‹ BoccaceChapitre 32 sur 112 · DESCRIPTION D'UN TOURNOI · texte numérisé non relu

DESCRIPTION D'UN TOURNOI

compagnons ; ils avaient passé la nuit à faire la veillée des armes dans un temple et, au matin, Thésée les avait sacrés chevaliers en leur remettant une épée et en les faisant éperonner d'or. Ce tournoi a si peu l'allure antique que Politien a pu en transcrire des parties entières dans ses Stanze per la Giostra di Giuliano de Medici. Avant le combat, Arcite adresse une touchante prière à Êmilia, « vraie source et fontaine de toute vertu, habitation et séjour de toute gentillesse et honnêteté ».

L'un des combattants invoque Vénus et lui demande de lui accorder la possession d' Êmilia. Le palais de Vénus est situé au milieu d'un jardin fleuri, où chantent les oiseaux et où murmurent les ruisselets ; tout autour se jouent les Grâces, la Courtoisie, la Beauté, la Jeunesse et la folle Ardeur ; à l'entrée veillent la Patience et la Paix; mais à l'intérieur réside la Jalousie; et la porte qui conduit à la salle où la déesse est assise sur un trône, entre Bacchus et Cérès, est gardée par la richesse. L'autre combattant invoque Mars et le supplie de lui donner la victoire. Son palais, entouré de glaces, est d'acier poli ; les Péchés aveugles, la Colère, la Fureur et la Mort en défendent l'approche1. Le secours de Mars est effi-

i. A comparer avec la description du palais de Jalousie au livre 111 du Fiiocopo. Il est situé au milieu des rochers les plus âpres de l'Apennin, en une obscure caverne tout environnée de neige ; aucune plante ni herbe ne pousse à l'entour, aucun oiseau n'y chante ; seuls le coucou et le chat-huant y font leur nid. Toutes les fenêtres et toutes les portes en sont closes; deux chiens terribles en gardent l'entrée ; ils sont si maigres qu'on leur compte les os. Le froid règne

cace; la Force l'emporte sur l'Amour. Arcite triomphe de façon singulière ; son cheval avait jadis mangé de la chair humaine; il saisit Palémon par le bras et le fait assez ridiculement tomber par terre. On dirait presque un passage d'Arioste. Du moins, Palémon n'aura pas ainsi eu le déshonneur d'être vaincu par son rival, et celui-ci ne pourra se reprocher d'avoir tué un ami. Cependant, quoique vaincu, c'est Palémon qui doit posséder la belle Êmilia. Une furie surgit envoyée par Vénus ; horrible, elle terrifie l'assemblée, et le cheval d' Arcite se cabre et se renverse sur son cavalier, lui enfonçant plusieurs côtes; on le ramène assez mal en point, et Ëmilia le soigne. Afin de lui donner l'illusion du triomphe, le roi Thésée le fait promener dans son char ayant à son côté Ëmilia et précédé de ses adversaires désarmés.

Malgré les soins des plus fameux médecins, son état s'aggrave, il va rendre l'âme ; mais, auparavant, il cède noblement au vaincu le bel objet de leur querelle, Ëmilia, qui avait hésité jusqu'alors à donner sa préférence à l'un ou à l'autre, car tous les deux étaient accomplis également.

Par suite d'une bizarrerie, Boccace a placé tout à la fin de son poème la description de l'héroïne (ch. xn, st. 53-62).

toujours en cette demeure. La maîtresse de la maison est toute ridée et décolorée; ses yeux sont rouges et larmoyants; son corps, maigre et tremblant, est enveloppé d'un long manteau noir. Jamais le sommeil ne pénètre en ce lieu....

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