‹ BoccaceChapitre 18 sur 112 · RÉCIT DE LA CHUTE DE MARIA · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA CHUTE DE MARIA

façon exagérément spiritualiste ; lui qui s'est appliqué toute sa vie à examiner « combien divers est le cœur humain » et surtout le cœur féminin, il en a merveilleusement compris et expliqué les ressorts. Le premier il a essayé la psychologie féminine.

Il y a, entre les dames poétiques de Dante et de Pétrarque et celle de Boccace cette différence essentielle que Fiammetta est une femme, une femme douée de sentiments, passionnée et faible, et non un être presque imaginaire, si enveloppé dans la fiction poétique que les contemporains eux-mêmes doutaient de son existence réelle1.

Les circonstances dans lesquelles Maria ou Fiammetta succomba ont été plus d'une fois et un peu diversement rapportées par Boccace, qui a pris soin, au surplus, de dramatiser son récit2. Le héros, ayant soupiré longtemps et désespérant de fléchir sa belle, soudoie une servante qui l'introduit dans sa chambre à coucher ; tout en déshabillant sa maîtresse, elle lui vante les charmes du jeune homme, elle irrite ses désirs ; dès qu'elle est seule, le héros paraît, elle l'aperçoit à travers la courtine du lit et s'effare ; mais il lui parle avec feu et lui dépeint toute la violence de sa passion ; elle se lève et rallume un flambeau aux cendres encore

i. Il en fut ainsi de Jacobo Colonna, l'ami intime de Pétrarque. Boccace par tage ce doute dans un éloge qu'il fit de Pétrarque avant d'être entré en commerce de lettres et d'amitié avec lui. — De Hortis, Studj suite Opère latine de G. Boccaccio, Tricste, 1877, p. 3 14.

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