De Hortis, p. 89, note 2. Voir p
z. L'histoire de Gualdrada, qui avait fait bruit, est également citée dans le Commentaire de la «Divine Comédie», chant xn, II, 334, édit. Milanesi.
3. « Il serait odieux que je ne parlasse pas d'elle », dit-il. Dans ses églogues, toutefois, il condamne ses déportements.
4. Boccace s'excuse dans son proème du peu de place qu'il accorde aux chrétiennes fameuses, aux martyres, aux saintes; c'est, dit-il, parce qu'il a voulu leur épargner le voisinage des païennes. Les écrivains de la Renaissance n'eurent pas tant de scrupules.
« TRAITE DES FEMMES ILLUSTRES
un cours de droit à l'Université de Bologne. Mais son aversion pour la femme en général faisait sans doute partager à Boccace le sentiment de ceux qui estimaient que la culture des lettres et des sciences était non seulement inutile aux femmes, mais même nuisible, car elle les mettait à même de se livrer plus facilement à leurs mauvais penchants, et peut-être pensait-il faire preuve de sagesse en omettant de glorifier celles que leur érudition avait tirées hors de pair. Ce qui ne l'empêche pas, au reste, de déclarer, dans sa dédicace, qu'il avait composé cet ouvrage « moins en vue de l'utilité générale que pour le plus grand honneur du sexe féminin1 »... et pour son divertissement, aurait-il pu ajouter, car il lui échappe de raconter des historiettes, comme celle de Paolina, qui auraient dû trouver leur place dans le Dêcaméron. Paolina était une Romaine qui vivait au temps de l'empereur Tibère ; elle avait une grande beauté, et tous les hommes la tenaient pour merveilleusement honnête, mais elle professait une piété excessive à l'égard du dieu égyptien Anubis, et c'est ce qui la perdit. Un jeune Romain s' étant épris d'elle s'efforça de cent façons d'obtenir ses faveurs, qu'elle lui refusa obstinément. Alors il songea à employer la ruse. Paolina se rendait chaque jour au temple afin d'y sacrifier à son dieu favori; il circonvint l'un de ses prêtres, « que son âge rendait vénérable » et qui dit à Paolina que le dieu lui
i. Lettre de Boccace à Andréa Acciajuoli. Voir Corazzini, p. 227.
était apparu en songe pour lui témoigner sa satisfaction de la voir si pieuse et son désir de se montrer à elle, tandis qu'elle dormirait. Paolina, voyant son zèle récompensé, en eut une grande joie et, tout orgueilleuse, elle rentra au logis, où elle fit part à son mari de la bonne nouvelle ; celui-ci, plus crédule qu'elle encore, lui permit d'aller passer la nuit dans le temple. Elle y rêva qu'elle aurait un fils, et déjà son mari et elle se réjouissaient à la pensée qu'un dieu entrerait dans leur famille, quand elle rencontra le jeune homme qui lui dévoila sa supercherie. Le mari se plaignit à Tibère, lequel exila le trompeur et fit mettre le prêtre d'Anubis au supplice ; mais la femme et son mari devinrent, dit Boccace, la risée de la ville (ch. lxxxix)1.
A son habitude, Boccace tire argument des faits qu'il rapporte pour admonester ses contemporains. Il ne raconte la mort de Pompea Paolina, femme de Sénèque, qui se tua pour ne point survivre à son époux, qu'à seule fin d'avoir occasion de gourmander les veuves de son temps, lesquelles ne reculaient pas à se remarier, « non pas deux ou trois fois, mais cinq ou six ». A propos de Didon, dont il conte l'aventure en s'inspirant moins de l'Enéide peut-être que des légendes qui s'étaient formées autour d'elle, il dit : « Je voudrais que les veuves et surtout les chrétiennes prissent exemple sur son courage, elles qui vont sans vergogne
i. Le Décaméron contient une nouvelle toute semblable, celle de « l'Ange Gabriel » (ive journée, 2e nouvelle).
« TRAITE DES FEMMES ILLUSTRES
à leur deuxième, à leur troisième et à leur quatrième mari1. » Parlant d'une certaine Laanea,- il remarque que les femmes « ne savent tenir secret que ce qu'elles ignorent ». Il est vrai qu'un peu auparavant il leur avait rendu ce magnifique hommage dont on n'a fait depuis, pensant l'inventer, que renouveler l'expression : « Une femme peut demeurer pure au milieu des corruptions et des horreurs du vice, de même qu'un rayon de soleil n'est point souillé quand il se pose sur un bourbier. » Il recommande aux parents d'élever chastement leurs filles2 et aux femmes de garder par-dessus tout leur honnêteté, donnant à celles-ci comme modèle la vertueuse femme du « Gallo-grec » Orgigonte, qui, déshonorée par un soldat, « préféra une mort certaine à son honneur incertain », et affronta la prison et le supplice d'un cœur tranquille'. Il cite comme un exemple excellent les femmes des Cimbres qui, leurs maris ayant pris la fuite, demandèrent aux Romains « d'entrer comme recluses dans le couvent des Vestales » et, sur leur refus, se donnèrent la mort après avoir tué leurs enfants. Il déplore sans cesse le luxe et la coquetterie des femmes et trouve que le Sénat romain eut bien tort quand, pour récompenser Véturie, mère de Coriolan, d'avoir sauvé la République, il permit aux matrones de porter des boucles d'oreilles. « On doute, dit-il, si ce
i. Cf. ch. lxxxvm. « Antonia minore •*, tille de Marc Antoine.