SCÈNE VIII
Les Mêmes, HERBAÜÏ, LA COMTESSE.
La comtesse entraat, va k Geneviève' ut l’embrasse an front.
LA COMTESSE
Bonjour, Geneviève. Toujours souriante ! bonjour Marthe !
PATÜREL, à part.
Le commandant 1 je suis enchanté !
LA COMTESSE, à Herbant.
Vous le voyez; toujours ici 1
IIERBA DT.
Oui, le siège continue !
RAOUL, bas k Henri.
Vous connaissez le commandant Herbaut?
HENRI, bas.
Un peu !
GENEVIÈVE
Mon père est absent, marraine. Je vous prie de l’excuser. Commandant, c’est moi qui suis la maîtresse du logis. Vous n’avez besoin de rien ?
HERBAUT
Je vous remercie, mademoiselle.
GENEVIÈVE
Nous parlions tout à l’heure de bravoure et mieux que cela d’héroisme, nous ne ne savions pas que nous pourrions sitôt avoir à qui en demander des leçons, non pas à un comparse, s’il vous plait, mais à un des acteurs en renom do nos combats. (EUe s’assied.)
HERBAUT
Permettez-moi de vous dire, mademoiselle, que dans ces sortes de drames, 11 n’y a ni grands premiers rôles ni comparses, comme vous dites. Je sais bien que les récompenses . décernées aux vivants et les tombes données aux morts ne
LES 1N6RA.TS
sont pas toujours égales, mais quels que soient les titres ambitieux qu’on inscrive sur la pierre des plus glorieux, je n’en connais pas que je voulusse échanger contre ces simples mots tracés sur la croix de bois noir des anonymes de la bataille : « Ci-gît un Français qui a fait son devoir I »
PATUBEL.
Bravo 1
LA COMTESSÇ.
Mon cher Herbaut ! ^
PATU BEL
Bravo! mais cela vous plaît à dire à vous, commandant, qui avez un nom absolument redoutable. Depuis deux jours, vous me causez des insomnies I
HEBBAUT.
Moi I monsieur ?
PATUBEL.
Nous sommes du mémo département, commandant I
HERBA U T
Eh bien !
PATU BEL
Il y a un siège vacant chez nous.
HEBBAUT.
Je ne comprends pa'^.
< PATUBEL.
On a voulu vous porter dernièrement. La période électO' raie est ouverte, votre comité était constitué, tout était prêt.
HEBBAUT.
El j’ai nettement refusé. Je suis de l’avis de La Tourd’Âuvergne qui disait : Un soldat n’est ici pour faire des lois, mais pour les défendre!
PATUBEL.
Il avait bien raison La Tour-d’Auvergne! Mais il suffirait d’un mot, d’une dépêche...
HENBI, à part écoalant. ,
Que disent-ils, là ?
LES INGRATS
PATUREL, joyCDX.
Ah I commandant, vous ne pouvez vous imaginer le plaisir que vous venez de me faire... J’avais une peur !... je suis populaire chez nous, mais vous l’étes aussi... votre conduite pendant la guerre, vos travaux d’agriculture.. . A nous deux nous représentons exactement les aspirations de nos chers concitoyens. Vous, le courage, l’abnégation, le... stoïcisme I
LA COMTESSE
Et vous l’argent, mon cher Paturel.
PATUREL
Et moi l’argent ! (a la comtesse.) c'est méchant, cela, mais c’est vrai !
HERRAUT.
Je ne représente et ne veux représentez que moi-méme.
RAOUL, à Henri.
C’est un excentrique , le commandant.
HE.VRI.
Tout à fait.
PATUREL
Mais vous avez une telle réputation là-bas I... Les mobiles du pays redevenus paysans n’oublient pas qu’ils étaient avec vous au feu 1 Aussi ils vous acclameraient avec une facilité. Vous ne vous présentez pas ! Ouf!... j’ai un poids de moins sur l’estomac. Mon élection est assurée.
HERRAUT.
J’en suis bien aise, monsieurl je suis aise surtout que les braves garçons dont vous me parlez n’aient pas oublié le nom du conTmandant Herbaut... (Regardant Henri.) Il parait que ce nom assez peu sonnant vaut encore quelque chose. J’aurais d’ailleurs été attristé de me savoir oublié des miens, car je ne connais pas de vice plus bas et plus coupable que cette noirceur de l’âme qui s’appelle l’ingratitude; Vice hideux et lâche, qui, dans notre vie publique, soulève le mépris encore plus qu’il ne déchaîne la colère, car s’il est au monde quelque chose qui ronge et qui tue, c’est l’ingra
IBS INQRATS
titude et s’il est dans notre France déchirée où chaque parti combat pour un drapeau, des hommes que tous les partis répudient, que tous les braves gens rejettent, ce sont ces adorateurs du succès qui passent allègrement du vaincu au vainqueur, calomniant le lendemain ce qu’ils courtisaient la veille, retournant leur casaque en ayant soin d’en tenir les poches pleines, changeant de drapeau comme les aventuriers changent de nom, ces caméléons d’antichambre, courtisans de la fortune, insuiteurs de la défaite, ce sont les ingrats!
LA COMTBSSB, A Henri.
Comme vous êtes pâle, baron !
RAO UL
Vous êtes sévère, commandant I
HENRI
On devrait en effet s’entendre sur ce mot tant de fois répété, ingratitude ! Sous prétexte de reconnaissance, il faudrait donc supprimer l’élan instinctif des générations qui arrivent vers un idéal qui échappe aux générations qui s’en vont?
RAOUL
Très-juste ça I L’ingratitude, c’est le pseudonyme du progrès! La locomotive est absolument ingrate envers la diligence.
HERBAUTi
Aussi ne s’agit-il point de marcher lentement ou rapidement, le seul point à observer, c’est de marcher droit.
PATUREL
Ou d’en avoir l’air.
RAOUL
Diable ! (Allant à Paiorei.) Mais c’est Brutus, cet homme-la !
PATUREL
Du moment que Brutus ne se présente pas.
GENEVIÈVE
Ah ! messieurs, 11 y a deux choses que les hommes devraient oublier devant les femmes, le cigare et la politique... Parlons de choses plus importantes, voulez-vous?
tES INGBATS
Mademoiselle I
GENEVIÈVE
J’ai lu dans la Vie parisienne, que cette année dans le high-life, la grande mode c’était la pèche aux écrevisses.
RAOUL
Absolument. Très-galbeux 1 (a p»n.) Charmante 1
GENEVIÈVE
Vous sauriez en organiser une ?
RAOUL
Dès ce soir.
GENEVIÈVE
Bravo! allons d’abord voir le ruisseau! Votre bras, monsieur de Bersac. (Henri loi offre le bras. La comtesse fait nn monrement.) C’est une encyclopédie, votre ami.
HENRI
Raoul.?
GENEVIÈVE
La chasse, la pèche, le turf... il sait tout I
RAOUL, A Geneviève prenant le bras de Marthe.
Le dictionnaire des sciences inutiles I