LETTRE SUR LA MORT DE PETRARQUE
Pétrarque était déjà mort depuis deux mois (18 juillet 1374), quand Boccace en fut informé par une lettre de Franceschino da Brossano, son gendre; son ami lui léguait 50 florins, avec lesquels il devait s'acheter « un vêtement chaud pour se couvrir durant ses veillées de travail ». Boccace écrivit à Brossano des paroles simples et touchantes1 : « J'ai su par ses nombreux bienfaits envers moi dans le temps passé combien il m'a aimé vivant; je vois maintenant par ses actes que son amitié m'a suivi jusque dans sa mort, et si, dans une vie meilleure, dans ce passage que nous appelons la mort, on aime ses amis, je crois qu'il m'aimera. Il m'aimera, non certes parce que je l'ai mérité, mais parce qu'il est toujours resté fidèle à celui qu'il avait adopté une fois pour sien, et j'ai été sien pendant quarante années et plus. » Boccace s'inquiète du destin des Triomphes,
Tu es monté, mon cher seigneur, Dans le royaume où chaque âme de Dieu Choisie pour cela aspire à monter A son départ de ce triste monde.
Tu es là où le désir bien souvent T'attira de voir Lauretta ; Tu es là où ma belle Fiammetta Siège avec elle à la vue de Dieu.
Maintenant avec Sennuccio, avec Cino, avec Dante,
Tu vis certain de l'éternel repos,
Admirant des choses que nous ne concevons pas.
Hélas! que ne t'a-t-il pas plu, dans ce monde errant, De me tirer avec toi dans ce lieu où joyeuse Est celle qui d'abord m'enflamma d'ardeur.
que l'on disait avoir été brûlés, et des autres œuvres de son ami, surtout de ce fameux poème de V Afrique, toujours promis, toujours déclaré achevé, et dont on ne connaissait que trente vers qui avaient attiré au poète les plus vives critiques. Boccace cependant le considérait, de confiance, comme un « ouvrage divin ». Il composa un poème sur le danger qu'il avait couru d'être brûlé par l'ordre de son auteur, comme jadis Y Enéide, et représenta les grandes cités, Rome, Paris, Naples, Florence, accourant pour le sauver. Apprenant que le manuscrit en avait été confié à des personnes peu capables, à son sens, d'en comprendre la valeur, il redoutait qu'il ne fût défiguré ou même anéanti, et supplia Brossano d'intervenir1. A toute aventure, il demanda une copie du poème, offrant d'en payer les frais (lettre du 3 novembre 1374) 2. Mais la mort ne lui laissa pas la satisfaction de la recevoir.
Boccace mourut à Certaldo le 21 décembre de l'année suivante (1375) 3. Cette date est à peu près la seule de son existence que l'on connaisse avec précision. Il était âgé de soixante-deux ans.
Dans son testament, il avait demandé à être enterré dans l'église des Frères Augustins du Saint-Esprit, s'il
1. De Hortis. Studj, p. 3o8. Le poème de ['Afrique ne fut pas détruit et a été publié avec les autres œuvres latines de Pétrarque.
2. Coluccio Salutati, écrivant au gendre de Pétrarque, après la mort de Boccace, le prie de lui envoyer cette copie dés qu'elle sera achevée et s'offre à l'indemniser. Coluccio avait été très lié à la fois avec Pétrarque, avec Boccace et avec Bruni; il exerçait les fonctions de secrétaire apostolique offertes jadis à Boccace.