SCÈNE V
PATÜREL, RAOUL.
RAOUL
Là, maintenant nous sommes seuls. Eh! bien, monsieur Paturel ?
PATUREL
Eh ! bien , mon cher marquis ! . . . ^
RAOUL
Vicomte.
PATUREL
Vicomte soit, je n’y liens pas! Nous voici donc en face d’une situation... grave... et assommante I J’oserai dire assommante !
RAOUL
Osez, cher monsieur Paturel.
Vous concevez que, moi, dont, à l’heure qu’il est, le sort se Joue dans mon déparlement...
RAOUL
Ah ! c’est aujourd’hui? Et comment n’étes*vous point làbas ?
« PATUREL
J’ai remarqué que quels que fussent les mérites d’un homme, ils étaient grandis par l’éloignement.
RAOUL
La perspective I II y a même une fable là-dessus : Let Bâtons flottants I
PATUREL
Je ne suis pas flottant et l’Administration l’oublie !
RAOUL
Ah ! l’administration 7
PATUREL
Elle pousse l’ingratitude jusqu’à ne pas remuer ciel et terre
LSS INGRATS
pour la candidature d’un homme qui incarne tout un département.
RAOUL, h part.
Joli département.
PATOBBL.
Et vous concevez que je n’ai pas précisément l’esprit porté à me mêler des affaires d’autrui... L’homme que je représente ici, — représenter, le joli mot ! va se battre avec le neveu de Letourneur — il peut le blesser, le tuer même — je dois bien ça à un vieil ami,
RAOUL
Touchante abnégation.
PATURE!
Et les autres témoins ?
RAOUL
Monsieur Latrade nous les enverra dans une heure ! Ça résumons-nous. Monsieur de Bersac est évidemment l’insulté.
PATÜREL.
Si vous voulez 1 Cela m’est si indifférent !
RAOUL
Nous exigeons donc ou des excuses ou réparation pure et simple.
PATUREL
• Par les armes.-.. Si jamais on m’avait dit que moi !...
RAOUL
Oui Je sais, un des journaux qui a'ttaquent votre candidature vous reproche même de ne pas vous être battu.
PATUREL
Ils me la bailleqt belle. Est-ce que c’est mon métier ?
Ni votre métier, ni votre vocation.
PATUREL
Eh ! qu’est-ce que j’aurais fait? Qu’est-ce qu’il à tant fait ce commandant Herbaut. Est-ce qu’il a sauvé la France ? Est-ce que vous l’avez sauvée, vous ?
RAOUL
. Non. Mais si vous aviez été là ! ...
LES INGRATS
PATDREL.
Les faits sont les faits. Les hommes comme moi disparaissent quand ils n’ont rien à faire, ils apparaissent quand ils sont utiles. Qu’est-ce qu’il faut, au pays, maintenant? Il faut de l’argent au pays. Eh ! bien ! j’ai de l’argent.
RAOUL
Donnez-le ! *
PATÜREL.
A 5 1/î tant qu’on voudra. Je suis patriote. Se battre I Vous voyez bien que cela ne m’effraie pas plus qu’un autre, puisque qu'est-ce que nous faisons ici sinon agiter une querelle?.,.
Intime.
PATÜREL.
Hais militaire !
RAOUL
Soit! Revenons y donc. Il nous reste à fixer l’heure exacte. Pour cela je vous demanderai de vouloir bien attendre le retour de monsieur de Bersac I
PATÜREL.
Attendons... Gela m’est si égal 1 Ah ! pourvu que ce soit avant l’heure d’un repas I Je suis au régime.
RAOUL
C’est rafraîchissant 1 Monsieur Paturel, si jamais vos concitoyens vous élèvent une statue, j’ai à vous proposer une inscription pour le piédestal.
PATÜREL^ modeitfl.
Oh I nous n’en sommes pas encore là !
RAOUL
<( A Paturel qui adora Paturel ! » <
PATÜREL.
Charité bien ordonnée... commence par soi...
RAOUL
Et finit de même.