‹ BoccaceChapitre 96 sur 112 · RAILLERIES CONTRE LES MOINES · texte numérisé non relu

RAILLERIES CONTRE LES MOINES

Dans la deuxième nouvelle, « le Juif à Rome », il écrit : « Il trouva (à Rome) que du plus grand au plus petit, sans aucun frein ni remords de conscience ou de honte, tous les prélats péchaient déshonnêtement en luxure... et, outre tout ceci, il les connut apertement gourmands et ivrognes, et plus serviteurs de la panse que d'autres choses. Et encore, regardant plus avant, il les vit tous si avares et convoi t eux d'argent qu'ils vendaient et achetaient, à purs deniers comptants, non seulement le sang humain et pareillement les choses divines,... et de ce ils en faisaient grande marchandise et il y en avait plus de courtiers qu'il n'y a en Paris de drap ou d'autre chose.... »

La quatrième nouvelle, « le Péché partagé », est l'histoire d'un moine qui, suspecté par son abbé de ne point respecter le vœu d'abstinence, le mène à commettre la même faute afin qu'il ne puisse plus la lui reprocher. La sixième, « Cent pour un », est dirigée contre l'hypocrisie des moines. Au commencement de la troisième nouvelle de la troisième journée, Boccace dit, parlant des religieux, que, «croyant valoir et savoir en toutes choses plus que nuls autres, ils sont néanmoins de beaucoup moindre valeur comme gens qui par vilité (manque) de courage n'ont invention aucune de s'avancer et cherchent leur refuge en lieu où ils puissent avoir à manger comme les pourceaux », et il raconte l'histoire du Confesseur moqué. fLa septième nouvelle est celle qui contient la diatribe la plus violente contre les « gens de

religion ». « Ils furent, au temps passé, écrit-il, de très saintes personnes et savantes; mais ceux qui se nomment aujourd'hui religieux et veulent être réputés tels n'ont autre chose du religieux sinon l'habit,... et tout ainsi que le pêcheur tâche avec son filet de prendre plusieurs poissons à la fois, aussi se parforcent avec leurs habits plantureux d'envelopper sous iceux plusieurs bigotes, veuves et autres sottes femmes.... Là où ceux du temps passé désiraient le salut des hommes, ceux d'aujourd'hui désirent les femmes et les richesses et ont mis et mettent toute leur entente à épouvanter avec leurs crieries et par exemples de peintures l'entendement des sots. » (Boccace en pariait d'autant plus sciemment qu'il avait été du nombre.) Et il dit encore, devançant les novateurs du xvie siècle, qu'ils veulent en vain donner à croire que les péchés « se purgent avec aumônes et messes ». Mais il a soin d'ajouter : « Bien est vrai que les aumônes et les oraisons purgent les péchés ; mais, si ceux qui les font voyaient à qui ils les font, ils les garderaient plutôt pour eux. » La huitième nouvelle est une âpre satire des mœurs du clergé.

Le conte intitulé «l'Ange Gabriel » (deuxième nouvelle de la quatrième journée) est également destiné à tourner en ridicule les moines, dont l'un se voit exposé comme étant un homme sauvage sur la place Saint-Marc. La dixième nouvelle de la sixième journée, «le Frère Oignon », met en scène un moine trop rusé que son.

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