‹ BocageChapitre 2 sur 16 · F> 0 CAGE · texte numérisé non relu

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porte du greffe, où les malheureux scribes ne sont pas réduits à l'état de matière exploitable, comme chez les avoués, hauts et puissants seigneurs de par le privilège et le monopole.

On n'ignore pas que ces messieurs achètent leur charge trois ou quatre cent mille francs, réussissent à la payer au bout de einq ou six années au plus, la revendent avec bénéfice et deviennent millionnaires. Il suffit pour cela de trouver sept à huit Bocage, d'en faire autant de machines à plume piteusement rétribuées, et de compter dix francs au consommateur ce qui coûte cinq centimes.

La recette est fort simple.

Notre héros, après avoir déserté l'étude, entra au conseil de guerre en qualité de

commis greffier, et à raison de quarante éeus par mois.

De plus, il avait toutes ses soirées libres, et pouvait continuer ses chères études dramatiques.

Ceux qui suivaient, à cette époque, les représentations de la Gaîté, de l'Ambigu et des autres théâtres populaires, doivent garder mémoire de certain pantalon jauned'œuf, surmonté d'un habit bleu barbeau à boutons de similor et d'un feutre gris, le tout composant le costume de Pierre-Marlinien Bocage, qui, chaque soir, deux heures avant l'ouverture, accourait prendre la queue en tête.

Notre commis greffier se logeait trèsmal et mangeait très-peu, afin de trouver au bout du mois les trente ou quarante

francs destinés à satisfaire sa passion dominante.

11 ne tarda pas à connaître une foule de cabotins et d'auteurs dramatiques du quatrième ordre, avec lesquels il se lia d'une façon très -intime, et qui lui obtinrent, les uns son entrée dans les coulisses, les autres des billets non payants.

De cette façon, Bocage put réaliser de fortes économies et aller s'asseoir au moins trois fois la semaine au parterre du Théâtre- Français.

A minuit, rentré dans sa mansarde et la tête exaltée par ce qu'il avait vu, notre héros déclamait à haute voix duMolière, du Corneille, du Racine, et môme du mélodrame moderne. II s'était réconcilié avec Guilbert de Pixérécourt.

Les éclats de voix et le bruit de sa marche, à celte heure nocturne. — car il arpentait, en déclamant, la superficie étroite de son gîte, — empêchaient tous les voisins de dormir.

On s'en plaignit au portier d'abord, puis au propriétaire.

Mais cet intrigant de Bocage, qui s'insinuait de plus en plus chaque jour dans Tintimité des coulisses, obtenait des stalles de galerie, voire des coupons de loges, au moyen desquels il séduisit M. Prudhomme, après avoir préalablement séduit Pipelet par des places inférieures.

— C'est un artiste dramatique en herbe; on n'a pas le droit de mettre obstacle à ses études ! répondait solennellement le

propriétaire à ceux qui lui adressaient des plaintes.

Une adorable petite fleuriste, sémillante et matoise, habitait une mansarde contiguë à celle de Pierre -Marti nien. Par conséquent, elle souffrait plus que personne du voisinage. Vingt fois les Fureurs d'Oreste l'avaient réveillée en sursaut.

— Il se taira, dit -elle aux autres locataires, et nous dormirons.

— Mais quel moyen emploierez-vous pour le réduire au silence?

— Rien de plus simple : je vais le rendre amoureux.

Aussitôt fait que dit.

Bocage ne pouvait plus sortir de sa chambre sans rencontrer sur le palier mademoiselle Élisa, dont les grands yeux noirs,

pleins de langueur, se levaient timidement sur lui et semblaient provoquer un entretien.

Les rôles déjeunes premiers, auxquels Pierre s'attachait de préférence, le prédisposaient singulièrement aux rêves les plus enthousiastes de l'amour.

— Ah ! mademoiselle, vos yeux sont charmants! dit- il un soir à la jeune fleuriste.

— Ils seraient bien plus beaux, monsieur, si vous consentiez à ne plus les priver de sommeil, dit la grisette en décochant à Bocage le plus assassin des sourires.

— Vraiment?... je trouble votre repos?... Mais je suis un monstre ! s'écria Pierre.

— Si vous me promettez de ne plus dé-

clamer la nuit, vous serez bien aimable, dit mademoiselle Élisa.

— Je vous le promets, je vous le jure !

— Alors, monsieur, je vous récompenserai peut-être en vous permettant de m" of'frirde temps à autre un billet de spectacle.

— Oh ! vous êtes un ange ! Ma vie tout entière, mes billets et mon cœur sont à

vous !

Et Pierre-Mari inien tombait aux pieds de sa voisine.

— Un peu moins de promptitude, monsieur; ne vous échauffez pas si fort, dit la griseUe en le relevant avec beaucoup de gravité. Va pour les billets, mais laissons le cœur, je vous prie.

Toutefois, elle accepta, le même soir,

une bouteille de cidre et deux litres de marrons.

Le lendemain, le pantalon jaune-d'œut et l'habit barbeau se prélassaient à l'Ambigu, à côté d'une gentille capote de crêpe blanc, semée de bluets.

Cette capote ombrageait le minois mutin de mademoiselle Elisa.

— J'ai fort bien dormi la nuit dernière, dit-elle à Bocage; mais je n'entends pas, monsieur, que vous abandonniez entièrement vos études.

— Il y a pour cela, répondit-il, un arrangement tout nature] à conclure. Combien gagnez-vous par jour à faire des violettes de Parme et des boutons de fleurs d'oranger?

— Cinquante sous; mais il faut que je

travaille sans relâche et que je ne perde pas une minute.

— Miséricorde ! cria Pierre, cinquante sous ! avec des yeux qui brillent comme des étoiles, avec une taille de cette finesse, avec un sourire à damner les chérubins !

— Et puis ? fit la grisetle.

— Chère enfant, il faut vous mettre au théâtre. Vous gagnerez dix fois plus, et nous étudierons ensemble.

— Non, certes, dit-elle. Je reste avec mes fleurs. Rappelez-vous que j'ai fait votre connaissance pour dormir en repos ; et je serais obligée de prendre sur mon sommeil si je voulais étudier avec vous.

— Quel dommage! vous deviendriez une jeune première ravissante!

— C'est possible, et je deviendrez

aussi une gourgandine, comme toutes vos actrices.

— Elle n'a pas tort, pensa Pierre. Je suis un scélérat de vouloir jeter cet ange d'innocence dans le gouffre de la perdition.

— Vous n'avez plus le droit, reprit la grisette, de déclamer dans votre mansarde. Je m'y oppose. Mais, deux fois la semaine, le mercredi et le samedi, je vous dispenserai de m'aecompagner au spectacle, et vous irez vous livrer à la déclamation dans quelque promenade solitaire, hors Paris, sur les buttes Montmartre, où bon vous semblera. Les voisins n'auront plus à se plaindre, et votre avenir d'artiste ne souffrira pas de notre amitié... car c'est de l'amitié que nous avons l'un pour l'autre, rien de plus, monsieur; ne l'oubliez pas.

— 0 cruelle enfant ! dit Bocage , laissezmoi T espérance, ou je meurs !

Il était amoureux à lier.

Mais la jeune fille, tout en acceptant du cidre, des marrons et le bras de son voisin pour aller au spectacle, continuait à se montrer d'une rigueur extrême sur le chapitre de la passion.

Pierrc-Martinien, rentrant desonbureau, le mercredi et le samedi, prenait à la hâte un peu de nourriture, et s'en allait sur le> buttes Montmartre jeter aux vents du soir ses rôles et ses soupirs.

11 ne s'était pas demandé pourquoi la grisetle lui avait choisi, pour ses études, ces deux jours de la semaine de préférence aux autres.

On dormait admirablement dans le voi-

sinage, et tout alla pour le mieux jusqu'à certain mercredi fatal, où Bocage, revenant plus tôt que de coutume, aperçut mademoiselle Élisa donnant un baiser fort tendre sur le palier à un magnifique sergent de la garde royale.

C'était pour recevoir plus à Taise les visites de ce beau soldat qu'on l'expédiait, lui, Pierre-Martinien , aux buttes Montmartre.

Enfer et rage !

Peu s'en fallut que noire élève dramatique ne fit de la tragédie en action.

Mademoiselle Élisa lui partit au nez d'un éclat de rire sonore, quand, blême de jalousie et de fureur, il s'exhala devant elle en reproches amers.

— J'ai joué la comédie le jour, monsieur,

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lui dit-elle, afin de vous empêcher de la jouer la nuit. Vous comprenez?... c'était un cas de légitime défense. Au moyen de cette ruse, j'ai pu dormir et achever le terme. Demain je déménage. 11 vous sera permis de déclamer à votre aise les Fureurs (TOreste, et de conduire au théâtre, avec votre pantalon jaune-d'œuf, quelque jeune personne plus sensible... Je suis votre servante !

Elle ferma sa porte.

Pierre eut envie de se briser la tète au mur.

Néanmoins, réfléchissant qu'il valait mieux se jeter par la fenêtre de sa mansarde, il rentra chez lui pour accomplir cette funeste résolution; mais, sur le point de se lancer dans l'éternité du haut d'un

sixième étage, l'idée d'un autre mode de suicide lui traversa l'esprit. Il résolut d'attendre au lendemain pour aller se précipiter dans la Seine, une pierre au cou.

Le lendemain arrive.

Or, juste au moment où notre héros s'apprête à monter sur le parapet du pont Royal, il songe qu'il y a précisément, ce jour- là même, au Conservatoire, un concours de déclamation.

— Si je pouvais être reçu pensionnaire ! se dit-il. Allons, courage! devenons un grand artiste, et vengeons-nous ainsi de la perfide. Je veux la faire expirer de honte et de dépit devant ma gloire !

Il prend le chemin de la rue Poissonnière.

Quelques-uns de ses amis du théâtre, se

trouvant là fort à propos, lui aplanissent les difficultés d'une inscription tardive. On l'admet au concours.

Hélas ! soit que les terribles émotions du soir précédent l'eussent bouleversé de fond en comble, soit que le pantalon jaune-d' œuf et l'habit barbeau causassent aux professeurs une distraction fatale à son talent ? Bocage fut repoussé net et n'eut pas une seule voix pour lui.

Grâce au ciel, mon malheur passe mon espérance!..,

Il acheva la sombre tirade en prenant le chemin du greffe, dont les bureaux étaient situés rue du Cherche-Midi.

Décidément il renonçait au suicide, illuminé sans doute par un rayon de son étoile qui lui montrait en perspective cette gloire

future, au-devant de laquelle il résolut de marcher quand même, pour confondre l'injustice des hommes et donner à mademoiselle Élisa le regret de sa perfidie.

Les marrons et le cidre absorbés par la grisettejetaient, depuis un mois, beaucoup de perturbation clans les finances de Bocage.

Il tourna par le pont Neuf, afin d'économiser les cinq centimes que réclamait l'invalide du pont des Arts.

Car noire héros, il faut lui rendre justice, a toujours été fort parcimonieux.

Se trouvant plus tard en face d'une riche subvention, comme directeur du second Théâtre-Français, il trouva moyen, par une multitude d'économies fort bien entendues sur les décors, sur les appointements de ses artistes, sur les frais de lumi-

naire et de pompiers, de mettre dans sa poche cette subvention presque tout entière et d'amasser de la sorte une quinzaine de mille livres de rente, avec lesquelles il se console aujourd'hui de l'impertinence de la nation, qui ne l'a pas nommé premier consul.

Nous reviendrons sur ces histoires.

Bocage se préparait donc à rentrer au bureau de la rue du Cherche-Midi, déplorant la nécessité de vivre de son abrutissant métier de scribe, quand tout à coup une affiche de Bobino frappe ses regards.

— Eh ! qu'importe le premier échelon, s'écrie-t-il, quand on arrive au haut de l'échelle?

Au lieu de continuer sa route vers h greffe, il prend la rue du Yieux-Colom-

hier, tourne par la rue Cassette, et va frapper à la porte dû théâtre du Luxembourg, Le directeur élail dans son cabinet, seul, adossé à la cheminée, la main droite dans l'ouverture de son habit, le front haut et l'œil orgueilleux, comme doit être, en accordant audience, tout personnage convaincu delà supériorité de sa situation.

— Qui êtes-vous, monsieur? que me voulez-vous? demanda-t-il à l'arrivant.

— Je désire m'en gager dans la troupe dont vous avez la direction, répondit Bocage.

— Ah ! . .. pour quels rôles?

— Pour l'emploi des jeunes premiers.

— Diable ! Est-ce que vous portez à la scène le même costume qu'à la ville ?

Son regard tombait ironiquement sur le

malencontreux pantalon du visiteur. Bocage fit un soubresaut d'orgueil outragé.

— Le talent d'un homme, dit-il, ne se juge pas à la couleur de ses habits.

— Pardon, mille pardons! Chez un jeune premier, le goût dans la toilette est de rigueur. Nous avons ici Auguste, un garçon charmant, dont ces dames du faubourg* Saint-Germain raffolent; je vous proteste que l'idée ne lui est jamais venue de mettre un pantalon jaune.

— Ayez-vous l'intention de m'insulterï cria Bocage avec un accent de menace.

— Non; mais je vous conseille de changer de tailleur, de parler moins haut, et de prendre la porte.

— Monsieur !

— • Plus vite, mon cher, plus vite que

ça! fit le directeur, homme robuste, taillé en Hercule.

Ses larges mains, s'appuyant aux épaules de Bocage, le poussèrent brutalement dehors.

C'était, en vérité, trop de guignon.

Pierre-Martinien rentra chez lui, brûlé de colère et de fièvre. 11 fut, pendant quelques semaines, sérieusement malade, et quand la nature, plutôt que le médecin, l'eut remis sur pied, sa place au greffe du conseil de guerre était donnée à un autre.

Longtemps on prétendit qu'il s'était fait garçon épicier.

Rien de plus faux que cette assertion.

Jamais l'illustre Buridan de la Tour de Nesle n'eut rien de commun avec la cassonade. Ce fut un de ses frères, et non

lui. qui chercha dans les denrées coloniales une position que, du reste, il a conquise.

À l'heure où nous écrivons, cet honorable détaillant a fait fortune.

Son fils. Paul Bocage, continue l'épicerie en littérature, et M. Alexandre Dumas lui achète ligne à ligne, page à page, au poids et contre écus sonnants, la mélasse de son intelligence et le poivre de son esprit.

Revenons au grand acteur.

Chassé du théâtre Bobino, il ne juge pas convenable de s'adresser à d'autres directeurs de Paris.

Nous le voyons s'engager dans une troupe nomade.

Six années durant, il court la province

et y obtient de médiocres succès. Le public le trouve gauche, mal planté, disgracieux. On l'applaudit rarement, on le siffle quelquefois. « Mais, pour le vrai comédien, dit Grassot, les sifflets sont autant de coups d'éperons. Plus ils sont aigus, mieux il marche. »

En 1825, Bocage sollicite à FOdéon ses débuts. Ils lui sont accordés.

L'Odéon, de tout temps, a été le refuge du malheur.

Admis à végéter dans les troisièmes rôles, notre comédien cherche vainement à donner de l'importance à des créations beaucoup trop nulles pour servir même de prétexte à ses efforts et ne pas imprimer à son jeu le cachet du ridicule et de l'exagération.

Voici ce que disait de lui, eu ï&ll, une biographie dramatique :

u C'est le plus intrépide brûleur de planches de la capitale, la plus médiocre des médiocrités, le plus grand distributeur de gestes qui soit au monde, p

bocage habitait alors rue des Boucheries-Saint-Germain, u 1 1 .

11 était un des habitués fidèles du çale du Luxembourg, aujourd'hui calé Taboulé y. Madame Aube, propriétaire de l c t établissement, prisait beaucoup [es veflus et l'amabilité du jeune comédien.

Celui-ci rendait à la limonadière estime pour estime.

L'image de mademoiselle Élisa, la flou* risle, était complètement effacée de sou cœur, et dans s» garde-robe il n'y avait

plus le moindre pantalon jaune-d'œuf.

Au café du Luxembourg se l'assemblaient beaucoup d'artistes et de gens de lettres.

Dans le nombre, il faut citer Horace Raisson, qui se vanta, depuis, d'avoir été le collaborateur de Balzac; Rey-Dusseuil , Gustave Planclie, les trois frères Hugo, Dovalle, Charles Rabou et son ami Régnier-Destourbets, qui mourut à vingtcinq ans, après avoir fait un chef-d'œuvre pour la Porte-Saint-Martin.

Mais la physionomie la plus curieuse était sans contredit celle d'un ecclésiastique, aumônier d'un régiment de la garde, qui venait là tous les soirs, en redingote brune, eu bottes à éperons, et la cravache à la main.

Phraseur intrépide, haussant le coude à merveille, l'abbé ne reculait ni devant les discussions ni devant une douzaine de petits verres.

Bocage, plus encyclopédiste que Diderot, plus incrédule que le baron d'Holbach et plus impie que Fauteur des Lettres philosophiques y le harcelait toujours sur quelque point religieux.

Un soir, il lui proposa de jouer la divinité du Christ en vingt points au billard.

— Monsieur Bocage, lui répondit Tau^ mônier, me prenez-vous, par hasard, pour un de vos confrères?

Le comédien resta bouche close.

11 aurait eu beau jeu pour la riposte s'il eût pu jeter l'œil dans l'avenir à trois ans

de distance. L'ecclésiastique à éperons était l'abbé Châtel.

Déjà le romantisme commençait à lever le drapeau de la révolte. Ses débuts furent signalés par des exagérations de tout genre, surtout au théâtre . Il se trouva , par le fait même,que les défauts du jeu de Bocage se métamorphosèrent en qualités. On remarqua chez ce brûleur de planches une expression de physionomie victorieuse, de magnifiques élans et beaucoup de cœur .

Applaudi dans Y-Homme du monde *, Bocage voit s'opérer dans son talent une sorte de transfiguration.

Le premier signe de bienveillance des

1 Pièce de M. Ancelot.

m p. or. a g f.

spectateurs, eu mettant son orgueil à l'aise, enleva de ses manières ce qu'on y trouvait de disgracieux, et le laissa développer toutes les ressources qu'il tenait de la nature et de T étude. On se plut à lui reconnaître une grande sensibilité, beaucoup d'énergie et de passion.

Bocage, à la scène comme à la ville, sut aimer, frémir et pleurer. L'enthousiasme ne connut plus de bornes.

Une direction du boulevard lui propose un engagement superbe. Il accepte, quitte les parages d'outre-Seine et transporte ses dieux lares rue de Lancry, n° 55.

Le rôle de Wilfrid, dans Newgate1, et celui du serge: it Hubert, dms Napoléon

1 Prime joué à la Gaîtt*.

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à Schœnbtunn i, lui obtiennent d'énergiques bravos. Il est proclamé le premier acteur romantique du siècle.

[1 en était aussi le républicain par excellence. Peste! n'oublions pas ce précieux détail de son histoire.

Bocage avait contribué, pour une part énorme, à la chute de la branche légitime; Bocage avait élevé de sa noble main les barricades de Juillet; Bocage avait fait le coup de feu contre la garde royale; Bocage voulait la République, et ce vieux la Fayette avait eu l'audace de la renvoyer aux calendes grecques... Jugez de l'indignation de Bocage !

En tous lieux, sans retenue, sans gêne

4 Pièce d'Alexandre Dumas à la Portc-Saint-Martin. Bocage, à ce théâtre, débuta par le rôle du vieux curé dans Y Incendiaire.

m BOCAGE

et sans peur, il laissait éclater la tempête de sa rancune.

Un jour où l'émeute grondait sur le boulevard pour fêter l'anniversaire de la prise de la Bastille, notre homme juge à propos de faire un appel aux armes dans nn groupe d'individus, qui semblent prêter une oreille sympathique à son éloquence.

Mais, avant la fin du discours, quinze bras vigoureux empoignent l'orateur et Temmènent au dépôt de la préfecture.

Son auditoire était exclusivement composé de sergents de ville en bourgeois.

Vous croyez peut-être que !e prisonnier se repent de sa conduite? Pas le moins du monde. Il ne donne aucun signe d'affliction; son œil brille, sa figure est ra-

dieuse; il semble extrêmement satisfait d'être sous les verrous.

— Ah! Louis-Philippe! majesté d'enfer! s'écrie-t-il, tu as l'audace d'emprisonner le citoyen Bocage, là, tout simplement, comme s'il s'agissait du premier venu... Corbleu! tu ne sais guère à quoi tu t'exposes!

Il rédige sans plus de retard une protestation fulgurante, l'envoie au National et à la Tribune, puis se frotte les mains, persuadé que le gouvernement ne tiendra pas deux jours.

Sa lettre, — beaucoup de nos lecteurs doivent se le rappeler encore, — obtint dans tout Paris un succès de fou rire.

Harel n'eut qu'à la mettre sous l'œil du ministre, avec une légère oscillation

d'épaulés et en se frappant le front, pour obtenir la mise en liberté immédiate du républicain captif.

On répétait Antony.

Cette pièce, insolemment immorale, ne tarda pas, en l'absence de toute censure, à montrer palpitants sous la rampe la débauche et l'adultère. Elle trouva de cyniques spectateurs pour l'applaudir, et, pour en accroître le triomphe, une presse plus cynique encore.

A la fin du cinquième acte, Dumas embrassa le bourreau d'Adèle Hervay avec une effusion tendre.

— Oh! mon ami, s'écria-t-il, que vous l'avez bien assassinée!

Nombre de journalistes élevèrent Bocage sur le pavois; ils le proclamèrent le

plus intelligent, le plus magnifique, le plus passionné de tous les amoureux de théâtre.

On déclara qu'il était impossible d'être beau sans ressembler à Bocage dans Antony.

Les salons furent encombrés soudain par une foule de jeunes hommes à la figure blême, aux sourcils épais, à la charpente osseuse, aux longs cheveux noirs, à l'œil voilé sous un lorgnon d'écaillé.

C'étaient les séides du grand acteur Bocage.

Et, comme on avait le bonheur de vivre en l'an de grâce 1831 , le temps du long espoir et des vastes pensées, disait le poêle; comme on ne faisait rien froidement, comme on poussait tout jusqu'à

l'enthousiasme, ces messieurs entreprirent de démontrer que Bocage était la plus noble et la plus exacte personnification de Fart.

— Quelle sottise! criaient d'autres critiques. Il n'articule seulement pas les mots. Ses gestes sont des contorsions, ses jeux de physionomie des grimaces; il est affecté, prétentieux, et, chose intolérable, il parle du nez 1 !

Ce dernier point d'accusation n'était que trop facile à établir.

Bocage doit son mauvais organe à un accident de jeunesse. 11 se brisa, vers l'âge de douze ans, les parties cartilagineuses du nez, ce qui donne à sa voix

1 On connaît le mot de tireux : « Bocage est un rhume de cerveau de Frederick Lemaître. »

des intonations séniles et blessantes pour l'oreille.

Le grand comédien connaît son malheur.

Parfois il le déplore dans le secret de la famille, — car le citoyen Bocage est marié, n'oublions pas de le dire.

Se livrant, un jour, à la plus douce jouissance que puisse éprouver le cœur d'un père, il faisait enrager sa fille, trèsjeune encore, lui portant une praline anx lèvres et disant :

— Marie, Ouvrez la bouche!

L'enfant s'empresse d'obéir; mais, retirant aussitôt l'objet de sa convoitise, Bocage ajoute pour lui former l'esprit et le cœur :

— Entre voir et avoir, nia chère...

&1 BQCÀCÇ

Un silence. An bout de sept à Jjuii se pondes, il montre de nouveau la praline.

— Marie, ouvrez la bouche !

— Oui, papa, dit la petite fille.

Pour la seconde fois, le ionbon fugitif trompe ses dents impatientes, et le père de murmurer sur un ton sentencieux :

— Entre la coupe et les lèvres, mon ange. ...

Nouveau silence.

— Marie, ouvrez la bouche !

— Oui. papa.

— Entre les yeux et la bouche, mon enfant. ..

— 11 V a le nez, papa! s'écrie-t-elle.

— Hélas! oui, murmura le pauvre homme, lâchant la praline et poussant un soupir : qui le sait mieux (pie moi?

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