RECITS PERSONNELS
parviennent à se joindre, et Florio reçoit la récompense de ses longues peines ; survient l'Amiral, qu'avait averti l'un de ses familiers ; dans sa fureur, il condamne Florio et Biancofiore à être brûlés vifs. Mais, quand on les a déjà placés sur le bûcher, Vénus intervient, secondée par Mars avec ses milices, et l'Amiral renonce d'autant plus facilement à ses rigoureuses volontés qu'on lui révèle la qualité de sa prisonnière et de son amant. Il préside lui-même à leurs épousailles, et tous deux regagnent leur patrie en passant par Rome, où Florio apprend à connaître les dogmes chrétiens \ De retour en Espagne, il réussit à amener, par la persuasion, son peuple à partager sa foi '.
Ses souvenirs classiques aidant, Boccace mêle le surnaturel mythologique au surnaturel chevaleresque, en sorte que ce roman offrirait vraiment peu d'intérêt si Boccace n'y parlait de lui-même avec abondance. Pour dire son histoire et célébrer ses amours, il entremêle à son récit plusieurs épisodes qui ne s'y rattachent en rien et qui sont de son invention.
C'est ainsi que Boccace raconte avec une liberté surprenante son aventure amoureuse 3. « Un jour, dit-il
i. Florio et Biancofiore figurent dans YAmorosa Visione (chant xxix) parmi les héros.
2. Dans le roman français, remarque Landau, le héros impose le christianisme en brûlant et en massacrant ceux qui s'obstinaient dans leur erreur. L'Italie n'a jamais compris la persécution religieuse.
3. Il relate en ces termes les circonstances de la naissance de Maria d'Aquino (trad. Sevin, 1542, p. 2) : « Avant que parvenir à la royale excellence, il (le roi Robert) eut plaisir à une gente damoiselle demeurant es royales maisons et en-
dans un apologue, je me vis en rêve sur le mont Falerne ; un émerillon qui venait du côté de Certaldo (berceau de la famille de Boccace) planait ; tout d'un coup il fondit sur une poule faisane qui venait d'Aquino, la saisit dans ses serres et tomba à terre avec elle. La voyant à bas, d'autres bêtes accoururent à l'entour; mais l' émerillon défendit ardemment sa proie jusqu'à ce qu'enfin un grand chien affamé descendît des montagnes voisines et, ayant mangé la tête de la poule faisane, enleva ensuite son corps à l'émerillon, qui continuait à en disputer la possession. Puis un orage éclata.... » C'est le récit de Nisus dans les Métamorphoses (vin, 145). Boccace avait beaucoup dégoût pour Ovide.
Le trait du chien mangeant d'abord la tête de la poule faisane et enlevant son corps ensuite semble montrer que celui qui succéda à Boccace dans l'amour de Viammetta conquit son esprit avant d'obtenir ses faveurs.
Le récit d'Idalagos, dont il a déjà été parlé, est plus précis encore et plus complet. Il vante la noblesse d'Airain ou Maria ' égale à celle des dieux, la gaîté
gendrèrent une très belle fille. Et voulant garder l'honneur de lui et de la damoiselle, il la nourrit tendrement et en secret sous nom suppositif d'autre père et eut le nom de celle où gît la rédemption de notre misérable perdition; la jeune fille se aornait au croître, en suivant les vestiges de son père, en estimable et notable beauté, vertus et coutumes tant que plusieurs la pensaient non fille d'homme, mais de Dieu. Advint qu'un jour (quand on célébrait la glorieuse départie du fils de Jupiter des despouillés royaumes de Pluton), je, auteur du présent œuvre, me trouvai en un gracieux et beau temple en Parthdnopc.... •»
1. Le nom de l'héroïne varie beaucoup suivant les manuscrits; dans certains, on lit Alleiram, qui est l'anagramme de Mariella, ou Asenga(Agncsa), ou Annavoi (Giovanna).