comparution et de confession de Raoulet de Laon, dit Jeannin la Grue, compagnon de Jean le Brun, dans la plupart des excès, des délits et des crimes qu’il commit, afin de ne point fatiguer le lecteur par des répétitions inutiles. Sans plus de retard, nous mettons sous ses yeux le récit instructif de l’exécution du redoutable malandrin.
« Le mercredi IXe jour du dit mois de mars mil ccc i n jxx et neuf, le dessus nommé Jehan le Brun, prisonnier, fu mené à son dernier tourment, et eschaufaut es haies; et illec, en la présence de maistres Jehan Truguan, lieutenant; Jehan Soudant, examinateurs; Jehan le Forestier, Robert Pince, Guillot Piart, sergens à cheval ; Jaquet le Piquart, Denisot Ono, Jehannin Raimbot, Perrin de Sains, sergent à verge, et autres plusieurs sergens tant à cheval, comme à pié, fu dist et récité, par le dit lieutenant, au dit prisonnier, les confessions par lui faittes, esquelles il persévéra et continua comme devant avoir fait ; et ce fait, lui furent leues les accusations cy dessus escriptes, et les noms des accusez par lui, à en la dicte confession et autres faictes à part, esquelles confessions et accusacions par lui faictes, en tant comme il touche les cas et fais, dont chargez les dessus nommez : Raoulet de Laon, dit Jehannin la Grue, Jaquet le Bastart, dit d’Amiens, Jehannin de Saint-Cloud, Beaubarbier; Gilet le Bourguignon, Jehannin du Bois, Perrin le Breton, Jehannin d’Estain, Hennequin le Flament, Jehannin de Saint-Omer, dit Cousin, Jehan de Varlus et Ameline sa femme, Richart de Compiègne, Jaquet Augier, dit le Huchier, Jehanin Fontaine, Raoulet du Pré dit Baquet, Guillemin des Aubiers, Gilet Malingre, dit Bruyère, Olivier le Bouchier, dit le Lyon, Jehannin de Boigny, dit le Page, et Bertrand Waine ; il a continué et per-
BOBIGNY
sévéré, disant et affermant que les accusacions contre eulx par lui faictes estaient vrays.
« Item, et en tant qu’il touche les accusacions cy dessus escriptes par lui faictes contre les dessus nommez : messire Jehan de Cesay, chevalier, Perrin de Creux, Caisin du Vivier, Thomassin de Valois, Perrin du Quesnoy, Jehannin de Briençon, Colin Petit, dit l’Enfant, Perrin Nor... Jehan Phelipot, dit Grant-Jean, Jaquet de Bâillon, Michelet d'Auxerre, Ivonnet Poulalet, Robinet de Gournay, Vattelet et Jacquemin de Marbray, le Camus de Saint-Quantin ; dist et afferma par son serement et sur la part qu’il entendoit à avoir en Paradis que en eulx il n’avoit onques veu ou sceu mal aucun et que les dittes accusacions il avoit controuvées, machinées et pensées contre chacun d’eulx, par la temptacion et ennortement de l’ennemy, et les avoit controuvées sur eux à tin deschever et qu’il ne mourut pas si très tost, en pensant en soy que, quant il ne sauroit plus armé escuyer, que de lui seroit fait justice. Des quelles accusacions il se repentait moult fort, comme triste et marry d’avoir fait icelles, et que c’estoit le péché que oncques il eust fait, dont il se doustoit plus encourir en l'indignacion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et autre chose ne veult cognoistre ; et pour ce de lui en entre sinant icellui, fu le dit jugement exécuté, c’est assavoir le col coppé, et en après le corps et la teste menez à la justice du roy, ei illec penduz.
« Et n’avoit le dit Jean le Brun aucuns biens.
Al. Cachemaree 1. »
Nous ne connaissons pas d'autres censitaires de la seigneurie au temps de Jean de Gisors, c’est-à-dire à la tin du xne siècle, que Pernelle Landierme, André Porcheron, Périnet du Coudray, et Amaury de la Charmoye.
Sous Jean Le Mire, d’après son aveu et dénombrement fourni, en 1315, à l’abbé de Saint-Denis, on trouve comme censitaires : Adam d Amiens, Jean Cailleu, Philippe Damoisel, Thomas le Thuilier, Nicolas Foucart, Jean de Saint-Benoît, et Gérard de Courcelles.
Les vassaux de Nicolas Le Mire, haut, moyen et bas justicier de
1. Extrait du regist. crimin. du Châtelet de Paris } du 6 septembre 1389 au 18 mai 1392, publié pour la première fois par la Société des bibliophiles français ne 1861 ; à Paris, chez Lahure.
BOBIGNY
Bobigny, après Jean Le Mire, en 1351, furent : Hennequin le Flament, Jean Cognet, Jean Damoisel, Gérard de Montaigu, Pierre de Landres, Robert l'Escj ivain et Geolfroy de Yillaine.
En 1396, année de la mort d’Etienne de Braque, seigneur de Bobigny, les vassaux les plus importants de la seigneurie étaient : Guillaume Vuiderme, Hugues de Guingamp, Révérend Père en Dieu Mgr de Poitiers, puis de Paris, Gérardin de Montaigu, Nicolas de l Espoisse^ Bernard de la Fontaine, Philippe de Paris, Jean de Nanterre et Etienne Fauteur de Vielleville, aïeul de François de Scépeaux, seigneur de Vielleville, des é Mémoires , personnage illustre.
Entre ces divers possesseurs de Fiefs ou propriétaires à Bobigny, nous consacrerons un article spécial à la famille de Montaigu et à Nicolas de l’Espoisse, à cause de son gendre, le bâtard d’Aunay.
GÉRARD DE MONTAIGU, en 1352.
GÉRARDIN DE MONTAIGU, son fils, en 1391; quatre-vingt-quinzième
des évêques de Paris.
Armes : D’argent, à la croix d’azur, cantonnée de quatre aigles de gueules1.
Le lecteur a pu remarquer, dans le dénombrement de ses biens de Bobigny donné par Nicolas Le Mire à l’abbé de Saint-Denis, en 1352,
1. Le P. Anselme, t. VI, p. 377, etde la Chenaye-Desbois, t. XIV, ire part., p. 3.