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ACTION DE LA THËSËIDE

nous, car cela ne serait pas honnête. La fortune ennemie m'a ravi « la flamme éteinte », mais rien ne pourra détruire celle que votre beauté a allumée dans mon cœur.... » Au surplus, l'héroïne, Ëmilia, est la sœur de la reine des Amazones, de même que Maria d'Aquino était la sœur de la reine Jeanne de Naples.

Deux chefs thébains faits prisonniers par Thésée et amenés à Athènes s'éprennent d'Êmilia, qu'y avait également conduite Thésée à la suite d'une campagne au pays des Amazones.

Les choses se passent à peu près comme dans le Filostrato ; Êmilia se promène en son jardin aux premières lueurs du jour, pieds nus, négligemment vêtue, ses blonds cheveux relevés sans art sur sa tête. Arcite l'aperçoit de sa fenêtre, à travers les barreaux de fer qui la ferment, et tout de suite il s'en éprend, car elle est d'une incomparable beauté; c'est un ange descendu du paradis. Pour son malheur, il appelle son compagnon Palémon, qui à son tour tombe amoureux d'Emilia. Elle s'aperçoit vite des sentiments qu'elle inspire, et, comme il ne lui déplaît point d'être tant admirée, elle revient souvent au jardin. Arcite est rendu à la liberté, mais il doit s'exiler. Palémon reste à Athènes, mais ne peut approcher Êmilia, et ainsi se pose une de ces questions captieuses qui faisaient les délices des cours d'amour et le thème préféré des conversations de la jeunesse dorée : Lequel des deux amoureux était le plus à plaindre, celui qui ne pouvait voir sa belle ou

celui qui, la voyant, ne pouvait jouir de son entretien? Cependant l'exilé revient, méconnaissable par suite des chagrins qu'il a soufferts ; il demeure quelque temps sans être découvert ; mais enfin il se rencontre avec son rival, et tous deux, oublieux de leur confraternité d'armes, engagent un combat qui eût été mortel sans l'intervention d'Êmilia et de Thésée. Les adversaires ne se séparent d'ailleurs que sur la promesse qu'ils pourront se retrouver bientôt en champ clos devant une noble assistance. De fait, pour assister à ce combat, tous les héros de la légende s'empressent, Pollux et Agamemnon, Nestor et Ménélas, Lycurgue et Sichée, le mari de Didon, Pygmalion et Ulysse revêtant une armure pour la première fois, Rhadamante et Minos qui avaient abandonné leurs trônes si grande était la curiosité générale ; Narcisse serait venu s'il n'avait été changé en fleur. L'érudition naissante de Boccace s'est donné libre carrière.

La rencontre a lieu dans un amphithéâtre1; chacun des deux adversaries, casqué et cuirassé, amène cent

i. Boccace n'avait pas eu à faire effort pour en imaginer les conditions. Quand Charles d'Anjou eut perdu la Sicile à la suite des Vêpres Siciliennes, en 1282, il voulut organiser une expédition pour la reprendre sur Pierre d'Aragon, mais il fut convenu que, pour épargner le sang de leurs vassaux, le différend se déciderait en champ clos et que chacun des deux adversaires amènerait cent hommes d'armes qui combattraient sous la présidence du sénéchal du roi d'Angleterre, à Bordeaux iVillani, liv. VII, chap. lxxxvi. Le combat n'eut pas lieu, maison en parla beaucoup dans toute la chrétienté, et il est probable que le souvenir de cet événement n'était pas effacé dans le Napolitain cinquante ans plus tard. — Crescim. Boccacciu, p. 245. — Schmidt, La Théséide, dans Études de Philologie néo-grecque {Fiibl. de l'École des Hautes-Études, fasc. XC1I, Paris, 1892, p. 3o6|.

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