Voir ci-dessus, p
2. Bien que la date de cette canzone ait été reculée jusqu'à 1359-1360 par quelques critiques fort avertis (en particulier Enrico Proto, dans le Giornalc Dantesco, 1906), je persiste à croire que la première esquisse remonte à 1344-45; mais il va sans dire que Pétrarque a dû la remettre plus d'une fois sur le métier, comme les autres.
3. Je cite ici, et dans tout ce qui suit, la lettre « Ut huic epistolœ » de Boccace (Corazzini, p. 47 et suiv.).
4. Cet ami est désigné sous le nom de Simonide; Pétrarque appela ainsi F. Nelli, mais seulement plus tard; je ne suivrai donc pas ici H. Cochin, qui croit pouvoir reconnaître Nelli dans l'ami rencontré à Ravenne, ce qui le met dans un certain embarras pour expliquer la correspondance de Nelli avec Pétrarque à ce moment (H. Cochin, op. cit., p. 22, 58, et surtout 105 et suiv.).
Pétrarque qu'affligea l'étrange conduite de leur idole *, aucun n'usa d'une aussi rude franchise que l'auteur du Décaméron. Après s'être excusé de son audace, et s'autorisant des conseils mêmes de son ami, qui avait toujours réclamé la plus grande sincérité de la part de ses intimes, Boccace rappelle les jugements très rigoureux qu'il avait naguère entendu formuler à Pétrarque sur la politique de Giovanni Visconti; puis il y oppose brutalement la condescendance inexplicable de ce même Pétrarque, jadis apôtre de l'indépendance, de la pauvreté, de la vertu, devenu volontairement le serviteur et le courtisan de ce tyran méprisable. Les expressions sont extrêmement dures : le mot de « crime » revient à plusieurs reprises sous la plume du conteur2, et les mobiles qu'il suppose à ce forfait sont tout aussi offensants : Pétrarque a sans doute voulu user de représailles à l'égard des Florentins, qui ont commis la faute de rapporter les mesures prises deux ans plus tôt en sa faveur; mais il se peut aussi qu'il ait cédé à l'appât du bien-être et du luxe. Ce reproche, qui fait monter la rougeur au front de Boccace, a beau s'envelopper d'une citation de Virgile, il n'en est pas moins sanglant3.
Il est d'ailleurs injuste. Pétrarque avait surtout péché par vanité, et son inconséquence tenait à ce que ses professions de foi de désintéressement et sa prétendue horreur des cours contenaient une certaine part de rhétorique, dont ses amis avaient été dupes. Les Visconti l'avaient fort habilement pris par son faible : ils le priaient de daigner jouer a Milan un rôle qui serait
1. Ep. Fam., XVI, 11, 12, 13 et XVII, 10 (et les notes de Fracassetti).