‹ Bobinette, vaudeville en 1 acteChapitre 81 sur 106 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, HENRI, GENEVIÈVE, MARTHE.

Geaerière tient à U main nn carton de tir trôné de balles. GENEVIÈVE.

AhI je n’en puis plus! j’ai hâte de m’asseoir! Tiens, M. Paturel, je ne vous avais pas encore vu ce matin! Bonjour M. Paturel. (Elle lui tend la main.)

PATU REL

Bonjour, mademoiselle Geneviève.

RAOUL

Eh! bien, mesdemoiselles, rapportez-vous un beau carton?

GENEVIÈVE

Suffisant, j’ai fait mouche trois fois !

RAOUL. - -

Quant à mademoiselle Marthe ?

LES INGRATS

GENEVIÈVE

Inutile de lui en parler... Elle ne touche pas à ces engins destructeurs.

PATÜREL, à Marthe.

Tout le inonde n’aime pas le fracas des armes !

GENEVIÈVE

C’est M. de Bersac qui est admirable! une adresse! Combien de balles dans votre carton, Baron ? •

HENRI

Vingt-quatre.

RAOUL

C’est gentil. (Marthe 80 met aa piano et jone la valse de Faust,

GENEVIÈVE

Alors VOUS devez être un homme très-redoutable ! Combien de fois vous êtes-vous battu ?•

HENRI

Tout juste ce qu’il faut pour être respecté.

RAOUL

Et redouté !

GENEVIÈVE

Trois fois?

HENRI

Quatre. Mais laissons cela, mademoiselle je vous prie.

, GENEVIÈVE

Non, j’aime assez qu’un homme ait risqué sa vie... Pour... Pourquoi vous êtes-vous battu ?

Pour rien. i

GENEVIÈVE

On se bat toujours pour quelqu’un I

RAOUL

Ou pour quelqu’une!

MARTHE

J’aime mieux qu’on se batte pour quelque chose.

HENRI

Pourquoi mademoiselle ? *

LES INGRATS

MARTHE

Mon Dieu, monsieur, mais il me semble qu'on en a malheureusement tous les jours et qu’on a eu l’occasion de se battre pour ces choses très-simplesï la patrie, l’honneur, l'indépendance du foyer, sans qu’on cherche encore à risquer inutilement sa vie, pour rien, comme dit M. de Bersac, ou pour... ce qu’a dit M. de Verdière.

RAOUL

Très bien !

HENMl, à part.

Une ennemie dans la place. (Marthe reprend la valse.)

GENEVIÈVE

Ma cousine trouverait sans doute que je suis une Bradamante, mais ces aventures m’attirent, j’aime le danger, le roman. 11 ne me plairait pas que ceux que j’aime fussent trop prudents 1

PATÜREL.

Alors, autour de vous, ma chère enfant, vous avez le choix... des héros !... Monsieur Maxime...

GENEVIÈVE

Mon cousin 1 11 s’est en effet bien conduit... aussi je l’aime beaucoup...

HENRI, bas.

Beaucoup ?

GENEVIÈVE, coqnette.

De tout mon cœur !

HENRI

11 est bien heureux !

GENEVIÈVE

Cela vous fâche ?

HENRI

L’aimez-vous... comme on doit aimer, mademoiselle, lorsqu’on va partager sa vie avec quelqu’un ?

GENEVIÈVE

Cela, c’est de l’indiscrétion. (Un coup de fea dans le lointain. Fatarel remonie.) Qui donc chasse maintenant ?

PATU REL

Maxime justement et Letourneur. ^

GENEVIÈVE

Papa ! Oh ! alors, les perdreaux peuvent dormir en paix I

HENRI

Comptons donc sur la cHassc de M. Lalrade.

GENEVIÈVE

Et cela, c’est une petite méchanceté.

HENRI

Pourquoi dites- vous que vous l’aimez?

GENEVIÈVE

Je l’aime... comme une cousine aime son cousin... mais...

HENRI

Mais?

GENEVIÈVE

Oh ! vous m’en demandez trop.

RAO U L, à part.

Elle est adorable I Et un architecte épouserait... (Haai.) Mauvais chasseur, M. Latrade, bon architecte, mais mauvais chasseur I (Marthe ferme brniqaement le piano.)

PAT U REL, descend.

Vous ne jouez plus, mademoiselle Marthe ?

MARTHE

Non... je suis fatiguée... mal disposée...

PATUREL

C’est la serre... l’odeur des fleurs...

MARTHE

Non, ce n’est pas cela.

PAT U REL

Alors, c’est la musique, ça entête aussi I (a part, regardant ta montre.) Et la comtesse qui n'arrive pas !

GENEVIÈVE

A propos de fleurs, ce matin, avec Marthe, nous avons vu ces magnifiques nymphéas blancs sur l'étang, là-bas, près d’Emancé I J’en rêve comme on rêverait d’un bijou

LES INGRATS

entrevu à la devanture d’un jouaillier. Ils étaient si beaux, si attirants. Je voulais m’élancer vers eux dans la barque, à travers les roseaux qui sortaient de cette vaste nappe d’eau comme de grandes aiguilles vertes.

HENRI

J’aurais voulu être là, mademoiselle, pour vous donner ces fleurs désirées !

PATUREL

En voilà une belle idée! Qui donc s’est noyé là, il y a deux ans ?

MARTHE

Le petit du garde. Pauvre enfant 1

GENEVIÈVE

Et moi, sans cœur, qui allais prier Maxime de me rapporter ces fleurs et demander qu’il risquât sa vie ! c’est affreux!... Marthe vaut mieux que moi: elle m’en a empêché.

MARTHE

M. Maxime est prompt à toute hardiesse. Il se fût évidemment jeté dans ces herbes hautes, perfides.

HENRI, il Generière.

Qui ne l’eût pas fait pour vous, mademoiselle , puisque vous le souhaitiez ?

RAOÜL, ba4 à Heori.

Très-bien 1 oh! très-bien! c’est une corvée, mais il faut l’avaler.

PAT U REL

H n’y a pas un être de bon sens ici 1

RAOUL

Après tout, qu’est-ce qu’on risque? une pleine eau... c’est cela qui est rafraîchissant !

genevIève.

La comtesse !

PATUREL

La comtesse f Enfin !

LES INGRATS

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