‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 105 sur 199 · Giorn. III, nov · texte numérisé non relu

Giorn. III, nov

2. Gtorn. VI, nov. 7 : « Alla sua casa se ne lornù gloriosa. »

sérieux. Ne nous donnons dont pas le ridicule de voir en lui un révolutionnaire, un apôtre de l'union libre. Cependant sa plaisanterie ramène obstinément certains thèmes, celui-ci en- particulier, crue résister à l'amour est un crime digne des plus durs châtiments. Heureux Federigo degli Alberighi, qui, à force de courtoisie et de générosité, a réussi à lléchir la hautaine Madonna Giovanna ! (V. 9) Xaslagio degli Onesti, cet autre chevalier accompli, ne serait pas venu à bout de toucher le cœur de sa belle, si les puissances de l'enfer ne s'étaient obligeamment mobilisées pour prouver à la fille de messer Paolo Traversait qu'une femme se damne à désespérer un amant digne d'elle; et il parait que les dames de Ravenne, présentes à la scène, suivirent cet enseignement à la lettre (V. 8). — -"

/ D'autres amants se vengent eux-mêmes, et avec une sévérité qui ne doit guère moins effrayer les rebelles; la Florentine Klena. qui, restée veuve en pleine jeunesse, s'était choisi un amant à son goût, en fit la dure expérience. Elle eut le malheur d'être remarquée par un de ses compatriotes. Kinieri.yqui venait de passer à Paris de longues années à étudier — en véritable philosophe, affirme Boccace l, mais on doit supposer qu'il avait fréquenté d'autres écoles que celles de l'Université ^en sorte qu'il se crut irrésistible. Elena, le jugeant ( faj, et soi, lui accorda un rendez-vous, mais le laissa enfermependant toute une nuit d'hiver, dans une étroite cour, sous la neige, tandis qu'elle-même se donnait du bon temps avec son ami, et envoyait sa servante, ou venait elle-même prodiguer, par le trou de la serrure, à

1. « Avendo lungamente studiato a Parigi, non per vender poi la sua scienza a minuto, corne molti fanno, ma per saper la ragione délie cose e la cagjon d'esse, il che ottimamente sta a gentiluomo. » (VIII, 7).

l'amoureux transi d'ironiques encouragements. Atteint de bronchite, perclus de douleurs, Rinieri dissimula sa colère et prépara secrètement sa vengeance, dont Elena, trop confiante, lui fournit l'occasion dès l'été suivant : son amant l'avait quittée, et elle se consumait dans les larmes. Alors l'ancien étudiant parisien lui fit croire qu'il possédait un merveilleux secret pour rappeler les cœurs infidèles : parmi les rites imposés pour l'aire opérer cet infaillible sortilège, figurait notamment un bain, sept lois renouvelé pendant la nuit, dans une eau courante, après quoi la dame devait se placer toute nue au sommet d'une maison inhabitée ou de quelque tour isolée, pour réciter sept fois une formule magique. L'eau courante et la tour lurent trouvées, en un lieu absolument désert, et Elena s'y rendit seule, mais épiée par Rinieri, qui s'empressa de retirer l'échelle intérieure de la tour, aussitôt qu'il vit la belle installée sur la plateforme. C'était l'époque de la canicule — la canicule florentine ; — et la malheureuse, après s'être morfondue toute la nuit, dut subir pendant un jour entier la brûlure du soleil de juillet, agrémentée des morsures des mouches et des taons, sans un pouce d'ombre, sans une gorgée d'eau pour humecter ses lèvres, sans un voile pour se garantir d'un rayonnement implacable, aussi bien que pour amortir la fournaise des dalles sur lesquelles elle se traînait misérablement : son beau corps dont la blancheur éclatante « avait illuminé les ténèbres de la nuit », n'était plus qu'une masse rougeâtre, couverte de plaies saignantes, secouée par la fièvre; et ce fut miracle qu'elle ne mourût pas de cette insolation prolongée! ; /^~~ y En généralités femmes du Décaméron n'ont pas - hftsoin rig^ces__terrîbles avertissements pour se rendre

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à l'appel de l'amour : le plus souvent, elles y répondent avec allégresse; elles se livrent sans réserve à ce maître absolu, et la mort leur paraîtdouee si l'objet de leur " — passion vient à leur. èlr^^armchéT^Ce sont les granÏÏêV^ amoureuses, les amantes tragiques, dont Boccace a tracé la Hère ou touchante silhouette, avec une éloquence et une gravité que^troj) peu de lecteurs songent à chercher dans le Dècamèj^jx^Kxx premier rang de ces héroïnes se dressql'altière Ghi s inonda^ fille tendrement aimée ^3rlfè de Tancrède' prince de Salerne, mais à laquelle cette affection paternelle ne peut suffire : veuve après quelques mois de mariage, et voyant que son père, qui une première fois s'était séparé d'elle à contre-cœur, n'a aucune intention de lui donner un nouvel époux, elle décide de prendre « un valeureux amant » ; et son choix se fixe, après mure reïïexion, sur Guiscardo, un des moindres chevaliers de la cour de son père par la naissance, mais dont le caractère et la discrétion lui offrent toute sécurité. Grâce à une disposition fort compliquée et romantique des appartements de Ghismonda, qui communiquent avec une caverne à peu près inaccessible, les visites de Guiscardo s'organisent dans le plus grand secret. Mais la J fatalité ( veut qu'un jour Tancrède surprenne les deux amants, sans l'avoir cherché et sans être vu d'eux ; il en conçoit plus de douleur encore que de colère : d'une voix entrecoupée de sanglots, il reproche à sa fille son inconduite, insistant d'une façon particulière sur la basse extraction de Guiscardo; et il s'attire la plus étonnante réplique que jamais fille ait adressée à son père : « Oui, elle aime Guiscardo, elle l'aimera jusqu'à la mort et au delà delà mort, et cet amour ne résulte pas, chez elle, d'une faLblesse, d'une surprise des sens : c'est l'effet d'une

volonté réfléchie, consciente, conforme a la raison. Pourquoi Tancrède n'a-t-il pas donné lui-même un mari a sa fille? Pensait-il qu'elle fût affranchie de la passion la plus naturelle? Oubliait-il que, dans sa jeunesse, il avait senti, tout comme un autre, les aiguillons de la chair? Elle a donc simplement pourvu à ses besoins, et avec la discrétion qu'exigeait le souci de sa réputation. Lui reproche-t-on la médiocre naissance

N/'de Guiscardo? Mais la noblesse du sang -n'est rien, et Guiscardo est mieux que noble : il est vertueux. Quant à sa pauvreté, elle ne peut faire de honte qu'à Tancrède. qui n'a pas su distinguer le mérite et honorer la yertii^)), et en conclusion, elle invite son père a aller pleurer au milieu des femmes. Bien que le prince connût le grand cœur de sa fille, il espérait encore la dompter : Guiscardo avait été arrêté et mis à mort; son cœur, déposé dans une coupe d'or, fut alors envoyé à Ghismonda, que cette vue ne surprit point : après l'avoir arrosé de ses larmes, elle versa sur ce cœur adoré un poison qu'elle avait préparé elle-même, et absorba d'un trait tout le liquide; puis, s'étendant sur son lit, en serrant contre sa poitrine le cœur de Guiscardo, elle attendit la mort sans faiblesse (IV. 1).

j Ghismonda a des sœurs. Telle est la dame de Roussillon, à laquelle son époux a fait manger, sous forme de ragoût savamment préparé, le cœur de son amant, et qui à l'instant même se laisse choir à la renverse, du haut d'une fenêtre de son donjon, en protestant que jamais plus aucune nourriture n'entrera dans sa bouche, après un aliment aussi exquis (IV, 4); telle encore

v/Lisabetta, dont les frères ont tué l'amant, mais qui a pieusement recueilli cette tête bien-aimée, et, pour la garder près d'elle, l'a enfouie dans un grand vase qu'elle

a rempli de terre, et où pousse une belle plante de basilic : chaque jour elle l'arrose de ses larmes, et le basilic s'épanouit vigoureux, en répandant un parfum pénétrant, tandis que Lisabetta s'étiole et dépérit. A la fin, ses frères, voulant savoir ce que renferme ce vase tendrement aimé, le lui enlèvent; et elle meurt inconsolée ((IV, 5).) Il n'est pas jusqu'à l'humble fille du \S peuple^flortmtin, la petite fileuse (Simona, qui n'ait le w^^ cœur assez grand pour y accueillir un véritable amour; <J-rJ

et lorsqu'un jour, en pleine joie, son ami tombe foudroyé dans ses bras, et qu'il lui faut, devant le juge, expliquer ce mystère, elle répète avec un courage ingénu le geste qu'elle avait vu faire à Pasquino, porte à ses lèvres une pousse de la même sauge empoisonnée, et succombe à son tour, « 0 âmes bienheureuses, s'écrie Boccace : en un même jour vous avez connu les joies suprêmes de 1 amour et vous avez fermé ensemble vos yeux à la lumière1! » — Parfois ce besoin d'union dans la mort se manifeste avec la soudaineté de la foudre, et n'en est que plus saisissant : la(oalvestra, Ç honorablement mariée, n'a que de L'indifférence pour £S

Girolamo, son petit ami d'enfance, qui, au contraire, lui a voué un amour éternel. Tout ce qu'il obtient d'elle est de mourir à ses côtés, sans lui dire un mot, par un effort de sa volonté, concentrée dans la contemplation désespérée de son malheur. Salveslra est enfin touchée; mais c'est seulement en se rendant à l'église, où a été déposé le corps de Girolamo, que le miracle s'opère : son affection d'enfant se réveille soudain, s'empare de tout son être, et elle expire sur le corps du fidèle amant que sa froideur a tué2. Parfois d'heureuses circonstances

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