SCÈNE V
Les Mêmes, MAXIME, eostame de chasse, fusil k la main.
‘ MAXIME
J’ai l’honneur de vous saluer, mon cher commandant. Comtesse, je vous prie d’excuser ce costume.
LETOURNEU R.
Il s’agit bien de ton costume 1 Écoute moi bien!
LES lAGRilTS
MAXIME, riut.
Des deux oreilles !
LETO D RNE U R, an commanJant et à la oomtem.
Vous permeltez? (Les persoanaget remomteot vers la serre.)
MAXIME
Il y a dix ou douze fois vingt-quatre heures que tu as dû réfléchir sur la proposition que je t’ai faite, l’autre matin, au dessert.
MAXIME
J’ai bien réfléchi .
LE TO URNEO R.
Eh! bien, tope là! Une poignée de main et je te présenta ofiBciellement.
MAXIME
Vous me disiez encore ce matin que vous hésitiez!
LETOURNBUR.
Je n’hésite plus, voilà tout. Est-ce dit? (Ttndant la main à Maxime.) Allons, cummeotl voilà la mine que lu fais?
MAXIME
Mon cher oncle, vous êtes la franchise même. Laissez-moi donc vous répondre avec une égale netteté. J’ai beaucoup songé... Je m’étais figuré que j’avais pour le mariage une vocation que je n’ai peut-être pas à un degré aussi élevé.
LETOURNEUR
Tu n’as pas la vocation?... Et le devoir? Elle foyer réchauffant? Et tout ce qui fait le bonheur légal, le véritable bonheur, le bonheur forcé..? Tu me disais loi-même...
MAXIME
Je disais ce que je pensais, mon cher oncle, ce que Je pense encore... mais — vous n’allez pas vous fàcber — j’ai peur que je n’aie point tout à fait pour Geneviève les qualités de gaîté, de fantaisie...
LETOURNEUR
Comment! Quoi? Qu’est-ce que tu dis-là? de la fantaisie? Ou diable as-tu vu que Geneviève fut une fantaisiste? Ces
LES INGRATS
aquarelles peut-être? Eh! bien, c’est Marthe qui lésa retouchées. Elle en allumera ton pot-au-feu de ces aquarelrellesl... Es-tu content?
. HA\IME, à part.
Marthe I (Ham.) Geneviève est charmante, je l’aime sincèrement, fraternellement.
LETOURNBUH.
Ehl bien, ça ne sufBt pas?
MAXIME
Un peu, — comment dirai-je? de passion ne nuirait pas!
LETOURNE U B.
De la passion ! Mais c’est toi qui perds la tète! Comment? Tu as une affection fraternelle pour Geneviève et tu hésites à l’épouser. Mais songe donc! La plupart des gens n’ont aucune affection, ni fraternelle, ni autre— et ils épousent 1 Mais (a tante Véronique, je ne l’aimais pas du tout, je ne la haïssais pas, je l’avoue, quoiqu’elle fût ma femme, mais enfin je ne l’aimais pas et je l’ai épousée !
MAXIME
J’ai un autre idéal, voilà tout (à pan) un autre rêve !
LETOORNBUR.
Allons, bon ! L’idéal, à présent! L’idéal ! Mais je voudrais qu’on entendit! Mais tu es complètement ridicule! Ah ! Palurel I Venez-donc Palurel ! Et vous, commandant, vous aussi, comtesse ! (ils redeacendent.jVoilàun fou, tenez, je vous présente un fou qui ne veut pas se marier, parce qu’il n’a ressenti le coup de foudre !
PATU REL
Quel coup de foudre?
Une femme passe, vous la regardez, elle vous regarde ! Badadranl C’est le coup de foudre I
PATUREL
Mais c’est insensé I
LES INGRATS
LETOU RNEUR.
Absurde! Eh ! bien, lu entends un homme de bon sens? Tu l’entends, cet homme de bon sens?
PATÜREL. ,
Si monsieur Lalrade me disait qu’il ne se marie point, parce qu’on a bien assez de faire son propre bonheur, je comprendrais ça !
LETO URNEUB.
Eh I bien, qu’est-ce que \ous dites donc vous ?
PATUREL
Je n’ai jamais voulu me marier, moi, par exemple. Une femme... des enfants, des devoirs qui crient... Ah I Si oa pouvait les avoir tcul élevés ! On les lâcherait immédiatement dans la vie, alors ce serait charmant !
LETO U RNEUR, allant à Patarel.
Mais sàpreloUe, Paturel, je ne vous appelle pas pour lui dire de ces choses là I
PATU REL
Qu’est-ce que vous voulez que je lui dise alors 7 qu’il se murie ! Soit I mariez-vous 1 Vous êtes assez riche pour ça 1
MAXIME
Comment, riche ? .
LETOüNRE ÜR.
Un avenir snperbel (A patnrei.) Voulez-vous vous taire!...
PATUREL
Un avenir qui, dans un mois se soldera par des appointements... plus que respectables... vénérables !...
MAXIME
Quels appointements ? je ne comprends pas ! ...
LETOURNEUR. ti part.
J’ai une envie de l’étrangler !
PATU REL
Oui, je sais, vous allez me dire que vous méprisez l’argent . C’est fort joli... Caton aussi le méprisait l’argent ! Mais Caton n’avait point de commanditaires 1
LES INGRATS
LETOURNEUn.
Palurel ! un mot de plus...
PATUREE.
11 avait des commanditaires, Caton?
MAXIME
Mais expliquez-moi I...
PATUREL
C’est facile à expliquer.
LETOURNEUR
Il me rendra fou !
PATO REL.
Létourneur est très-bon, très-aimable, très-cliarmant... la crème des ondes... Mais supposez-vous, pauvre, isolé...
MAXIME
, Je ne possède rien .. rien que mon travail.
LETOURNEUR
Commandant, faites-moi taire cet animal-là I II veut ma mort!
PATUREL
Votre travail?... je ne vous parle pas de vos cathédrales, mais la concession... mais vos appointements... autant dire des rentes I Et vous vous trouvez pauvre ? Eh ! saperlotte I je suis plus pauvre que vous, moi, qui vous donne mon argent!
LA COMTESSE
Mais taisez- vous donc 1...
PATUREL, comme à la tritiane.
J’ai la parole et on ne me l’arrachera qu’avec la viel
MAXIME
AhI maintenant, je vous prie de me dire la vérité!..* Voyons, commandant.
HERBAUT
La vérité est toute simple, mon cher Maxime : il est probable qu’à cette heure, et sur ma, requête, le ministre vous a nommé titulaire de la concession demandée par nous.
U INGRATS
UAXIMK.
Moi ?
LETOURNEUa.
Nous voulions te faire la surprise.,.
UAXIMK.
Je m’étonne, commandant, que ce soit vous...
LA COMTESSE
Chacun de nous doit accepter la responsabilité de ses actes. C'est moi qui ai pen=é à vous pour une tâche où la faveur n’élait pour rien et dans laquelle votre activité et vos talents eussent pu être facilement utilisés.
Comtesse...
LA COMTESSE
Oh! je n’ai pas sollicité I Ne craignez rien! Et ce que le commandant Ilerbaut demandait vous pouviez sans craindre l’accepter.
LETOURNEUR
D’ailleurs, c’est une fortune 1
PATUHEL.
Et il fait le dégoûté !
LBTOOBNBUa.
Ainsi voilà qui est dit : Tn n'as plus besoin de te procurer de ton avenir I
PATUREL
Votre rôle est tout tracé: gagner de l’argent!
MAXIME
Monsieur...
PAT UREL.
Vous pouvez laisser les autres traîner leurs pierres et faire leurs bâtisses, ça ne vous regarde plus, vous êtes né coiSé 1
‘LETOURNEUR
D’autant plus que si tu tiens à ton art...
MAXIME
Si j’y tiens I Demandez au soldat s’il tient à sa consigne,
LES INGRATS
à l’artisto s’il adore son rêve I Je vais peut-être vous sembler bien peu pratique. Mais l’Élat m'a-l-il envoyé à Rome pour y faire fortune? Il m’a dit simplement: Etudie, cherche, f;randisdan3 le culte du beaul Comment appelleriez-vous un homme qui renoncerait à son devoir, commandant, un déserteur, n’est-ce pas ? Eh I bien ! ma route est toute tracée et je la suivrai, sans souci de la richesse, mais fidèle à un art que j’aime , qui est ma profession et qui est mon honneur!
LETOURNEDR.
Mais ça n’empêche pas les sentiments... (S« reprenant.) les monuments 1
HERBAUT, k la comteise.
La loyauté môme !
LETOURNEUB.
Ça lui fait une belle jambe ! (a Maxime.) Ainsi, c’est bien décidé?
MAXIME
Décidé sans lutte, mon cher oncle et sans appell
LBTOÜRNEUR.
Alors, va te promener! Rien n’est fait!... Tu peux aimer Geneviève fraternellement... Je lui chercherai un autre mari.
LA COMTESSE, à Herbant.
nélasi il est tout trouvél
LKTOÜNEUR.
C’est égal, je teregrettel Ahl miséricorde, commandant... Marier ses filles!... Heureusement que quand c’est fait! (a P ainrei.) Et c’est lui, tenez, c’est lui!... Si c’est comme ça que vous entendez traiter les affaires du paysl
PATUREL
Tuez-vous donc à donner des conseils aux gensi HBBA UT, b Maxime.
Vous êtes un cœur droit, Maxime ; heureux les pères qui ont de tels fils !
LES ItiGRATS
LA COMTESSE, k liloaroear.
Calmez-vous!
LETOÜRNEUR.
Non! non! oh! venez, commandant, sortons; j’aurais une congestion, je deviendrais enragé I (A GeneTière qoi entre arec Marthe et Raool.) Ah I ma fille, SOIS désormais très aimable pour M. de Bersac.
GENEVIÈVE
Comment?
LETOD RNE D R.
Oui, tout est changé!
PATURBL.
Quelle girouette! (TandU que Letoarnenr remonte arec Herbant.) Voyons... voyons... Letourneurl... (n «ort à la mite dn commandant.)