SCÈNE II
Les mêves, LëTOURNEUR.
LETOURNEDR..
La comtesse n’arrive pas ?
Le train est en retard... et pourtant j’ai une hâte de la voir !... Elle tient à me faire prendre ma part d’une certaine affaire. *
LETOCRNEUR.
La comtesse 7
PATUREE.
Eh oui, une affaire de minerai d’argent t
LBTOURMEUR.
La mine d’Algérie?
PATUREE
Vous connaissez ça! Alors, vous comprenez mes ennuis! Voyons, c’est illogique, cela ! La comtesse associée au comniix''dant Herbaut...
EETOORNEUR.
Le commandant a accepté ?
PATUREE.
Oui... La comtesse s’est mise en télé celte affaire! A son aise. Tout le monde est libre. Libe.'té avant tout, (d'oo ton d’une piofessioa de foi.) La liberté, Messieurs !
LETOURNEUR
Un discours.
R AOUI-.
Passez-le.
PATUREE.
Si VOUS voulez! (ii change de ton.) Donc que madame de Bigny fasse ce qu’il lui plaît, peu m’importe; mais ce qui m’importe beaucoup, c’est qu’elle ne me force pas à prendre part aux opérations qu’elle entreprend.
Les INGRATS
LKTODRNBÜR.
Elle VOUS force?
RAOUL
Mon Dieiî, oui I
PATU REL
Et comment?
RAOU L
Voilà. Au début de ma carrière, le père de madame de Kigny, le duc de Gôvres, un homme assez ordinaire^ s’est trouvé sur mon chemin, et il m’a aidé oh! sans hésiter! Mais enfin, il était riche, j’étais pauvre, il était duc, je n’étais rien! C’était tout naturel.
LETOURNEUB.
Le contraire seul eût été étonnant ! ^
RAOUL
Et c’est par reconnaissance?
Par pur condescendance ! Car enfin, comme toutes choses^ la reconnaissance doit avoir un terme.
LETOORNEUR.
Le commandant Herbaul appelle cela jeter du lest !
RAOUL
L’indépendance du cœur !
PATUREL
Enfin quoi ! acquitter aujourd’hui une dette qui remonte à vingt ou trente ans, c’est comment dirai-je?’
RAOUL
C’est raffraîchissant I
PATUREL
Vous avez-dit le mot I Mais depuis le temps se serait un billet, un jugement môme, il serait périmé !
LETOURNEUR
Ab I si le duc avait eu l’amabilité de ne pas avoir de fille!
PATUREL
Ou de ne lui rien dire des services qu’il n’avait rendus!
LES INGHATS
Est-ce que je suis comme ça, moi ? Est-ce que vous avez entendu dire que j’aie humilié quelqu’un jusqu’à lui tendre la main?
nAOUL et LETOURNEUB.
Non!
PATUREL
Qu’est-ce qu’un bienfaiteur qui se vante de ses bienfaits ?
RAOUL
C’est un malfaiteur qui vous rend service I
PATUREL
Voilà!
LETOURNEUB.
Hais enfin, quelle dure nécessité vous impose donc madame de Rigny?
PATUREL
Elle! ehl bienl sous le prétexte des anciens services paternels, elle me fait entrer dans ses entreprises, et cela dans d'assurer à M. Maxime Latrade, eh! parbleu, votre neveu, Lelourneur, — une place magnifique !
LETOURNEUB.
.Allons donc?
PATUREL
Une fortune tout simplement.
LETOURNEOR.
A Maxime ? Et comment diable ne m’a-t-il pas dit?
C’est qu’il n’en sait pas le premier mot. C’est à son insu. La première condition de l’entreprise, c’est le secret.
RAOUL
11 est bien gardé I
LETOURNEUB.
Qu’est-ce que tout cela signifie?
PATUREL
Cela signifie que le nouveau ministre, pas celui qui est tombé, pas celui qui est décédé, le troisième, est un membre de l’Institut, qui connaît votre neveu et en fait un cas énorme.
LES INGRATS -^ 81
letotibneor.
Énorme I
PAT ü BEL'.
Et que Ta comtesse est allée lui demander la concession de la mine d’Algérie, au nom do M. Maxime Latradel
LETOURNEUR
Au nom de Maxime? Et il l’a accordée, ce ministre? Mais à quoi songe-t-il, j’avais demandé la concession pour moi 1
PASTURE L
Au nouveau ministre?
LEBOUREUR.
A tout le conseil des ministres? Si on l’accorde à Maxime, c’est de la faveur, c'est du népotisme.
PATOREL.
Népotisme! népotisme I Mais puisque c’est votre neveu?
LETOURNEUR
Eh! sapristi I Vous ne savez pas, vous! je lui ai dit ce matin que probablement je donnerais à un autre la main de sa cousine!
RAOUL
 M. de Bersacl Abl je comprends tont I
PATURBL.
Et c’est cela qui vous chagrine? Ehl bien, donnez-la-lui celte main, reprenez-la à l’autre! Je vous conseille de vous plaindre, quand ce sont mes capitaux.. .
LETOU RNE U R.
Allons donc! l’affaire est superbel Vous allez gagner des millions... et moi, moi je perds peut-être un gendre... Maxime! Maxime! (ii soDoe, Françoii parait.) Ou est M. Maxime?
FRANÇOIS
M. Maxime est à la chasse, du côté des Roches.
LETOU RNE UH.
A la chasse! Mon fusil!
Vous allez?
LETO U HNEÜR.
Le retrouver I (Fraoçon apporte lefuîl.)
L£S INGRATS
PATOREL.
Quand je vous vois armé, j’ai toujours une peur de recevoir.
LkTOURNK U R.
Rassurez'voas, je ne lue jamais rien!