Liv. VIII, trad. 1578, p. 6o
3. Dans la Fiammetta, l'amante dit à l'amant qui la quitte (liv. II) : « Voyezvous pas le ciel plein d'obscurités menacer la terre d'une très grande pestilence avec pluie, neige, vents et épouvantables tonnerres?... Qui est celui qui s'aime si peu lequel se mette en chemin en un temps si fâcheux? * — Trad. G. Chappus. 1609. Sur l'année, voir Crescini, Contributo, p. 86-92 ; Tanfani, Nicola Acciajuoli, Florence, i863, p. 47. Boccace parle de l'inondation de l'Arno, qui emporta le Ponte Vecchio, en 1 337, comme d'une chose à laquelle il n'assista pas. Comment, du chant XIII de la Divine Comédie. Cf. Villani, XI, I.
agitée de passions politiques et tourmentée d'ambitions commerciales. Les éléments même avaient part à ce désordre. Tremblements de terre, inondations se succédaient ; on voyait presque chaque année « du feu dans l'air ' ».
Le n janvier 1341, il ne se trouvait sûrement plus à Naples, ainsi que le prouve le texte du renouvellement du bail signé précédemment en sa faveur 2 ; il fut témoin, ainsi qu'il le rapporte lui-même, de la tyrannie que le duc d'Athènes, Gautier de Brienne, exerça à Florence de juin 1342 à juillet 1343 3.
Boccace fut longtemps avant de s'accoutumer à sa vie nouvelle, et surtout à son éloignement de Naples. Le 28 août 1341, il écrivait à son ami Niccola Acciajuoli : « Je ne vous écris rien de l'obligation où je suis de vivre à Florence, car il me faudrait me servir non d'encre, mais de larmes. Je n'espère qu'en vous ; vous seul pouvez changer mon malheureux destin. » Toutefois un dégoût lui fut épargné ; il n'eut plus à s'occuper de cette « horrible marchandise » qui avait fait l'abomination de sa jeunesse. Satisfait de sa présence, son père semble l'avoir laissé tout entier à ses occupations littéraires. Bientôt même, le 13 décembre 1342, il put s'acheter une maison dans la paroisse San t'Ambro-
1. M. Villani, Muratori, R. Italie. Script., t. XIV, 182, 204, 226.
2. G. Traversari, Le Lettere autografe di G. Boccaccio, et Arnaldo della Torre, La Giovine^a di G. Boccaccio, chap. X.
3. Infortunes des Hommes Illustres, liv. IX. Il était resté dix ans environ à Naples.
V « AMETO »
gio et vivre à sa guise. Cette époque fut la plus féconde de son existence ; c'est alors qu'il composa Y Ameto, Y Amorosa Visione, la Fiammetta, le Ninfale, le Décaméron et finalement le Corbaccio. En même temps, il se perfectionnait dans l'intelligence de la langue latine, qu'il ne possédait encore qu'assez imparfaitement, comme on l'a vu à propos de la Thêbaïde, et il s'adonnaità la lecture des classiques, dont il eut bientôt une connaissance parfaite. Cependant il continua à écrire en langue vulgaire.
Une même pensée l'occupe toujours; il a aimé une princesse, et il a été aimé d'elle, elle l'a délaissé, et il lui est resté attaché ; il va donc, comme il l'a fait jusqu'ici, glorifier les joies de l'amour et plaindre les tourments des amants maltraités ; toutefois, ne se trouvant plus dans une cité toute pleine encore de souvenirs classiques et avide de récits chevaleresques, mais dans la patrie de Dante et de Pétrarque, ses maîtres préférés, il change de ton, il abandonne le roman épique pour la pastorale, les longues compositions surchargées d'ornements pour de courts poèmes ou des idylles, les héros pour les bergers.
Ameto, du grec à&prroç, est un pâtre grossier, un rustre ; parcourant les bois des alentours de Florence, il aperçoit un nymphe, Lia, et s'en éprend. L'amour lui dessille les yeux et éveille son intelligence; il devient sensible aux beautés qui l'environnent et se sent capable de comprendre et désireux de connaître la pure vérité.
Un jour qu'il poursuivait Lia, il aperçoit six autres nymphes de beauté pareille, occupées à deviser au pied d'un arbre. C'étaient, en y comprenant la nymphe qu'il avait vue premièrement, les sept Vertus du Trivium et les quatre Vertus du Quadrivium, car ce poème est un singulier mélange de symbolisme chrétien, de mythologie et de réalisme sensuel '.
Elles content à tour de rôle une histoire à la louange de la vertu que chacune représente. Mopsa, la Sagesse, explique comment elle rendit sage un fou ; Êmilia, la Justice, raconte comment elle amena au respect de Dieu un orgueilleux ; Adiona, la Tempérance, dit comment elle fit d'un dissolu un sobre ; Acrimonia, le Courage, conte, en termes fort aventurés, comment elle rendit l'énergie et le courage à un apathique - ; Agapes, la Charité, relate du même ton comment elle enflamma un homme froid ; Fiammetta, l'Espérance, expose comment on peut redonner l'espoir à un désespéré, et Lia, la Foi, enseigne de quelle façon on doit éclairer un ignorant. Alors paraissent dans le Ciel sept cygnes et sept cigognes, qui engagent le combat ; les cygnes l'emportent, puis, au milieu des éclairs, une
i. Les vertus sont citées dans le même ordre qu'au chant xxix, vers 121-128, du Purgatoire.
2. Acrimonia a épousé un jeune homme malingre et peu fait pour elle; elle est très belle, beaucoup la désirent, même des rois et des cardinaux, mais en vain. Cependant Vénus, qui intervient dans chacun de ces contes, veut qu'elle aime, et elle s'énamoure d'Apaten, parent de Mopsa. Elle le transforme; de pusillanime, il devint magnanime, d'ignorant instruit, d'avare généreux, de méprisable très noble.
L'« AMETO »
colonne de feu s'avance telle que celle qui conduisit les Hébreux au désert ; elle représente Vénus, c'est-àdire la Beauté suprême, et la Trinité ; une voix en sort qui ordonne aux sept nymphes de baigner Ameto dans l'eau pure de la Vérité, de lui faire tomber les écailles des yeux, de lui donner la force du regard et de le couvrir de luxueuses étoffes, afin que « d'animal brut il soit transformé en homme et qu'il puisse désormais contempler les beautés d'en haut et les décrire aux autres humains, qui en jouiront ainsi à leur tour autant qu'il est en eux '. »
Boccace était une de ces âmes sensibles et vibrantes qui ont besoin incessamment de manifester leurs sentiments. Il composa Y Ameto, comme toutes ses autres œuvres, « afin, écrit-il, de pouvoir dire plus librement, sans être arrêté par la douleur ni par la peur, ce qu'il avait vu de ses yeux, entendu de ses oreilles ». De fait, Boccace raconte toute sa vie par la bouche des nymphes. Ëmilia parle des amours de Boccaccino, le père de Boccace, avec la veuve parisienne, de l'abandon
i. Elle dit :
Je suis la lumière du ciel une et triple,
Principe et fin de chaque chose,
Dont aucun n'approche et n'approchera.
Je suis lumière si gracieuse et si vraie
Que celui qui me suit n'ira jamais
Errant dans le triste et ténébreux séjour....
Et Ameto comprit que ce n'était pas « cette Vénus que les sots, dans leurs concupiscences désordonnées, nomment déesse, mais celle grâce à qui les vrais, les justes et saints amours descendent parmi les mortels. »
où il la laissa, de la douleur qu'il lui causa, et prédit, après coup, que le mariage qu'il fît à son retour à Florence réussira mal et que les biens apportés en dot par Margherita seront dissipés. Fiammetta raconte comment sa mère fut l'objet de la recherche du roi de Naples, qu'elle appelle Midas, et comment elle fut contrainte de céder à son caprice ; puis elle décrit la passion de Caleone, qui n'est autre que Boccace, la surprise nocturne et le triomphe de son amant. C'est une biographie complète de l'un et de l'autre, et bien singulière, si l'on songe que tous les acteurs étaient encore vivants et clairement désignés.
Il est parlé du roi Robert comme régnant encore à Naples; cette indication permet même de déterminer la date approximative où Y Ameto fut composé ; il est certain que Boccace ne l'entreprit qu'après son retour à Florence, à savoir après 1341. Comme, d'autre part, le roi Robert mourut le 19 janvier 1343, Y Ameto dut être achevé avant cette date et probablement dans le commencement de l'année 1342 s l'on tient compte de ce fait que YAmorosa Visione fut écrite également avant la mort du roi et après Y Ameto '.
U Ameto est dédié à Niccola di Bartolo del Buono, que Boccace intitule « son unique ami dans la douleur », ce qui confirmerait la supposition qu'il ne connaissait pas alors Pétrarque '".
1. Voir Crescini, Contributo, chap. iv. La nièce du roi Robert, Giovann.i, v est qualifiée de fille du duc de Calabre et non de reine (chant xxx).
2. L'amitié de Bartolo, qui était un ardent gibelin, faillit plus tard, comme on le verra, être fort compromettante pour Boccace.
L'« AMOROSA VISIONE
\SAmeto réussit surtout, ce semble, par ce qu'il contenait de symbolique ; aussi le prochain poème de Boccace fut-il entièrement symbolique et semblable par la forme à la Divine Comédie , dont le succès allait s'établissant. C'est en même temps un tour d'adresse poétique rare.
Les initiales des tercets qui le composent forment deux sonnets à triples tercets et une ballade. Boccace se nomme en toutes lettres dans le dernier vers du premier sonnet, et ce sonnet est une dédicace à « Madama Maria », qu'il désigne également par son nom.
Cette vision, gentille dame, vous paraîtra Sans doute une chose admirable Tant par la nouveauté du style Que par l'invention du poème.
Vous admirant un jour
Belle, gracieuse et simplement vêtue,
J'eus volonté, en rimes fines,
De faire un court poème.
A vous donc qui êtes ma Dame Et que je désire servir toujours Je le recommande, dame Maria,
Et je vous prie, s'il s'y trouve Quelque défaut, que votre courtoisie Corrige et amende mes erreurs.
Chère Flamme dont le cœur est chaud,
Cette Vision vous est dédiée
Par Giovanni di Boccaccio de Certaldo1.
L'imagination de Boccace, éprise de beauté et de gaîté, et qui ne lui montrait que le côté aimable des choses, ne pouvait s'accommoder des spectacles effrayants ou simplement graves qui se pressaient dans la pensée attristée et sombre de Dante ; son rêve le conduit donc dans un monde riant et gracieux, au milieu de jardins fleuris, « où ni l'herbe ni les fruits ne craignent l'automne, où les prés odorants émaillés de fleurs ne se décolorent ni en hiver ni en été » (chant xxxix) ; dans des demeures resplendissantes où l'on ne rencontre que des femmes belles et aimables, jeunes d'âge ou jeunes de visage. Les vertus théologales s'y retrouvent, mais peintes par Giotto sur les murs d'une salle somptueuse, et leur aspect n'a rien que d'avenant et même d'engageant.
Un palais s'élève « grand, beau et spacieux » ; deuxportes y donnent accès ; l'une est étroite et basse, au-dessus sont gravées ces paroles :
Cette petite porte
Mène au chemin de la vie
Par une montée pénible,
Mais qui procure un repos éternel.
Gravissez-la sans vous attarder .
L'esprit vainc la chair paresseuse.
i. Le poème compte cinquante chants et 4406 vers.
L'« AMOROSA VISIONE
L'autre porte est haute et toute grande ouverte ; il en sort un bruit de fête et les sons d'une harmonieuse musique. On y lit inscrit en lettres d'or :
Richesses, dignités, tous les trésors
Et la gloire abondamment
Sont donnés à ceux qui franchissent mon seuil.
Boccace, en face de ces deux portes, n'hésite guère d'autant que deux jeunes gens, vêtus l'un de rouge et l'autre de blanc, viennent à sa rencontre et lui vantent les plaisirs qu'il trouvera au delà de la porte d'or. Son guide même, femme blonde dont la couronne avait l'éclat du soleil et qui l'avait mené jusque-là, se laisse convaincre et le suit, et c'est alors qu'il pénètre dans la salle des fresques. On y voyait représentés, outre les vertus, quatre sujets allégoriques; ce sont quatre triomphes : le triomphe de la Science, le triomphe de la Gloire mondaine que donnent les œuvres de l'Esprit, le triomphe de la Fortune et celui de l'Amour, les quatre grands ennemis de toute vertu.
La Sagesse ou la Science siège, vêtue de pourpre, an livre dans la main gauche, une verge royale dans la droite, entourée de philosophes, de fameux écrivains et de poètes. Moïse, Averroès, Dioscoride et tous les grands penseurs y voisinent avec les poètes les plus fameux, parmi lesquels Virgile et surtout Dante, « le seigneur de tout savoir qui, en un langage sublime, a
écrit du souverain Bien, du souverain Mal et de la grande Mort ».
Sur une autre paroi de la salle est peint le temple de la Gloire (chant vi). Magnifique et imposante, elle est sur un char de triomphe, couronnée de lauriers ; de sa main droite, elle tient une épée; de sa main gauche une pomme d'or ; un manteau royal lui couvre les épaules; les hommes et les femmes qui ont eu quelque célébrité l'environnent, depuis Saturne, Hécube, Nemrod et Médée jusqu'aux chevaliers de la Table Ronde, aux héros de la légende et de l'histoire : Saladin, Charles d'Anjou, Robert Guiscard et Conradin; plus de cent quatre-vingts noms sont ainsi cités ; c'est un premier essai du Dictionnaire des Hommes Illustres. Boccace place avec ces héros les avares, afin d'avoir occasion de montrer, à côté de son père et des prélats cupides (chant xiv), le roi Robert, contre lequel il avait conçu une haine aussi violente qu'avait été grande son admiration première (chant xiii) \
Dans une autre salle, il voit la Fortune avec sa roue, sur laquelle les hommes s'efforcent sans relâche de monter, et il cite les plus illustres infortunes (chants xxxixxxv).
Mais, dans ce pays de rêve, c'est l'Amour qui
i. Bien plus tard, dans la lettre à Martino da Signa, où il explique le sens de ses églogues, il parle de l'avarice du roi Robert, et, dans une lettre à Francesco Nelli, il raconte qu'un peintre que le roi avait mandé à Naples, s'en revint sans avoir ôté ses éperons, disant qu'il s'attendait à trouver un prince et qu'il n'avait rencontré qu'un marchand.
L'«AMOROSA VISIONE
règne en maître souverain (chant xv) : « Comme un grand seigneur d'aspect superbe, il est assis sur deux aigles, les pieds posés sur deux lionceaux domptés qui, du pré vert, s'étaient fait un lit; la tête couronnée d'or, il tient dans une main une flèche d'or ; dans l'autre, une flèche de plomb. » Derrière l'Amour, Boccace aperçut Vénus et une autre femme, qu'il n'ose nommer, et dont la vue lui cause une émotion si profonde que, dès ce moment, il ne peut plus penser qu'à elle '. Autour de ce groupe, étaient des personnages qui semblaient joyeux et regardaient l'Amour avec ravissement; d'autres à l'air pitoyable, qui soupiraient; d'autres encore qui avaient des allures impétueuses ou qui semblaient tristement résignés à leur destin. Et Boccace rappelle les aventures tragiques des amoureux fameux depuis Mars jusqu'à Tristan.
Tous ces spectacles affligeants et ces récits lamentables donnent à penser à Boccace; il se retourne vers son guide, vers « cette femme au visage gracieux » qui l'avait conduit jusque-là, et il lui annonce que dorénavant il est bien décidé à la suivre, car il reconnaît toute la futilité des biens que les vices procurent. Une porte s'ouvre devant eux.
Boccace, toujours en compagnie de sa dame poétique, qui « tout autour d'elle faisait de la lumière », pénètre dans un jardin, les Champs-Elysées du Vice;
i. Vincenzo Crescini, La Lucia delC Amorosa Visione, Padoue, 1882.
il ne semble pas que mal lui en advienne. Il y voit une triple fontaine symbolique; trois femmes versent de l'eau: la première, d'une gueule de lion; l'eau qui s'en épanche coule vers l'Orient et féconde tout sur son passage : c'est l'Amour honnête, qui unit l'homme à Dieu, fait durer le ciel et la terre et rend les hommes dignes de monter au ciel ; la deuxième femme verse de l'eau par une tête de taureau : cette eau coule vers le midi ; elle fertilise la terre également, mais ne la rend pas insensible aux saisons comme la première : c'est l'Amour par penchant, que l'auteur exalte et que son guide condamne. Enfin la troisième femme verse de l'eau par la gueule d'un loup : ce sont des pleurs qui errent fangeuses, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre : c'est l'Amour par utilité, « qu'on devrait appeler haine ' » (chant xxvn et suivants).
Boccace fait rencontre, en ce jardin, de la «belle Lombarde », de Lia, de quantité de dames qui avaient égayé de leurs charmes aisément prodigués la vie napolitaine ou florentine (chant xl). Leurs âmes aimables ne semblaient pas racheter bien chèrement leurs erreurs mondaines dans ce séjour où le Vice et la Vertu sont confondus d'une façon déconcertante et où l'Amour s'efforce, mais en vain, de n'évoquer que les sublimes beautés que Platon lui donne pour objet. Sans cesse, Boccace s'écarte de la bonne voie, et son guide l'encou-
i. Ce sont les trois espèces d'Amour dont il est question dans le Filocopo.
L'« AMOROSA VISIONE
rage même à se donner tout entier à une autre femme, qu'elle traite de sœur et qu'elle déclare « la plus douce, la plus chère, la plus aimante » des âmes qui l'entourent1 ■
Si tu m'avais dit son nom, Nous serions allés vers elle bien plus tôt, Car sans mon conseil elle ne fait rien Et ne dit rien.
Au dernier chant, l'auteur se réveille, mais il continue à voir la dame qui l'a tant fasciné; il l'entretient de sa conversion, lui demande de le reconduire cette fois par la porte étroite aux lieux où son bonheur a été si grand, et le poème s'achève par un cantique magnifique en son honneur2.
En sorte qu'on ne saisit pas exactement si, dans cet étrange poème, Boccace a voulu montrer que, malgré les conseils de la Sagesse, il restait fidèle à sa passion, ou s'il a eu l'intention d'avertir sa belle qu'il pouvait songer à lui donner une rivale. On sent, en tout cas, qu'il s'était proposé de faire un poème à visées morales, comme Dante, mais que son naturel, enclin au plaisir, et son esprit vagabond l'ont porté à errer loin de la bonne voie avec délices et abandon. Comme l'Enfer,
i. On a vu dans ces deux femmes qui se disputent la possession de Boccace l'Amour et la Raison, et ce fut grand miracle vraiment s'il réussit à les accorder.
2. Zumbini pense que par ce réveil Boccace voulait indiquer que son amour était bien réel.
ses Champs-Elysées sont remplis de bonnes intentions inopérantes et de louables défaillances.
C'est pourquoi, apparemment, ce petit poème est si savoureux ; les tercets se succèdent pimpants et allègres, malgré les difficultés matérielles que Boccace s'était imposées ; ils sonnent clair et n'ont plus rien de la pompe prolixe des précédents poèmes.
UAmorosa Visione ayant été achevée avant la fin de l'année 1342, ce ne sont pas les Triomphes de Pétrarque, composés en 1343, qui ont inspiré à Boccace l'idée des temples de la Sagesse, de la Gloire, de la Richesse et de l'Amour, mais bien plutôt VAmorosa Visione, qui a servi de prototype aux Triomphes, dont la vogue devait être tellement plus grande. Et ce fut sans doute Giotto qui en suggéra l'invention à Boccace. Giotto était venu à Naples au temps où Boccace s'y trouvait, et il y peignit, au dire de Vasari, quantité de tableaux allégoriques, soit dans le château de l'Œuf, soit dans diverses églises ; au monastère de Santa Chiara, il avait représenté l'Ancien et le Nouveau Testament ; au château de l'Œuf, l'Assemblée des Hommes Illustres. Quoi d'étonnant que Boccace ait transporté ces compositions dans son œuvre ?