COUR D'AMOUR
de sa demeure, sa famille nombreuse, sa richesse, sa beauté. Elle plaît à tous, dit-il, mais tous ne lui plaisent pas. Cependant Idalagos ose penser à elle ; en elle il met tout son espoir, et elle est son plus précieux trésor. Elle se laisse toucher, dépouille ses airs farouches et, plus d'une fois, « pose sa tête sur son sein ». Mais enfin elle l'abandonne pour d'autres, et le désespoir d' Idalagos est si profond que Vénus, touchée de compassion, le change en sapin.
Boccace intercale aussi, assez gauchement, dans son récit, une cour d'amour, qui est une première ébauche du Dêcamêron ; c'est une suite de treize tensons ou nouvelles dans lesquels sont proposées des questions d'amour curieusement embarrassantes. Non loin de Naples, sur une pelouse semée de fleurs et pleine « de la douce suavité des odeurs », au centre de laquelle jaillit une limpide et belle fontaine et qu'entourent des arbrisseaux couverts de feuillage, se réunit une troupe de jeunes hommes et de jeunes filles qui devisent de propos amoureux. Pour mettre quelque ordre dans leurs discours, ils nomment reine Fiammetta, « qu'idolâtrent tous ceux qui la voient, fille du très haut prince sous le sceptre duquel vivent les pays d'alentour, supérieure à toutes les autres dames ». Et chacun à tour de rôle de proposer un problème d'amour : Deux jeunes gens reçoivent dans une fête les mêmes attentions d'une jeune fille ; ils disputent longtemps sur celui qu'elle préfère et, prêts à en venir aux mains, décident d'inter-
roger sa mère ; celle-ci mande sa fille, qui paraît la tête ceinte d'une couronne de feuillage; un des soupirants en portait également une et l'autre pas. Questionnée par sa mère, la jeune fille prend la couronne qu'elle avait sur la tête et la pose sur la tête de celui qui n'en avait pas, puis elle enlève la couronne que portait l'autre et la place sur sa tête en disant : « J'ai répondu. » Lequel avait été le plus favorisé ? Après en avoir disertement disputé, l'assemblée décide qu'une amante montre plus d'amour en donnant ce qu'elle possède qu'en acceptant ce qu'on lui offre ou en prenant ce qu'on lui cède.
La deuxième question est celle-ci : Qui est le plus à plaindre d'une femme qui, éperdûment amoureuse, voit son amant obligé de la quitter à jamais ou d'une femme qui, également amoureuse, ne peut jouir de la présence de son amant par suite de la jalousie d'une autre femme ? La conclusion fut que la première est la plus malheureuse. Dans la quatrième, une dame, pour se débarrasser de son amant, lui dit qu'elle « fera son plaisir » s'il lui présente en janvier un jardin tout fleuri comme en mai. Un magicien le lui procure. La dame est fort perplexe et mélancolique, car elle hésite, étant vertueuse, à acquitter son aventureuse promesse et pourtant s'y sent tenue. Elle se confesse à son mari qui l'envoie auprès de son amant afin que sa conscience cesse de la tourmenter, mais en lui faisant promettre de ne plus prendre à l'avenir si possible