SONNET SUR L'AMOUR
Fuyez, mes soupirs; fuyez, mes plaintes; Fuyez, mes angoisses; fuyez, mes désirs De terminer mes jours ; que l'oubli Emporte ce que j'ai dit contre l'amour ! Que la joie revienne, et le rire, et le chant, Puisque j'ai triomphé des rigueurs de ma dame.
Dans son Canzoniere, il y a des sonnets d'un ton charmant, tel que celui-ci :
Chaque fois que par aventure je revois
Le lieu où je fus saisis par l'Amour,
Il me semble que je suis enflammé de nouveau
D'un désir plus brûlant que le feu.
Et, quand je l'ai contemplé un moment
Et que je suis demeuré attentif,
Je me dis : « Si tu t'étais ici défendu,
Tu ne serais pas si faible pour demander grâce.
Pleure donc la liberté
Que tu avais en ta main et que tu as laissé échapper
Pour une femme belle et sans pitié. »
Puis je me retourne et je dis qu'être Sujet d'une si admirable beauté, C'est jouir d'une souveraine et joyeuse liberté !
(Sonnet xxn.)
L'amour lui paraît le seul bien estimable. Il abandonna pour lui, dit-il, les études qu'il chérissait, les maîtres dont il suivait les leçons, et il en chanta magnifiquement la puissance et le charme.
« Celui qui n'aime pas ne possède rien au monde ; le ciel, la terre, la mer connaissent l'amour ; la tourterelle suit son mâle, les timides cerfs sont soumis à l'amour.... » (Fiammetta.)
Mais son amour a quelque chose de violent et parfois d'un peu féroce. Dans le sonnet xxxviii, qui rappelle quant au début la façon de Ronsard, il dit : « Lorsque tes cheveux blonds que j'aime tant deviendront blancs, quand ton visage se ridera et que tes beaux yeux si coupables se faneront, je rirai de ce changement. »
On a beaucoup disputé sur la réalité et la réciprocité de l'amour de Boccace pour Maria1. Ses premiers biographes, Villani, Bandini, Bruni, Manetti, ignorent jusqu'à l'existence même de cet amour. Squarciafico est le premier qui en parle, et il écrit cent ans après sa mort. Sansovino, Betussi, Dolce, Mazzuchelli lui en font gloire. Sa passion devint donc vite une tradition. Lui-même semble indécis. Dans la lettre liminaire du Filostrato, il dit : « Je ne veux pas que personne croie que je puisse me féliciter de pareille gloire, parce que jamais la fortune ne me fut si favorable, et je n'espère pas qu'elle le sera jamais. J'écris parce que le bonheur entrevu permet de connaître la misère qui suit l'amour. » D'autre
i. VoïtCbescini, Contributo agit studi sul Boccaccio, Turin, 1887. — Camillo Antona Tbavebsi, dans le Propugnatore, 1883-1884, t. XVI, part. 11, p. 5y, 240, 387. — Cf. Rivista Europea, 1876, Vil. — Biographies de K.œbtino, de Landai et de TiBABOscm. — Voir auss Abullani, Nei Regni delï Arte e délia Critica, Turin, ioo3.