SCÈNE VI
Les Mêmes, LA COMTESSE.
FRANÇOIS, annonçant.
Madame la comtesse de Rigny !
LA COMTESSE
Bonjour, mignonnes. Bonjour Lelourneur.
GENEVIÈVE
Bonjour, marraine,
Ah I chère comtesse, quelle exactitude ! Paturel n’est pas arrivé. Je vous demande pardon de vous faire attendre. Permettez-raoi de vous présenter mon neveu, M. Maxime Lalrade. *
LA COMTESSE
Je connais parfaitement le nom de M. Lalrade et depuis longtemps. Ah l.vous faites du moins, vous, monsieur, de
LES INGRATS
l’architecture un art exquis à l’Iieure où tant d’autres en font un méiier I
HAXIUE.
Comtesse...
LETOTIRNEUR, se pavanaDt, bat b la comtatse.
Ça fait toujours plaisir I
LA COMTESSE, mèiDe jen.<
Mais Je ne dis pas cela pour vous!
LETOURNEITR, mdiue jen.
Bah ! mon neveu, c’est un peu moi !
LA COMTESSE, tnèine jeu.
Eh I bien, voilà un gendre tout trouvé !
LE TOURNEUR, infine jea.
On y a songé!
LA COMTESSE, mî'tne jen.
Personnellement je lui donne ma voix! (Haat b Maxime.) Vous nous aviez envoyé de Rome, il y a deux ans, monsieur, une magnifique reconstruction do temple antique.
GENEVIÈVE
Le temple de Mars Vengeur I
LETOURNKÜR.
Mars Vengeur ! Quelle femme!... Embrasse-moi, toi !
LA COMTESSE
Et votre séjour à Rome est terminé, monsieur?
MAXIME
Complètement... madame... je reviens à Paris pour toujours... et c’est avec une véritable joie, je vous l’avoue, qu’on retrouve après bien des années ce qu’on avait laissé autrefois.
MARTHE, b part, triitemeat.
Comme il a regardé Geneviève !
LA COMTESSE
Vous n’avez pas vu Paris depuis... ?
MAXIME
Depuis 1869, madame ; en 70 j’avais vainement essayé d’y rentrer, malgré le blocus, mais n’y pouvant réussir, j’étais
alld, sur la Loire, demander, dans le rang, le poste que je venais chercher à Paris.
LA COMTESSE
Mais votre qualité de prix de Rome vous exemptait de toute charge militaire ?
MAXIME
A de certaines heures, il n’y a point de charges, — il y a des devoirs.
LA COMTESSE
Croyez-vous qu’un artiste ne soit pas plus utile à son pays en le rendant illustre par son génie qu’en le défendant avec son bras?
MAXIME
Dieu me garde, madame, de n er le rayonnement et la supériorité de l’art, mais, quelque douleur que j’aie éprouvée en sachant que tel grand artiste a payé de sa vie son dévouement, j’estime que le retentissement glorieux de sa mort sera plus utile dans l’avenir à sa patrie que ne l’eût été la splendeur même de sa vie !
LA COMTESSE
Peut-être avez-vous raison.
LETOUHNEURf à GoDeviàTe.
Tu ne le trouves pas trop... puritain?
GENEVIÈVE
Non... ça a de l’allure!.. . (a Marthe.) N'est-il pas vrai? Qu’est-ce que tu as, tu es toute émue?
Je n’ai rien, je pense.
LETOÜRNEÜH,
Tout cela n’empêche pas que j’aime encore mieux te voir construire des Panthéons que d’y entrer!... Un bon père de famille, sans être de bronze, est bien utile aussi à son pays.
LA COMTESSE
Vous avez là une pensée égoïste, vous parlez pour vous.
2U LES INGRATS