‹ BoccaceChapitre 30 sur 112 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

boccace raconte dans la thësêide ■ ses propres douleurs. — Action du poème. — Description du tournoi des cent. — Description de la beauté d'Émilia. — Sources.

FIAMMETTA ne revint pas ou revint avec un autre amour. Boccace avait traduit dans le Filostrato les tourments du doute et de l'attente, qu'il exprimera encore et de façon plus forte dans la Fiammetta. Il composa un nouveau poème pour dire les angoisses de la jalousie.

Boccace était alors dans cette période de juvénile exubérance où rien de ce que l'on pense ni de ce qu'on ressent ne paraît négligeable, et il avait aussi beaucoup d'érudition à mettre en évidence. Plus tard, assagi, il fera de courts poèmes et de longs dictionnaires ; alors il versait à pleins bords dans ses œuvres son vaste savoir. La Théséideest presque aussi longue que Y Enéide : elle a 9896 vers, alors que Y Enéide en a 10098 ' ; aussi

l. Le Filostrato compte 5a88 vers.

la composition en fut-elle laborieuse. Boccace n'acheva, ce semble, son œuvre qu'après son retour à Florence, en 1341. Comme les souvenirs antiques le hantaient, ce fut encore une « vieille histoire » qu'il prit comme thème, mais si vieille, dit-il, que les Latins eux-mêmes l'ignoraient. Lui ayant donné une « forme nouvelle », il croit pouvoir comparer son œuvre à un navire qui fend de son étrave une mer inconnue1.

A vrai dire, bien qu'il ait attribué à ce poème le nom de Théséide, Thésée n'a rien à voir dans l'action; le titre est tout de façade ; le fond de l'œuvre, ce sont les amours d'Êmilia et de deux guerriers, Palémon et Arcite.

Au reste, Boccace ne cache pas du tout que son dessein est de raconter ses propres amours : « Vous aimiez entendre lire les histoires d'amour, dit-il à Fiammetta dans la lettre d'envoi (écrite en 1341), et c'est pour vous plaire que j'ai composé celle-ci. Qu'elle ait été faite à votre intention, la preuve en est que vous y retrouverez bien des choses qui ont été dites par vous à moi et par moi à vous. Si j'en ai ajouté d'autres, c'est afin que l'on ne puisse distinguer ce qui réellement s'est passé entre

1. Boccace a toujours été très vain de la forme nouvelle, du « style nouveau», dont il prétendait faire usage dans ses œuvres. Il s'en vante dans la Théséide, dans les vers commençant par :

Poichè le belle muse cominciaro...

',liv. XII, st. H4-S5), et dans le sonnet composé en acrostiche par les premiers vers de VAmnrosa Visione. — Cf. Baldelli, Vita, p. G3.

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