Pétrarque, Epist. Sen.. t. II, p. 543 (éd. Fracassetti
dont Boccace dit qu'il la tenait de Coppo di Borghese Domenichi, mais qui a un caractère beaucoup plus « courtois » que populaire. Attribuera-t-on à des traditions locales la touchante aventure d'Andreuola et celle de Simona (IV, 6 et 7), ou encore la vengeance qu'un ancien étudiant de Paris tire d'une Florentine qui s'est jouée de lui (VIII, 7), l'épreuve répugnante qu'une autre impose à ses soupirants pour se débarrasser d'eux (IX, 1), le retour de Tedaldo déguisé, et la façon dont il triomphe des scrupules de sa bien-aimée (III, 7)? Même incertitude pour plusieurs nouvelles très romanesques, pleines d'événements tragiques ou surprenants1. En présence de cet inconnu, il faut user de prudence avant de contester formellement à Boccace toute part d'invention clans ses contes, c'est-à-dire de le croire incapable du médiocre effort qu'exigeait la combinaison d'éléments dont aucun, considéré en soi, n'est particulièrement rare. Les « chercheurs de sources » en arrivent, assurément sans bien s'en rendre compte, à limiter d'une façon presque injurieuse pour le conteur la liberté et la vivacité de son esprit. L'un d'eux, par exemple, remarque que Boccace n'a pas dû emprunter l'anecdote du Juif Abraham (I, 2) au récit d'Etienne de Bourbon, parce que cet auteur ne fait aucune allusion au voyage du Juif à Rome : cette addition, dit-il, jointe à d'autres modifications, et en particulier à l'accent plus mordant de la satire, supposerait une indépendance qu'il est excessif de prêter au conteur2. — Pauvre Boccace! On a vu 3 qu'il n'a probablement pas eu à inventer le voyage
1. Voici les principales : II, 3; IV, 3 et 5; V, 2, 3, 5 et 7 ; X, 3.
2. Giornale storico, t. 49, p. 299. Comp. ibid., p. 231 : « La sua originalilà inventiva è scarsa.... »