SCÈNE IV HENRI, HERBAUT
HENRI, b part.
Mon père !
HERRAUT.
Vous vous faites donc appeler le baron de Bersac, maintenant?
HENRI
J’en suis à l’heure de la lutte. J’ai pris, pour réussir, l’arme que je trouve la meilleure.
HERRAUT.
Un arme? Dites un masque! Et quisque je vous rencontre par hasard, je veux vous faire connaître ce que je pense et ce que je désire. '
HENRI, après un geste d’impatience.
Nous vivons dans des mondes différents; il n’e-t pas surprenant...
LES INGRATS
HERBAUT, l’interrompant.
Sur ce point, passons. Vous m'avez habitué depuis longtemps à ne plus vou^ regarder comme mon fils. Il m’en a coûté de sentir se détacher do moi une ailection qui faisait pia vie. — Après votre mère, vous êtes ce que j’ai aimé le plus àu monde. (Monrement d’Henri.) Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention de renouveler des reproches, et ce qui est plus cruel, dos prières que vous n’avez jamais écoutés. 11 vous fallait la vie facile et luxueuse. Je ne pouvais vous offrir qu’une existence de lutte et de travail. J’ai fait du moins de mon mieux. Marié jeune, après la mort de votre mère, je pouvais recommencer une vie nouvelle, me reconstruire un foyer, je n’avais pas trente ans... Pour vous, j’ai tout sacrifié, je n’ai plus aimé personne pour vous aimer quand vous étiez enfant. Et lorsque vous avez étéliomme, la plus grande partie de ce que j’avais, je vous l'ai donné f Vos prodigalités ont dévoré bien vite ces humbles épargnes. Après avoir vécu de désordres, vous avez traîné et avili...
HENRI
Mon père!
HERBAUT
Vous n’entendez pas assez souvent la parole d’un honnête homme pour que je vous fasse grâce de ce que j’ai à vous dire. Lorsque j’aî exigé de vous, après vos premières fautes, que vous endossiez l’uniforme, j’avais espéré que la salutaire discipline du régiment vous apprendrait ce que vous avez toujours ignoré, le devoir.
HENRI
La passion a sa puissance aussi!
HERBAUT
Quelle est donc la passion qui puisse excuser ce que vous avez fait? Intelligent et brave, vous aviez rapidement conquis les galons, et vous alliez recevoir l’épaulette; mais ce qui devait Aire votre salut, a été votre perte. Où seriez-vous à celte heure si je n’uusse réalisé, vendu, tout ce qui était à
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moi pour combler le vide qu’avait fait vo're main dans la caisse du régiment?
HENRI
J’aurais payé d’une autre façon !
HEBBAUT.
Vous vous seriez tué? Je n’en suis pas sûr!... Mais le fils du commandant Herbaut en eût-il moins été déshonoré devant tous?... Cet acte infûme, que je suis seul à connaître, une vie nouvelle pouvait à la longue me le faire oublier!... Vous pouviez devenir un autre homme, vous n’a. vez pas eu ce courage... Dépositaire infidèle, vous êtes devenu un fils ingrat... Vous vous êtes glissé sous un faux nom dans un monde qui n’est pas le vôtre et après avoir dérobé l’argent confié à votre probité de soldat, vous avez dérobé un titre 1... C’est trop!
Bersac est le nom du domaine que possédait pia mère ; je l’ai pris.
HERBAUT
Dites que vous l’avez volé, comme le reste! (llouTemeDt
d’Henri.)
HENRI
Mais...
HERBAUT
Ohl laissez-moi parler... Tant que j’ai pu espérer en vous un retour vers des sentiments qui sont les miens et qui ont été cemc de votre enfance, j’ai attendu, mais à cette heure, devant votre acharnement à secouer le joug de tout honneur et de tout remords, je me croirais coupable de ne pas vous dire absolument ce que ma juste sévérité réserve à votre ingratitude...
HENRI
C’est une sentence que vous entendez prononcer ?
HERBAUT
C’est un avis que je vous donne. Que le faux baron de Bersac traîne à travers les salons et les antichambres ses es-
poirs déçus et ses appétits renaissants, libre à lui, je puis en souffrir jusqu’au fond de l’âme, mais du moins je n'en rougis pas...
HENRI
Commandant...
HERBAUT
Mais que j’apprenne que vos intrigues dépassent le cercle étrange où s’agitent avec vous je ne sais quelles personnalités douteuses, que je pense que vous soyez sur le point de commettre publiquement une mauvaise action qualifiée, ce jour-là, je vous arrache votre masque. Et cette sentence, dont vous parliez tout à l’heure, je l’exécute.
HENRI
Voilà un ton menaçant qui n’est pas précisément fait, vous l’avouerez, pour me pousser dans vos bras!
HERBAUT
Mes bras, je le les ouvrais autrefois, malheureux, je ne demandais qu’à te presser sur ma poitrine... à mettre mes lèvres sur ce front où je retrouvais les baisers de ta mèrel... Qui m’a repoussé?... qui me repousse maintenant? Et de quel sourire accueilles-tu toujours mes supplications?
HENRI, .froidemeot.
Tout à l'heure vous me donniez des ordres!
HERBAUT, ï pari.
Impassible 1 iHani.) Des ordres ? Soit I Voici mon dernier mot. Le jour où le prétendu baron de Bersac touchera à l’honneur du nom d’Herbaut, ne cherche pas à connaître celui qui se dressera entre toi et ton but, ce sera moi I
La statue du Commandeur?
HERBAUT
Mieux encore : le père de Don Juan vivant et implacable, (ironique.) Adieu I baron, (ti eon.)
LES INGRATS