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LES POÈMES D'AMOUR

Sources du Filocopo. — Sujet du roman. — Boccace y mêle ses

AVENTURES PERSONNELLES. — La « COUR D'AMOUR , ÉBAUCHE DU

Décaméron. « — Le Filostrato ». — Dédicace a Fiammetta.

Sujet du poème. — Boccace y raconte sa douleur. —

Moralité qu'il en tire.

Amoureux et poète, Boccace ne pouvait échapper à la nécessité d'écrire ; toutefois, comme il manquait d'imagination, le thème qu'il choisit fut un de ces romans que le Moyen Age s'était complu à raconter de cent façons et qui devait être répandu en Italie, l'Histoire des amours de Fleury et de Blanche fleur ou plutôt de Floire et Blancerlor \

Il recueillit en hâte et sans grand discernement tous les récits qui avaient cours à leur sujet et les assembla

i. Il est impossible d'établir de façon certaine la chronologie de la plupart des œuvres de Boccace; on leur a donné la place qu'elles semblent devoir occuper psychologiquement et littérairement.

2. Floire et Blancejlor, poèmes du xme siècle, publiés par Edélestand du Méril, Paris, i856. Cf. art. Zumbini, dans Nuova Antologia, 1879, XVIII, 672, et XIX, 53, publié ensuite à part.

tant bien que mal, en sorte que plus d'une fois la trame du roman se suit malaisément. En certains passages, le texte français est serré de très près, presque copié mot à mot, comme dans la description du jardin de l'« Amiral » à Alexandrie d'Egypte, où se trouvait un arbre merveilleux qui laissait tomber une fleur sur la tête des vierges et en refusait aux femmes ; parfois Boccace s'inspire de Dante comme lorsqu'il rapporte que le regard d'une statue de Cupidon s'anima pour rassurer Fleury, ainsi que dans la Divine Comédie s'était animé le regard de la Vierge en faveur de saint Bernard '. Il accepte d'ailleurs jusqu'à la topographie grossière de ses devanciers, et lui qui plus tard devait rédiger un dictionnaire géographique extraordinairement précis pour l'époque, il n'a pas scrupule de placer Mantoue aux portes de l'Espagne 2 et de faire franchir au navire de son héros, « en peu de jours », l'espace qui sépare l'île de Rhodes de la Sicile, alors qu'il en met trois pour aller de Sicile à N api es.

i. Boccace emploie même à l'occasion les propres termes de Dante. Craignant d'être découvert par l'Amiral, Fleury * fu quasi che passato agi' immortali secoli : — Il futcomme s'il avait passé aux siècles immortels)». C'est toutainsi que s'exprime Dante dans la Comédie.

2. Arrivant d'Espagne, Fileno entre en Italie par Padoue, de là il gagne « l'antique cité de Ravenne » et, par le Pô (I), Mantoue « au milieu des marais » ; puis il traverse l'Apennin, d'où « le torrent impétueux du Mugnone descend »; il voit Florence, parvient à Chiusi « allant au hasard »; peu après, il aperçoit le mont Aventin, « où Cacus cacha les vaches qu'Hercule cherchait» et, après de longues aventures, il gagne Rome, ville merveilleuse qui le remplit d'admiration ; il y admire le Tibre, « auquel les dieux accordèrent beaucoup de grâces »....

SUJET DU « FILOCOPO »

Ce fut, à ce que raconte Boccace, Maria qui lui demanda d'écrire les aventures des deux amants quand elle le rencontra pour la deuxième fois dans l'église San Spirito.

Au surplus, il espérait bien que ce roman d'amour constant ferait connaître à sa dame la profondeur de sa passion, de même qu'il lui servirait d'utile enseignement. En commençant, il adresse à ses lectrices en général ces paroles, qui furent évidemment écrites à l'intention de Maria : « Apprenez par cet exemple combien il est doux de donner son cœur tout entier à un jeune homme au lieu de chercher à en décevoir plusieurs, car souvent on perd l'un pour avoir l'autre.... Apprenez à n'aimer qu'un homme lequel vous aime parfaitement \ »

Le Filocopo ou Filocolo, c'est, comme ce titre l'indique, tout au moins dans la pensée de l'auteur 2, l'histoire d'un amant qui, par amour, a souffert beaucoup de peines et de tribulations 3.

Florio, fils du roi Felice, est élevé avec Biancofiore, fille d'un Romain illustre, Lelio, qui avait été tué par le roi Felice, alors qu'il se rendait à Saint- Jacques-de- Compostelle. Les deux enfants, nés le même jour,

1. « Si de cette histoire, jeunes gens et jeunes filles, écrit-il encore, vous tirez quelque plaisir ou quelque profit, n'oubliez pas d'en savoir gré à Jupiter et au jeune auteur. »

2. C'est ce qu'il explique à la fin du livre III. y/JXo; signifiait à ce qu'il pensait : peine, fatigue, et non haine et colère. Peut-être faut-il lire Kôrco;.

3. Sur ce roman, voir Ad. Gaspary, « Filocolo » oder « Filocopo », dans Zeitschrift fur romanischc Philologie, III, 187g, p. 3g5.

s'aimèrent ', ce qu'apprenant le père de Florio l'envoie au loin, dans une ville universitaire, pour y terminer ses études afin de l'éloigner de Biancofiore, car il ne veut pas qu'il s'unisse à la fille d'un chrétien. Les adieux que se font les amants manquent de simplicité : « La clarté de ton visage, dit Florio à Biancofiore, dépasse l'éclat d'Apollon, et la beauté de Vénus ne se peut parangonner à la tienne ; la douceur de tes paroles ferait de plus grands miracles que la lyre du poète de Thrace ou du Thébain Amphion. C'est pourquoi le grand empereur de Rome, justicier du monde, t'aurait gardée pour chère compagne et, ce qui est plus, je tiens que si, d'aventure, le grand Jupiter perdait Junon, il ne trouverait pas de femme supérieure à toi pour la remplacer.... » Mais Florio avait promis de partir et, pleurant tous deux, ils se séparent.

Profitant de l'éloignement de son fils, Felice manœuvre de façon à faire soupçonner la jeune fille d'un crime ; elle va être mise à mort ; toutefois le roi se ravise et la vend à des mariniers qui l'emmènent. On la dit morte à Florio, qui veut se tuer sur sa prétendue tombe ; sa mère l'en empêche en lui avouant la vérité ; alors il part et, après mille aventures, il découvre Biancofiore à Alexandrie, où l'Amiral la gardait jalousement dans une tour. Les deux amoureux

i. Boccace passe légèrement sur ces premières amours, que les conteurs précédents avaient développées; il ne s'intéresse guère et pense ne pouvoir intéresser ses lecteurs qu'à des amours moins ingénues.

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