ŒUVRES LATINES
Voyage a Naplbs. — Déconvenue de Boccace. — Séjour a Venise auprès de pétrarque. — retour a florence. — boccace se
CONSACRE AUX ÉTUDES SÉRIEUSES. — Sa GRANDE ÉRUDITION. —
Passages intéressants du «Dictionnaire géographique ». — Les
« Femmes Illustres ». — Moralité que tire Boccace de leurs
biographies. — son sentiment sur les femmes.
IL se peut que Boccace soit retourné, vers la fin de l'année 1362, dans le royaume de Naples momentanément pacifié et où la reine Jeanne venait de rentrer.
Maria d'Aquino était morte depuis longtemps, peutêtre en 1348, au temps de la peste noire. Boccace lui avait consacré quelques sonnets dans le goût de ceux de Pétrarque, mais dépourvus de sentiment vrai. Il la voit « ornée d'une beauté spirituelle » et la supplie de lui permettre de la suivre ; ce désir devient si grand qu'il rêve que, pur et léger, il s'envole vers Dieu ; elle lui tend la main et l'entraîne vers les régions célestes; puis il retombe sur la terre plus désemparé qu'auparavant. «Le génie divin d'Homère n'a pu montrer qu'à
peine le splendide visage d'Hélène, et moi cependant je m'enhardis à décrire le visage angélique de celle qui m'entraîne au ciel1.»
Si Maria lui manquait, son ami et quelque peu son protecteur, Niccolo Acciajuoli, devenu grand sénéchal du royaume, était toujours là. Son rôle avait singulièrement grandi pendant la période de trouble qu'on venait de traverser, et il était l'arbitre du royaume. Francesco Nelli, l'ami, le commensal de Boccace et le correspondant assidu de Pétrarque, qui l'avait surnommé Simonide à cause de son grand amour pour les muses, homme pieux et écrivain confus, latiniste médiocre2, vivait également à Naples,où il jouissait, grâce à Acciajuoli, d'une situation lucrative.
Il y eut, ce semble, un malentendu. Boccace comprit qu'il était appelé par eux à Naples et qu' Acciajuoli l'attendait dans son château3. Il partit, emmenant
i. Sonnets 21, 29, 5i, 60, 67, 73, 88, 90, 97. Voir Crescini, p. 254.
2. De Sade, Mémoires pour la vie de Pétrarque, III, 79. H. Cochin, Un ami de Pétrarque, Paris, 1892.
3. Lettre à Messer Francesco (Nelli), prieur des S. Apôtres. Corazzini, p. i3i. Cet épisode de la vie de Boccace est particulièrement obscur; les dates concordent mal; certains documents semblent indiquer que Boccace se trouvait dans le même temps à Certaldo (i3Ô2); Nelli, que Boccace accuse d'être la cause de tout ce qui lui arriva de mal, reste son ami; quand il meurt de la peste, en septembre 1 363, Pétrarque écrit à Boccace : « Nous avons perdu notre amour et notre délice ». La lettre à Nelli, qui est le seul document dans lequel il soit parlé de ce malencontreux voyage, contient des invraisemblances et des ignorances qui surprennent, et l'on serait presque tenté de tout simplifier en admettant qu'elle est apocryphe; de Hortis (p. 20, note 3) est de cet avis, et Giuseppe Todeschini a écrit un opuscule d'une argumentation très serrée pour le démontrer {Opinione sulla epistola al priore di Santo Apostolo (sic) attribuita al Boccaccio, Venise, i832). Une longue discussion s'est engagée à ce