HAUVETTE
Boccace. *■ '
la mort, il faut qu'elle ait de la méchanceté dans le cœur! » Les deux amants se réconcilient; le mari est délivré; tout le monde va vivre dans la paix et la joie1. — A Prato, jadis, existait une loi inhumaine qui condamnait à mort la femme adultère. Madonna Filippa, surprise par son époux dans les bras d'un galant, fut déférée au juge : elle n'avait qu'une chance de salut, c'était de nier, et tous les siens l'adjuraient de le faire. Mais Filippa, femme résolue et courageuse, « comme le sont généralement toutes celles qui aiment vraiment », reconnut les faits et déclara qu'elle avait voué à Lazzarino « un bon et parfait amour ». Puis elle demanda au juge si son époux se plaignait d'avoir été frustre par elle de ce qu'elle lui devait; le mari, équitable, répond qu'à cet égard il ne formule aucun grief contre sa femme. « Quel tort lui ai-je donc fait? reprend Filippa. Après l'avoir rassasié, ne pouvais-je disposcr jçlu. surplus de mon amour? Fallait-il le jeter aux chiens? Ne valait-il pas mieux l'accorder à ce jeune chevalier qui m'aime plus que sa vie? » La logique de Filippa parut tellement J irrésistible que la loi fut modifiée séance tenante, et la dame rentra chez elle « couverte de gloire2 ».
Chacun sent ce qui se cache de malice et d'ironie dans cette exaltation des droits de l'amour. Le plaidoyer de Filippa est surtout une boutade, qui tourne à la confusion du mari; et en lisant la harangue passionnée de Tedaldo, on ne peut oublier que, sous la défroque du pèlerin, c'est l'amant lui-même qui parle, et son désintéressement paraît douteux. Boccace n'est pas un doctrinaire : un sourire erre toujours sur ses lèvres malicieuses; il est impossible de le prendre tout à fait au