ÉLOIGNEMENT DES AFFAIRES PUBLIQUES
tour banquiers et capitaines, commerçants et ambassadeurs, artisans et magistrats, payaient sans cesse de leur personne. Son aversion pour les affaires publiques, sa modestie et son goût de la retraite lui furent bientôt imputés à crime. Il dut se défendre. « Les poètes, dit-il dans les Infortunes des Hommes Illustres, affectionnent la tranquillité, les retraites sauvages, les ombrages des forêts, les ruisseaux murmurants, les claires fontaines ; ils les recherchent non pour s'emplir le ventre plus à leur aise, comme on le prétend, et vivre en lubricité, mais parce qu'ils ne peuvent parvenir à la connaissance des mouvements des cieux, de la puissance des astres et autres choses très belles s'ils se trouvent plongés dans le tumulte des villes, où l'on a la tête rompue1. » Qu'il ait constamment blâmé chez les autres l'oisiveté2, il le reconnaît, mais il a, d'autre part, toujours loué l'éloignement des affaires chez les poètes, « car la poésie, dit-il, est une chose élevée, belle en elle-même et magnifique par ses ornements ». Et, en venant à son cas, il ajoute : « On a
i. De même dans la Généalogie, XIV, 1 1 : « Dans la campagne sont les arbres qui s'élèvent droits et donnent une agréable fraîcheur ; là les champs se colorent de rieurs diverses; les ruisseaux descendent avec un doux murmure des monts prochains; les oiseaux aux plumages variés remplissent l'air de leurs chants; tout est plein de silence et de repos, et le charme qu'on en ressent oblige l'âme à se replier sur elle-même et lui rend des forces. »
2. Par exemple, dans les Infortunes des Hommes Illustres lliv. III). Défense d'Alcibiade : « Tout homme, s'il n'est de cœur lâche et sans entendement, choisira d'endurer la tourmente continuelle de la mer toujours émue que de s'apparesser en quelque lieu... et s'il ne peut autrement encore aimera-t-il mieux heurter sans cesse contre les rochers et écueils que de dormir quasi toujours le nez en la plume comm» Sardanapale. » (Traduction Wittard, p. 211.)
donné à entendre que je tenais à être rangé parmi les poètes afin de profiter de leur tranquillité. Je ne suis point si deshonté que je veuille être réputé ce que je ne suis pas. Je désire d'être poète et y tâche de mon mieux, mais que je sois parvenu à mon but ou non, Dieu seul le sait. » Et il conclut par cette invective : « Que les chiens aboient tant qu'ils voudront, la lune brillante ne laissera de continuer son cours accoutumé dans les claires régions du ciel. »
Plus sa réputation s'établissait, plus acérés étaient les traits qu'on lui décochait. « D'aucuns m'ont accusé d'être trop concis, écrit-il, parce que j'ai souvent parlé plus brièvement que longuement, mais je ne doute pas que d'autres m'accusent d'être verbeux. » (Généalogie, XV, 12.)