‹ BoccaceChapitre 61 sur 112 · DIATRIBES CONTRE LA FEMME · texte numérisé non relu

DIATRIBES CONTRE LA FEMME

nouvelles ont dit, écrit-il dans le préambule de la quatrième journée, que vous m'êtes trop agréables et que c'est chose indigne de moi et dont je ne puis acquérir honneur que de me délecter si grandement à vous complaire et consoler ou de vous louer comme je fais, ainsi que d'autres qui voulaient dire pis ont fait. D'autres ont dit qu'il n'est guère bien séant à mon âge de m' amuser à telles choses comme à deviser des femmes. Plusieurs autres faisant démonstration d'être amateurs de ma renommée disent que je ferai plus sagement de me tenir avec les muses du Parnasse que de m' envelopper en ces folies parmi vous autres. »

Boccace avait été, comme il l'avoue, « percé jusqu'au vif » par ces censures, et il ne pouvait surtout supporter l'idée d'être réputé trop vieux pour parler d'amour. « Si le poireau a la tête blanche, écrit-il, il a pourtant la racine verte '. »

Les mépris de la veuve l'exaspérèrent. Il avait toujours professé beaucoup de mésestime pour les femmes, comme tous ceux qui ont eu des amours faciles et brèves. En outre, n'ayant jamais aimé qu'une femme de façon sincère et durable et n'ayant trouvé qu'elle à aimer ainsi, il était assez naturel qu'il méprisât les autres. Ce sentiment se manifeste dès ses premiers écrits. Dans le Filocopo, il dit : « Vous pouvez com-

i. C'est la comparaison (dont on a dû atténuer la hardiesse) qu'il avait déjà employée dans le Décaméron. Voir p. 109.

prendre le peu de foi des femmes esquelles nul bien, nulle fermeté ne raison ne se trouve. Elles sont muables comme la lune.... » Le premier peut-être il a dit que la femme était aussi incertaine que la feuille au vent. « Pourquoi accorder une âme aux femmes? Comme la plume au vent, ainsi en un jour leur cœur varie, et peu leur chaud la peine qu'elles causent à leurs amants. » Dans la Fiammetta, qui est un livre d'amour, il dit que les femmes « montrent toujours le contraire de ce qu'elles désirent ». Dans le sonnet xxxv, il écrit : « Bien fou est celui qui livre à une femme son honneur, sa liberté et sa vie. » Et dans leDécaméron, qu'il composa cependant dans l'intention de distraire et de consoler les << pauvres dames », il met ces paroles dans la bouche de Philomène, « qui était la plus avisée » : « Nous sommes mobiles, soupçonneuses, contredisantes, pusillanimes et peureuses1. » Plus loin, Elisa ajoute : «A vrai dire, les hommes sont les chefs des femmes et, sans leur autorité, rarement il arrive qu'une œuvre de nous parvienne à fin louable 2. » Ailleurs : « En toute

i. Voir aussi ce qui est dit plus haut, p. 108. C'est Lodovico Dolcc qui veut que Boccace se soit rappelé la mystification dont il avait été victime de la part de la veuve quand il raconte la 7e nouvelle de la vine journée.

2. Au commencement de la g* nouvelle de la ixc journée, la reine Emilia, dit : «La Nature nous a faites, quant au corps, délicates et tendres, et quant au cœur, timides et peureuses, bénignes et pitoyables de pensée, et nous a donné les forces corporelles faibles, les voix plaisantes et les mouvements des membres doux, qui sont choses portant toutes témoignage que nous avons besoin de gouvernement d'autrui, et quiconque a besoin d'être gouverné et secouru, la raison veut qu'il soit sujet et obéissant à son gouverneur.... Et qui avons-nous donc pouraide et gouverneurs sinon les hommes ? Donc devons-nous entièrement

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