‹ BoccaceChapitre 77 sur 112 · DIATRIBES CONTRE LES FEMMES · texte numérisé non relu

DIATRIBES CONTRE LES FEMMES

elles séparent avec une pincette leurs cils trop rapprochés et leur donnent une courbure gracieuse et de la finesse ; elles remplacent par des dents d'ivoire celles qui sont tombées, arrachent du visage avec du nitre le poil que le rasoir n'aurait pu ôter !... Que sera-ce si je dis de combien de façons elles agencent leurs blondes tresses, de quelles fleurs elles les ornent, de quels chapeaux de roses et d' œillets, de quels escoffions garnis d'or et de pierreries, elles les embellissent !... Si je déchiffre par le menu les façons des vêtements et leur somptuosité ? Celle-ci s'habillera à la Savoisienne, celle-là à la Suisse, l'une à la Candiote, l'autre à l'Espagnole, à l'Egyptienne ou à la Grecque, jusqu'à l'Arabienne, et ne se contente pas l'Italienne de la façon d'habits de son pays ni la Française de sa mode accoutumée.... Quant aux douces et émerveillées paroles qu'elles tiennent en un lieu secret et privé, aux flatteries, aux mignardises, aux larmes dont elles se savent si bien aider et qu'elles ont à commandement, il me semble plus honnête de n'en dire mot que d'en parler1. » Et il conclut : « Il ne faut point nous laisser gagner par leurs pleurs ni par leurs plaintes ; au contraire, nous devons nous donner de garde de leurs cautèles comme d'un danger mortel. Il faut leur montrer comment nous les aimons et non point discuter avec elles sur le partage de notre puissance. »

i. Traduction Witart, Paris, 1578, p. y3.

L'un des derniers épisodes racontés par Boccace eut une singulière fortune : c'est Y Histoire de Filippa de Catane, pauvre lavandière qui, devenue la nourrice d'un enfant du duc de Calabre, fils du roi Charles de Naples, sut se faire bien venir à la cour et finit par y devenir un personnage ; elle épousa un More converti, fort habile lui aussi ; quand il mourut, il avait le titre de grand sénéchal. Elle eut la main dans toutes les intrigues qui signalèrent les débuts du règne dissolu de la reine Jeanne, et on lui imputa le meurtre du roi André de Hongrie. Condamnée à mort quand le parti de ce dernier eut repris le dessus, elle fut traînée dans les rues de la ville et torturée.

Boccace rapporte avec d'autant plus d'intérêt et de détails tous ces événements qu'il en avait été en partie témoin. Or il arriva qu'au début du xvne siècle ce chapitre fut séparé du volume des Infortunes, amplifié et transformé de façon à rendre plus important et plus odieux le rôle joué par Filippa, et il forma un petit livre de 115 pages, lequel eut un succès considérable ; les éditions s'en succédèrent. C'est qu'on avait vu, dans YHistoire des Prospéritez malheureuses d'une femme Cathenoise grande Senechalle de Naples, l'image de la rapide élévation et de la fin misérable de Leonora Galigai, femme de Concini, qui mourut assassiné le 24 avril 1617. L'auteur, le Père Mathieu, a soin de dire, au reste, dans la dédicace au roi : « Le Capitole a vu naître et le Louvre a renouvelé cette

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