‹ BoccaceChapitre 33 sur 112 · DESCRIPTION DE LA BEAUTE D'EMILIA · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA BEAUTE D'EMILIA

« Elle était grande et bien faite, de teint blanc et d'agréable aspect, si ce que rapportent d'elle les anciens est vrai. Ses longs cheveux ceints d'une couronne semblaient d'or. Elle avait le maintien modeste, le geste élégant et gracieux.

« Ses cheveux ne tombaient pas en tresses, mais recouvraient ses blanches épaules, et onc n'en vit-on de plus beaux. Ils étaient si bien peignés que pas un n'avait un faux pli.

«Son front était ample et spacieux, blanc et délicat ; au-dessous, courbés en arcs de cercle, ses sourcils paraissaient plus noirs et plus fins à cause de l'éclat de son teint.

« Au-dessous étaient ses yeux vifs et plus brillants de beaucoup que les étoiles, graves, longs et bien placés, et plus foncés qu'on ne saurait l'imaginer. Telle était, en outre, leur puissance, que nul jamais ne les regarda qui n'en sentît l'aiguillon.

« Je les dépeins bien pauvrement, et je laisse aux amoureux d'en imaginer la beauté. Au-dessous était le nez, suffisamment long et bien affilé, comme il convenait à ce visage angélique.

« Ses lèvres n'étaient point trop grasses ni trop maigres, mais bien proportionnées, blanches et vermeilles, et ce n'était pas avec de la couleur qu'elles étaient colorées, car point n'en était besoin, mais naturellement.

« Elle avait la bouche mignonne, riante et désirable,

et semblait une angelette quand elle parlait. Ses dents se pouvaient comparer à des perles ; elles étaient serrées, bien rangées et toutes petites.

<. Son menton, mignon et rondelet, portait une fossette qui lui donnait un air mutin ; il avait ce qu'il fallait de vermillon pour le rendre plus charmant encore. Sa gorge était blanche et arrondie, grande autant qu'il convenait, et délicate.

« Son col était long et bien posé entre ses épaules ; sa poitrine, convenablement saillante, bombait à travers son vêtement.

« Ses bras étaient forts et longs, ses mains effilées, ses doigts déliés ne portaient point d'anneaux.

« Pour être bref, aucune fille ne pouvait entrer en comparaison avec elle. »

A la suite de cette description dont pas un trait ne sort du convenu, Boccace ajoute une sorte de canon de la beauté parfaite basé, selon le goût du jour, sur une répartition en séries de trois des diverses parties du corps :

Longs cheveux, longue main, long corsage,

Petites dents, petites oreilles, petite bouche,

Blanc le blanc des yeux, blanches les dents, blanc le teint,

Noir le noir des yeux, noirs les sourcils, noires les paupières,

Rouges les lèvres, rouges les gencives, rouges les joues.

Il y a bien des ressemblances entre la Thêsêide et la Thébaïde, dont Boccace avait dans sa jeunesse

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