GÉNÉALOGIE DES DIEUX
Ces deux livres, composés quelque temps après les treize premiers, sont, en effet, un plaidoyer d'une virulence extrême en faveur de la poésie, des poètes 1 et aussi de l'auteur, car Boccace avait été pris vivement à partie de plusieurs côtés à la suite d'une divulgation partielle de son œuvre, et il eut l'adresse de mêler à sa querelle tout le Parnasse 2. Il s'y livre tout entier et y parle sans fard et sans ornements poétiques de ses débuts, de sa vie poétique, de ses amis qu'il se plaît à louanger.
Conformément aux leçons des rhéteurs, le début de son Apologie (XIVe livre) est une invective qui est parfois d'une violence extrême contre les détracteurs de la Généalogie et les contempteurs de la poésie3. D'abord
i. Pétrarque, Dante et Alb. Mussato avaient déjà pris parti dans cette fameuse querelle qui datait des premiers temps de l'Église. De Nolhac, Pétrarque et l'Humanisme, II, i3o. — Mich. Minoia, Délia Vita e délie Opère di Albertino Mussato, Rome, 1884, p. i83. — De Hortis, Studj sulle Opère latine del Boccaccio, p. i83.
2. Lettre à Pietro de Monteforte. (Corazzini. p. 349.) La Généalogie était terminée vers i366, car, au livre XV, en se défendant des accusations portées contre lui, Boccace prend à témoin Bechino et Paolo il Geometra, « qui sont encore vivants » dit-il; or on n'a aucune information sur Bechino après i36i, et Paolo fit son testament en i366; même il se peut que cette date soit fausse et qu'il soit mort en i35g. Il semble ressortir d'une comparaison entre le livre VI et certains des écrits de Pétrarque que cette partie de la Généalogie ne put être composée avant i366. (O. Zenati, Dante e Firen^e, p. 334.) A son habitude, Boccace avait abandonné et recommencé son œuvre à plusieurs reprises, ainsi qu'il le dit au livre XV, chapitre ziii. Bechino Bellincione d'abord, puis Paolo il Geometra réveillèrent sa paresse, comme Pétrarque l'avait dû faire lorsqu'il composait le traité des Infortunes des Hommes Illustres.
3. « Voici les intitulés des chapitres de ce livre (XIV) : Adresse de l'auteur au roi. — Quelques paroles contre les ignorants. — Contre ceux qui n'étant pas sages désirent le paraître. — Quelques paroles contre les jurisconsultes en même
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il attaque les ignorants, qui lui reprochaient, en riant, tout le temps qu'il avait perdu et tout le papier qu'il avait noirci, trouvant qu'il aurait bien mieux fait de passer sa vie à manger, à dormir et à aimer qu'à écrire des niaiseries. Mais c'étaient des adversaires de trop peu de valeur pour s'attarder contre eux. Boccace entreprend plus longuement ceux qui affectent une science qu'ils ne possèdent pas, ceux qui, « ayant vu la porte de l'école et aperçu un philosophe, veulent se faire passer pour philosophes » ; ils ont soin de ne parler jamais que superficiellement, afin de ne pas montrer le peu de solidité de leur savoir. Boccace a vu ces ennemis de la poésie à son seul nom s'enflammer de colère et lancer des flammes de leurs yeux. « Conjurés comme s'il s'agisssait d'un adversaire terrible, tantôt dans les écoles, tantôt sur les places, tantôt dans leurs chaires,
temps que quelques mots à la louange de la pauvreté. — Quels sont les adversaires des poètes et ce qu'ils allèguent contre eux. — La poésie est utile. — Ce qu'est la poésie, d'où elle tire son nom et quel en est le but. — En quelle partie du monde resplendit d'abord la poésie. — Qu'avoir composé des fables est une chose plutôt utile que condamnable. — Que c'est une folie de croire que les poètes, sous le couvert des fables, n'ont rien mis. — Que les poètes ont habité les solitudes afin de pouvoir se livrer à la méditation. — Que l'obscurité des poètes ne doit pas leur être reprochée. — Que les poètes ne sont pas des imposteurs. — Qu'on accuse témérairement ce qu'on n'entend pas bien. — Que c'est une chose très honteuse de porter un jugement sur les choses qu'on ne connaît pas. — Que les poètes conduisent vers le bien ceux qui les lisent. — Que les poètes ne sont point du tout des singes des philosophes. — Que ce n'est pas une mauvaise action ni un péché mortel de lire les livres des poètes. — Que tous les poètes ne doivent pas, comme le demande Platon, être chassés de la cité. — Que les Muses ne doivent pas être outragées par la faute de quelques esprits lascifs. — L'auteur au roi. — Prière de l'auteur aux ennemis du nom de poète pour les ramener à une meilleure opinion.