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ATTAQUES CONTRE LE CLERGÉ

Mais il ne faut pas oublier que ceux-là mêmes qui , tiennent, dans le Décamêron,f de si durs propos contre les moines et le clergé se piquent de respecter bien exactement les prescriptions de l'Église, s'arrêtent de conter leurs histoires le vendredi et le samedi pour s'adonner entièrement à de pieuses pensées.

Le reproche d'avarice ou tout au moins d'attachement immodéré aux richesses qui se trouve plus d'une fois dans le Décaméron est formulé avec plus de violence encore dans les autres œuvres de Boccace, comme dans celles de Dante et de Pétrarque ; c'était un thème fécond. « La richesse crée l'avarice, dit Boccace dans YAmorosa Visione, et les plus avaricieux, les plus enfoncés dans ce vice sont les prélats qui, sans égard pour Dieu et pour le peuple qui est sous leur garde, ne songent qu'à entasser ». Il reprend à la suite de Dante le même thème dans le Commentaire du chant vu de la Divine Comédie : « Et si quelques-uns sont pécheurs dans ce vice, ce sont les prélats, qui, sans égard pour Dieu et pour les peuples qui leur sont commis, accordent ou plutôt jettent les évêchés, les archevêchés, les abbayes et les prélatures à des incapables, à des ivrognes, à des prodigues, à des hommes perdus. »Dans sa correspondance, il s'irrite contre «ces Pharisiens qui tiennent Rome, jadis maîtresse du monde, endormie sous leur triste joug » et qui, gorgés de richesses, appliquent si mal le précepte de leur maître : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » (Lettres à Pizzinghe et à Mainardo de' Cavalcanti.)

Ce n'était là que vétilles. On adressait à Boccace des reproches plus graves. Sa lettre au roi de Chypre, contient un passage où il est dit : « Les gentils sont plus avisés que les catholiques ; ils possèdent la sagesse humaine, dont sont privés leurs calomniateurs. » Dans ses ouvrages, surtout dans la Généalogie des Dieux, il avait très peu parlé de Dieu et beaucoup des dieux. « On m'accuse de manquer de foi, dit-il, non pour avoir mal parlé de Dieu, mais pour n'en avoir pas parlé1. »

Il n'était pas sans danger pour Boccace de laisser accréditer de pareilles accusations. Cecco d'Ascoli avait été brûlé peu d'années auparavant, en 1327, sur d'aussi futiles preuves2. Aussi a-t-il soin de multiplier les protestations de sa foi et de sa soumission à l'Eglise. Dans ce même Traité de la Généalogie des Dieux, il prend la précaution d'introduire un Credo : « Au sortir du sein de ma mère, dit-il, j'ai été porté et lavé à la fontaine de notre régénération, et ce qu'ont promis pour moi ceux qui m'y ont présenté comme catéchumène, je l'ai tenu jusqu'au présent jour autant que le permet la fragilité humaine. J'ai toujours eu pour très certain ce que l'on chante dans l'assemblée des hommes justes, à savoir que Dieu est un en trois personnes et qu'il est le véritable, éternel et immédiat créateur de toutes choses et leur maître, conservateur et

1. Liv. XV, ch. ix. Il se défend aussi de cette accusation dans sa lettre à Pietrode Monteforte, 5 avril ilj'i. (Corazzini, p. 337.)

2. Cecco ou Francesco était l'auteur d'un poème encyclopédique, YAcerba, dans lequel on avait relevé des hérésies. Il fut condamné et brûlé à Florence.

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