CONSEILS AUX PRINCES
histoire, que je présente à Votre Majesté1.... » Le livre se clôt par ces paroles, qui ne sent pas sans éloquence : « Et vous qui tenez les grands empires, ouvrez les yeux et écoutez ; que les infortunes d' autrui vous soient un enseignement. Déposez l'avarice, le luxe, la colère et la vantardise. Vénérez Dieu et aimez-le de tout votre cœur. Suivez la sagesse et recherchez la vertu. Honorez les plus dignes ; conservez à vos amis une foi entière. Écoutez les conseils des sages et montrez-vous bienveillants aux humbles. Soyez humains et équitables.
« Considérez par les infortunes d' autrui combien l'état dans lequel vous êtes est mal assuré et, bannissant loin de vous avarice, outrecuidance, rudesse, vanterie et ambition, apprenez à user modestement des choses qui vous sont échues.... Révérez Dieu de tout votre cœur et aimez-le de toute votre affection; honorez ceux qui le méritent, prenez conseil d'hommes sages, soyez justes et bienveillants à l'égard de vos inférieurs. »
Jamais Boccace n'avait eu occasion de donner si complètement son sentiment sur toute chose, et le livre des Infortunes des Hommes Illustres est une sorte de confession de sa vieillesse, réserve faite de ce qu'il contient de conventionnel et de certaines assertions qu'il croyait de bon ton d'émettre, sans peut-être en
i. Hauvette, Un Chapitre de Boccace {Bulletin italien, 1903, tasc. I).
sentir personnellement toute la vérité. En réalité, il n'avait pas, autant qu'il le voulait donner à croire, renoncé à son passé, à ses études profanes, à son goût pour l'antiquité, à sa passion pour la poésie. Son livre sur la Généalogie des Dieux le montre. C'est le traité que lui avait demandé depuis tant d'années le prince Hugues de Lusignan. et, en conséquence, il lui en fit hommage. Boccace y a réuni tout ce que ses longues lectures avaient pu lui fournir sur les héros et les légendes de la mythologie ; il en portait le manuscrit avec lui dans toutes ses pérégrinations, afin de pouvoir le compléter sans cesse1. Comme il était de l'avis de Pétrarque qu'un poète doit toujours cacher un symbole dans ce qu'il écrit2, il ne manque pas d'expliquer toutes les légendes qu'il rapporte3.
L'enlèvement d'Orithye par Borée est une allégorie qui représente le vent emportant les nuées qui entourent constamment les hauts sommets. La fable de Prométhée est selon lui destinée à montrer comment l'homme rude et ignorant est élevé, par la science et la « spéculation », aux hauteurs divines où luit la lumière éternelle. Les quatre fils du Temps non dévorés par leur père sont
i. Lettre à Pietro de Monteforte, 5 avril 1 373. (Corazzini, p. 349.)
2. « L'office du poète consiste à cacher une vérité sous une fable au moyen de paroles ornées et choisies. »( Vie de Dante.) Voir Voigt, trad. Le Monnier, p. 174.
3. De même dans le Dictionnaire géographique. Le combat d'Hercule et d'Achéloos au sujet de Déjanire, où Hercule triompha après avoir arraché une corne à Achéloos métamorphosé en taureau, signifie que le fleuve Achéloos avait jadis deux branches, dont un certain roi parvint à combler l'une et à rendre l'autre utilisable à l'agriculture.