I.ETOURNEUR
Je n’ai pas pensé à toi, précisément, mais tu es le fils de ma sœur, je ne sais pas pourquoi je ne ferais point peur toi ce que je forais, un jour, pour un étranger... D’ailleurs rien no m’ennuie comme de chercher, et ma foi si tu te sens des velléités de mariage, autant toi qu’un autre I
MAXIME
Vous avez des façons de doanerla préférence aux gensl...
LETOURNEUR
Je no. prends pas de mitaines, c’est vrai, mais la main tendue est loyale, tu le sais. Eh! bieiT, qu’en dis-tu?
MAXIME
Je dis que, résolu dès longtemps à prendre la vie par le côté sérieux et utile, je me suis promis de me créer, dès que je le pourrais, un foyer, un coin discret et sûr où je pourrais rencontrer ces deux consolations et ces deux aides : l’amour et le travail. Le mariage n'a dbnc rien qui m’effraie. Je dirai, au contraire, qu’il m’attire. J’aime et je recherche le devoir. Je n’ai jamais songé ni à un mariage de passion ni à un mariage d’argent ; je n’ai ni le tempérament voulu pour faire une affaire, ni les illusions assez vivaces encore pour espérer un roman. Si ma cousine Geneviève me plaît et que je ne lui déplaise pas, ehl bien, mon oncle, votre gendre est tout trouvé et je n’ai pas besoin de vous dire qu’il sera digne de votre confiance.
LETOURNEUR
Je ho te demande pas une autre réponse, mon cher Maxime. Geneviève va rentrer, tu la verras, et si tqn’en deviens pas amoureux fou... Âmour-propre de père mis à part, elle est charmante : un esprit, une grâce, un talent!... Elle parle
tBS mOBATS
anglais comme lord Byron... Elle peint comme Rosa Bonheur!
MAXIME
Du talent?
LETOCRNEDR.
Regarde-moi ces tableaux-là I Cette aquarelle! C’est de ma fille!
MAXIME
De Geneviève? En vérité! Quelle sûreté de main et quelle élégance!
LETOURNEUR
Dis cela à ta cousine et elle bondira de joie. Tu es demeuré très-présent à sa pensée, garnement I Combien de fois m’a-t-elle entraîné au quai Malaqiiais pour admirer tes envois de Rome ! Des reconstruclions du Forum, des Thermes, du Colysée, un tas d’autres choses! Du dia’ole, si j’y entendais rien! Mais elle vous jugeait tout ça, mazette! comme un académicien. Ah I mais diable, à propos, nous n’avons pas parlé de dot!
MAXIME
Eh bien! si vous voulez, nous n’en parlerons pas.
LETOURNEUR
Comment, c’est comme cela que tu entends les affaires?
MAXIME
Aussi bien ne causons-nous pas affaires. Et savons-nous même si Geneviève et moi nous n’allons pas nous détester à première vue?
LETOURNEUR
11 est insupportable! Quand je te dis qu’elle rêve de toi!
MAXIME
Les absents ont raison!
LETOURNEUR
Enfin, en principe, deux cent mille francs de dot... Est-ce dit? C’est à prendre ou à laisser 1
MAXIME
Mais mon oncle...
LKS INGRATS
LKTOÜRNEOR.
Je ne demande pas de réticences, je te demande une réponse catégorique.
MAXIME
Eb! bien, à mon tour, je vous demande vingt-quatre heures pour réfléchir.
LETODRNEUR.
Pourquoi vingt-quatre heures ^
' MAXIME
C’est une chose assez grave...
LETOURNEUr.
Ah! si on réfléchissait! Si j’avais réfléchi, je n’aurais jamais épousé Véronique ! et je n’aurais pas l’occupation, la douce occupation, de marier Geneviève! Enfin, soit! tu as vingt-quatre heures pour étudier ta future femme 1 Tu as de la chance, toi ! J’ai eu dix minutes pour faire connaissance avec la mienne.
MAXIME
Dix minutes ?
LETODRNEUR.
Elle repartait le soir même de la présentation pour Toulouse. J’ai rendu la réponse par le télégraphe... à bras.... C’était pressé... Il y avait un autre concurrant. Ah! si celuilà avait pu accepter et envoyer sa réponse par le télégraphe électrique ! Mais l’électricité n’était pas inventée. Je suis arrivé premier, (arcc amortnme) Bon premier.
Ainsi, ma cousine sera ici ?
LF.TOÜRNEDR.
Dans une heure. Et maintenant laissons cela de c6té. C’est ton affaire, ce n’est plus la mienne. Moi, je ne suis pas seulement père, et excellent père, je suis aussi banquier... J’ai à traiter aujourd’hui une affaire considérable... (tirant gamonire) Voilà déjà une heure que je consacre au bonheur de ma fille, c’est beaucoup !
LES INGRATS
MAXIME
Passez cela par profits et perles i
LETOURNEUR
Tiens, veux-tu te rendre compte du talent de Geneviève? Suis la galerie; tu arriveras dans un petit salon. C’est là que sont ses œuvres complètes. Ah I si j'étais sorti quand ces demoiselles reviendront, présente-toi, nomme-toi hardiment, car on ne te reconnaîtrait pas après cinq ans I — Et ne te trompe pas surtout, diable! Elles sont blondes toutes deux]
MAXIME
Mademoiselle Marthe aussi ?
LETOURNEITR.
Marthe ne compte pas I (Maxime sort) Il n’est pas mal, ce Maxime I Et puis il est tout trouvé, c’est une qualité I Voilà une affaire en bon chemin I C’est égal, après ce qu’on fait pour eux, s’il ne vous aimaient pas, les enfants seraient bien ingrats I