LETOURNEUR, HENRI
Le domeetiqae entre.
LETOURNEUR
Qui est là, François? (Le domesUqae présente ane carte snr nnplatean.) Baron Henri de Bersact... baron de Bersac ! Vite, faites entrerl... (Henri entre, tenne correcte et élégante, rosette d’ordres étrangers à la bontonnière. II saine. Letonrnenr loi présente ane chaise.) Ce cher baron 1 donnez-vous la peine, je vous prie. Eh bienl quelles nouvelles?
HENRI, s’asseyant.
Mauvaises I
LETOURNEUR
Celte concession de terrains?
LES INGRATS
HENRI
Risque beaucoup de ne pas rencontrer l’agrément du ministère.
Diable !
HENRI
Il faudrait trouver parmi les amis du ministre quelqu’un qui pût influer sur la volonté de Son Excellence.
LETOÜRNEÜR.
Le ministre a cependant les idées les plus larges...
HENRI
Son Excellence n’a pas eu le temps d’étudier votre rapport... Le projet est demeuré dans les cartons... autant dire dans les catacombes.
LETOURNRDR.
On ne les visite que quatre fois par an. Mais, mon cher baron, si j’ai bien compris, vous pouvez, m’avez-vous dit, avoir accès auprès du ministre.
HENRI
Facilement.
LETOURNEUR
- Vous pouvez lui parler ?
HENRI
Fréquemment.
LETOURNEUR
Vous pourriez donc prendre en main la cause de notre malheureux projet.
HENRI
Certainement.
Vous pariez d’un ton bref, mais très-éloquent, monsieur le baron, je crois que je puis être compris. Vous connaissez l’affaire. Elle est limpide. Voulez-vous bien vous charger de la patronner auprès du ministre, et avec l’agrément du conseil que je consulterai, acceptez de faire partie du comité de surveillance? Un terrain à exploiter, des cités ouvrières à
10 LES INGRATS
construire. L’affaire doit vous sourire. Vous êtes un homme de progrès.
HENRI
Certes, quand le progrès .m*est utile. Mais ne venais point vous rien demander, je venais simplement vous proposer d’appuyer votre projet. J’accepte d’ailleurs, et il est temps, je pense, de vous faire connaîire mes références.
LETOURNEUR
Comment, baron I des références I... Pour qui me prenezvous?
HENRI
Non, non, j’y liens. Vous m’avez vu plusieurs fois chez Paturel, sans doute, mais eoGn, vous ne me connaissez pas intimement 1
LETOURNEUR
Avec un nom comme le vôtre, monsieur le baron, on n’a besoin ni de répondants, ni de parrains. On se sert de par^ rain à soi-méme.
HENRI, le regardant.
Vous dites ?
LETOURNEUR
Je dis que le baron de Bersac entre partout.
HENRI, après on silence, & part.
Ah 1 très-bien 1 (Hant.) C’est en effet un des derniers privilèges du passé. Notre société actuelle ouvre ses portes, lorsqu’on lui décline un titre, ' absolument comme la grotte d’Ali-Baba ouvrait les siennes lorsqu’on lui criait : Sésame ! Ce n’est même pas la seule ressemblance que la société ait avec les quaranté voleurs.
LETOURNEUR
Charmant!... (Uo silence.)
^ HENRI
J’ai eu, du reste, l’honneur de rencontrer plus d’une fois votre charmante ûlle chez la comtesse deRigny. Je ne connais pas de plus ravissante personne 1
LES INGRATS
LETOÜRNEÜR.
Geneviève ? Elle est la filleule de madame de Rigny.etla comtesse, dont j’ai l’honneur d’étre le banquier, est précisément dans l’affaire en question
Elle?
LETOÜRNEÜR.
Nous avions même espéré que sa haute situation, son influence auprès du ministre...
HENRI
Pourraient aplanir bien des difificultés?
LETOÜRNEÜR.
Justement. Je l’attends tout à l’heure, avec Paturel, pour nous entendre.
HENRI
N'y comptez plus. La comtesse a perdu beaucoup de son crédit. Elle est tombée dans le libéralisme. Vous n’êtes pas libéral ?
LETOÜRNEÜR.
Je ne suis rien du tout. Il faut bien que, par hasard, il se trouve des gens qui ne s’occupe pas de politique...
HENRI
Obi être libéral ne serait pas un crime, ce serait un fait. Je ne hais rien pour ma part, ni le libéralisme, ni ses coritraires... Je les salue tour à tour quand ils passent... et je m’estime un peu de ne pas les oublier tout à fa>t quand ils sont passés.
LETOÜRNEÜR, A part.
C’est un homme fort!
HENRI
Bref, pour conclure, je vous propose, cher monsieur, de me mettre à votre disposition pour en finir avec les atermoiements et les obstacles. Si je réussis, vous verrez à garder à mon intervention la part qui lui convient. Si j’échoue... — Mais nous n’échouerons pas. si vous le voulez bien !
LES INGRATS
LETOÜRNEÜR.
Je m’en rapporte à vous.
HENRI
Et, d’abord, il faut voir le .Ministre.
LETOURNEUR
Je no demande, pas mieux !
HENRI
Il faut lui parler.
LETOURNEUR
Avec enthousiasme.
HENRI
Avec brièveté, cela vaut mieux, quelque chose de net et de saisissant.
LETOURNEUR
A la César.
Pas davantage. '
LETOURNEUR
Je vais préparer cette improvisation.
HENRI
Le ministre reçoit ce soir. Je me ferai un plaisir de vous présenter.
LETOURNEUR
El moi, baron, un devoir de vous suivre.