‹ BoccaceChapitre 2 sur 112 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Sa naissance a Paris. — Son père Boccaccino. — Apprentissage commercial. — études théologiques. — arrivée a naples. — Baies. — Ses premières amours. — Ses maîtres. — Son érudition.

Boccace naquit poète1. Alors qu'il ne savait pas encore lire et qu'il ignorait, dit-il, de combien de pieds un vers était formé, il composait déjà « de petites fictions poétiques ». Or, à l'époque où il atteignit l'âge d'homme, l'Italie commençait à rendre hommage au génie tragique de Dante, et des premiers il en subit l'ascendant2. « Ne songe pas à te montrer », écrit-il dans une de ses œuvres de jeunesse, le Filocofto, « où l'on chante les vers mesurés du Florentin, lequel tu dois, comme un petit serviteur, suivre avec respect. »

i. Ex utero tnatris, dit-il dans la Généalogie des Dieux, liv. XV. 2. Dobelli Ausonio, // Culto del Boccaccio per Dante, dans Giornale Dantesco, V, 1897, p. 21g.

Pétrarque était en pleine gloire.

C'est pourquoi Boccace, qui voulait se faire un nom \ se les proposa constamment l'un et l'autre pour modèles et s'efforça d'écrire et d'aimer à leur ressemblance. Sa vie et son œuvre sont dominées par cette pensée et ne s'expliquent que par elle. Mais la nature avait heureusement départi à Boccace une âme trop ardente pour qu'il pût s'imposer une passion aussi sereine que celle de Pétrarque et, d'autre part, ce qu'il y a de plus profond dans la Divine Comédie, la magnifique puissance de la pensée et du style, lui échappait complètement : son Commentaire de V œuvre de Dante en est la preuve. Aussi sa personnalité resta-t-elle entière et ne doit-il aux maîtres qu'il s'était donnés que la forme de ses écrits et la mise en scène de son amour.

Il avait neuf ans de moins que Pétrarque, étant né en 1313, ce qui lui permettait l'amitié et n'empêchait pas le respect, d'autant que Pétrarque vieillit plus vite. Sa mère fut, ce semble, une Française, une Parisienne de la bourgeoisie, que le père de Boccace, Boccaccino, aurait connue alors qu'il se trouvait à Paris pour son commerce ; elle était veuve depuis peu ; il la séduisit par de belles promesses et puis l'abandonna, emportant l'enfant qu'il avait eu d'elle. Ainsi

1 . * Quelle est la vie si humble qui ne soit troublée du désir de la gloire ? », dit-il dans sa biographie de Dante et, dans sa lettre à Pizzinghc : Ingenii animo in itratum iter intravi trahente me perpetuandi nvminis desiderin. (CoRAZziM, p. 198.)

Boccace serait né « près des bords charmants de la Seine », comme il les qualifie lui-même.

L'histoire de sa naissance se trouve racontée dans YAmeto, par la nymphe Emilia et, d'une façon plus détaillée, dans sa première œuvre, le Filocopo. Le héros, après mainte aventure, chasse les biches dans les bois qui environnent Naples ; un de ses traits va frapper le tronc d'un haut sapin, le sang coule et l'arbre, interrogé, raconte son histoire. Son père Eucomos, originaire de la Toscane, avait été appelé auprès de Francomarcos, roi du pays blanc ; l'une des filles de ce roi, Giammai, se laissa tromper par les beaux semblants d' Eucomos ; elle eut un fils, Idalagos, l'arbre parlant, le nouveau Polydore1. Le départ d' Eucomos causa sa mort. De retour dans sa patrie, Eucomos épousa une femme du nom de Garamita ou Gharamita. Or, on a remarqué que Gharamita est l'anagramme de Margherita, qui fut, en effet, le nom de la femme légitime de Boccaccino - ; dans Giammai, on peut lire Jeanne et expliquer ainsi le nom de Giovanni, qui fut celui de Boccace3.

D'ailleurs la suite du récit d' Idalagos montre qu'il s'agit bien de l'auteur lui-même.

Il est certain que le père de Boccace se trouvait en France au moment du procès et de l'exécution des

i. Dante avait également fait parler un arbre au xinc chant de l'Enfer; il contenait l'âme de Pierre des Vignes, qui lui conte son histoire.

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