‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 118 sur 199 · Id., p · texte numérisé non relu

Id., p

4. Comme « offitialis defectuum slipendiariorum » il toucha sept livres dix sols pour ses quatre mois de fonctions [ibid., p. 359). Pour les ambassades, tant à Avignon qu'à Certaldo, Boccace reçut 4 livres 10 sols par jour avec trois chevaux, Bernardo Cambi se contenta de 20 sols et d'un cheval (Crescini, p. 259, et Gerôla, p. 358;.

5. M. Vattasso [Del Petrarca e d'alcuni suoi amici, 1904) a publié une lettre de Boccace à Barbato da Sulmona (p. 27-28), d'où il résulte que le conteur avait reçu de Pétrarque, à Ravenne, Ylnvectiva contra medicos, composée en 1355, avant de lui avoir arraché une copie du Bucolicum Carmen, qu'il n'obtint « presque de force » qu'à Milan, en 1359.

Les préoccupations morales qui paraissent avoir aussi, à cette époque, assombri la sérénité du conteur, et dont il faut peut-être voir un écho clans la lettre de Pétrarque, sont exposées dans un document beaucoup plus explicite, dans l'invective virulente qu'il lança contre une femme — ou plutôt contre les femmes -r- sous le titre de Corbaccio.

C'est un curieux épisode de la vie sentimentale de Boccace que révèle ce petit livre, violent, excessif, nouvel et éclatant exemple de la facilité avec laquelle le conteur perdait tout sang-froid lorsqu'un incident désagréable le tirait de sa quiétude. Il est juste de dire que, cette fois, la colère de Boccace s'explique assez par le fait qu'au fond il se sentait en faute, sans en vouloir convenir, et que peut-être il n'eut pas les rieurs de son côté; mais dans son effort pour détourner l'hilarité à son profit, en caricaturant ses railleurs, il dépassa toute mesure. Voici comment les choses semblent s'être passées, en tenant compte des exagérations évidentes de la version qu'en a donnée le principal intéressé.

L'attention du conteur avait été attirée par une veuve, . encore assez jeune sans doute et d'une réelle beauté, bien qu'ensuite il se soit appliqué, par esprit de vengeance, à la représenter comme une hideuse vieille * ; le

l. Son mari ne devait pas être mort depuis très longtemps, et elle avait de lui des enfants encore jeunes (piccoletti; p. 251 de l'éd. Moulier). Sur la beauté de la dame, voir p. 177 : « Io non mentirô ; corne io vidi la sua g ta tara, e poi appresso alquanto al suo andare riguardai, e un poco gli atti esteriori ebbi consideroti.... subito mi sentii... corrermi al cuore un fuoeo.., » et p. 248 : « Tu hai amata costei, perche bella ti pareva... ».

galant Boccace crut pouvoir se promettre de faire aisément cette séduisante conquête, et ouvrit les hostilités en écrivant à la dame un billet pour lui déclarer sa flamme. L'accueil que provoqua sa démarche fut bien différent de ce qu'il avait osé espérer : on se moqua de lui, et peut-être ne s'en aperçut-il pas tout de suite; la commère fut bavarde et fit de son adorateur la fable du voisinage ; l'infortuné Boccace se figurait qu'on le montrait au doigt dans la rue ; il croyait entendre des rires étouffés sur son passage L Son exaspération fut à son comble lorsqu'il comprit que la dédaigneuse veuve le tournait en ridicule, notamment à cause de sa roture, tandis quelle était très vaine de sa naissance 2, à cause de son âge, qui n'était plus fait pour plaire, et de sa sottise bien surprenante chez ce dévot serviteur des muses.

Il serait difficile de dire lequel de ces reproches fut le plus sensible à l'imprudent amoureux. Evidemment il vieillissait : on était à la fin de 1354; il avait donc quarante et un ans 3. Ses cheveux grisonnaient; ses

1. « Due cose eran quelle che quasi ad estrema disperazion m'avean condotto : l'una fu il ravvedermi che, dove io alcun sentimento credeva avère, quasi una bestia senza intelletto m'avvidi ch' io era...; l'altra fu il modo tenuto da lei in far palese ad altrui che io di lei fossi innamorato... » (p. 180); et plus loin : « Secondo che i miei medesimi occhi mi hanno fatto vedere, m' ha ella sogghignando a più altre mostrato, corn' io avviso, dicendo : Vedi tu quello scioccone? Egli è il mio vago ; yedi se io mi posso tener beata ! » (p. 181).

2. « Che gentilezza dunque ti puô da lei essere gittata al volto, o rimproverata non gentilezza? In verità, se non che parrebbe che io lusingare ti volessi, assai leggermente e con ragioni vere ti mosterrei te essere molto più gentile che ella non è, quantunque degli scudi de' tuo' passati non si veggano per le chiese appiccati » (p. 245). Sur l'orgueil de la dame quand elle vantait ses ancêtres, voir p. 204.

3. Cette date résulte d'une phrase assez embrouillée (p. 183) mais d'où ressortent deux données très claires : il y avait quarante ans que Boccace était sorti des langes, ce qui fait nécessairement quarante et un ans d'âge, et il y avait vingt-cinq ans qu'avait commencé son expé-

membres alourdis par un embonpoint précoce n'avaient plus leur élégance et leur souplesse d'antan : il lui était dur de se l'entendre signifier par une femme auprès de laquelle il croyait avoir plus de prestige. A cela s'ajoutait la conscience très nette que Boccace avait de sa valeur; autant il était modeste, lorsqu'il se comparait à Pétrarque, autant il se sentait supérieur à ces marchands florentins, qu'il méprisa toujours ; s'il était sorti de leurs rangs, il s'était pourtant élevé bien haut audessus d'eux, au point que de très nobles seigneurs avaient recherché son amitié ' ; et maintenant une commère osait se jouer de lui, l'insulter en le renvoyant a ses champs d'oignons de Certaldo! 2 Etait-ce à cela que lui avaient servi tant d'efforts, tant d'amour pour les Muses, et cette intimité, dont il était si fier, avec les plus grands esprits de l'antiquité 3?.

rieoce du monde. Or la première année que Boccace pouvait considérer comme lui ayant révélé le monde et l'amour est 1329, qui suivit immédiatement son arrivée à Naples (voir ci-dessus, p. 27, 34); en ajoutant 25, on obtient 1354; mais d'autre part, au moment où Boccace écrivait le Corbaccio, une nouvelle année allait commencer : « l'anno... è toslo per entrai- nuovo » ; nous sommes donc tout à la fin de 1354, et puisque nous tenons Boccace pour né à la fin de 1313, il avait alors exactement accompli ses quarante et un ans (cf. Bull, italien, I, p. 5 et suiv., et XI, p. 202-203; F. Torraca, Per la biografia di G. li., p. 132 et suiv.).

1. « Sempre l'essere mercatante avesti in odio, di che più volte ti se' e con altrui e teco medesimo gloriato,.... » (p. 184); et plus loin : « Quanti sono i signori, li quali se io per li loro titoli ora li nominassi in tuo danno, te ne vanaglorieresti, dove in tuo pro non te ne se' voluto rammemorare; quanti i nobili e grandi uomini a' quali, volendo, tu saresti carisssimo ! » (p. 242).

2. •• Domine, dàgli il inalanno! Torni a sarchiar le cipolle, e lasci stare le gentildonne! » (p. 236). On sait que les oignons étaient une spécialité de Certaldo, le seul symbole que la vieille commune portât dans ses armes.

3. « Dove io alcun sentimento credeva avère, quasi una bestia senza intelletto m'avvidi ch' io era, e certo questo non è da turbarsene poco, avendo riguardo ch' io la maggior parte délia mia vita abbia spesa in dover qualche cosa sapere, e poi, quando il bisogno viene, trovarmi non saper nulla » (p. 180); et plus loin : « Le tue Muse, tanto da te

Le dépit de Boecace fut très vif, et se manifesta tout d'abord par un immense désir de vengeance, auquel l'amoureux bafoué s'abandonna sans aucune retenue; instruit sans doute par cet écolier parisien du Décaméron (VIII, 7), dont une veuve s'était imprudemment moquée, des cruelles blessures que peut faire une plume acérée, à défaut d'autres représailles *, il rédigea en hâte, sans laisser à sa colère le temps de se refroidir, une satire en prose, ou plutôt une invective, dont l'invention est assez pauvre et certains détails fort déplaisants, mais qui emprunte un intérêt incontestable au savoureux réalisme de la langue et à la piquante observation de nombreuses scènes d'intérieur. Le factum se présente sous le titre, pour nous énigmatique, de Corbaccio — le méchant corbeau, l'oiseau de mauvais augure par excellence. Comme l'intention de l'auteur n'est pas autrement expliquée, et que le mot ne se retrouve pas une seule fois dans le texte même de l'invective, on est amené a supposer que c'était quelque expression familière, évidemment injurieuse, dont les contemporains saisissaient aisément la malice, mais dont ils ont négligé de nous faire connaître le sens exact 2. Les copistes

amate e commendate, eran quivi chiamate pazzie, e ogni tua cosa matta bestialità era tenuta, etc.. » (p. 236).

1. Rinieri dit à sa victime : « E dove tutti (i lacciuoli) mancati mi fossero, non mi fuggiva la penna, con la quale tante e si fatte cose di te scritte avrei, et in si fatta maniera, che avendole tu risapute (che l'avresti), avresti il dl mille volte disiderato di mai non esser nata. Le forze délia penna sono troppo maggiori che coloro non estimano che quelle con conoscimento provate non hanno. » A cause de ce passage, certains critiques (Koerting, p. 244) ont pensé que la rédaction de cette nouvelle VIII, 7, n'avait pas précédé l'aventure de 1354-55. Croit-on vraiment qu'avant cette date Boecace ait ignoré la verlu vindicative de la plume? Et s'il l'avait ignorée, comment y auruit-il recouru?

2. J'ai énuméré jadis les diverses interprétations auxquelles ce mot peut se prêter, dans le Bulletin italien, t. I, p. 3, note; je n'ai à peu près rien à y ajouter. Pour le sens, le mot turc korback (cravache, cour-

d'ailleurs se trouvèrent très vite dans le même embarras que nous, ainsi qu'en témoigne leur préoccupation de donner un sous-titre intelligible à ce mystérieux Corbaccio : « Satire », « Invective contre les femmes », « L'ennemi des femmes », « Remède contre l'amour », « Labyrinthe d'Amour ». Cette dernière formule, empruntée au cadre du récit et vulgarisée par les éditions à partir de la fin du xve siècle, a longtemps passé pour le titre véritable du livre.

Celui-ci débute comme une élégie amoureuse : en proie à un noir chagrin, Boccace gémit dans sa chambre solitaire sur la cruauté de celle qui dédaigne ses soupirs; l'idée du suicide traverse son esprit, mais il la repousse, va chercher quelque distraction dans les doctes entretiens d'amis choisis, rentre chez lui un peu calmé, et s'endort : pendant son sommeil il rêve, et le récit de ce rêve est tout le Corbaccio. Ainsi ce livre vient s'ajouter à l'immense littérature didactique des visions, pour lesquelles Florence avait manifesté un goût particulier depuis la fin du xmc siècle, et dont le poème de Dante est le plus glorieux spécimen. Parler, à propos du Corbaccio, d'imitation de la Divine Comédie n'est pas tout à fait juste 1 ; mais certaines réminiscences de Y Enfer et du Purgatoire sont manifestes, et assurément con-

bache) donnerait la meilleure étymologie, et c'est bien dans cette acception qu'en Espagne, au xve siècle, on désigna sous le nom de Corbacho le livre de l'archiprêtre de Talavera. Mais la présence de cet exotisme à Florence, au milieu du xiv° siècle, est extrêmement improbable, ou du moins Boccace n'aurait pas manqué d'en donner l'explication, comme il l'a fait pour les titres grecs du Filocolo, du Filostrato et même du Dccaméron ; il me paraît donc raisonnable d'en revenir à l'explication la plus simple, à la dérivation de corbo (aussi fréquent que corvo à cette époque), en admettant que le langage familier donnât à ce mot, vers 1355, un sens un peu spécial qui ne nous est pas connu.

1. Attilio Leyi, // Corbaccio e la Divina Commedia, 1889; voir aussi A, Dobelli, 77 çulto del Boccqccio pcr Dante (Giornale I^antc^co^ t. V (1897),

scientes. L'auteur raconte clone qu'il se voit engagé clans un sentier enchanteur où il lui semble voler, tant il a hâte de visiter toute cette région paradisiaque; mais à mesure qu'il avance, le paysage change : aux prairies ombragées et fleuries succèdent des broussailles inextricables, des orties, des rocs sourcilleux. Boccace se trouve bientôt enveloppé d'un épais brouillard ; les cris d'animaux féroces qu'il entend autour de lui augmentent son effroi. Enfin, quand le brouillard se dissipe et laisse voir les hautes montagnes qui enserrent l'étroite vallée, voici qu'un guide, nouveau Virgile, se présente, envoyé par la Providence au secours de Boccace. C'est un Florentin, et le conteur reconnaît aussitôt en lui l'ombre du défunt mari de la veuve qu'il a courtisée ; celui-ci a quitté la place qu'il occupe dans le Purgatoire, où il expie durement — il est vêtu d'un manteau de feu — à la fois sa cupidité et la patience coupable avec laquelle il a supporté, en ce monde, sa -? mégère d'épouse. C'est donc lui qui explique à Boccace que cette sinistre région, appelée par les mortels insensés la Cour de l'Amour, serait plus justement désignée par le nom de « Labyrinthe d'Amour », ou de « Vallée enchantée »; là séjournent « les pourceaux de Vénus 1 », dont les cris harmonieux font retentir tous les échos. C'est à cet Esprit que l'amoureux éconduit raconte l'insuccès de sa poursuite; c'est lui enfin qui va entreprendre de guérir Boccace et de le remettre clans la bonne voie, en lui dévoilant toutes les tares physiques et morales d'une femme qu'il est assez qualifié pour bien connaître.

La situation est franchement comique; mais il ne

1. « Il porcile di Venere » (p. 168); le souvenir du mythe de Circé est évident.

semble pas que Boccace ait cherché à en faire jaillir tout le rire qu'elle comportait ; aussi n'était-il pas d'humeur à plaisanter, avec cette verve aisée, supérieure aux petitesses humaines, qui fait le charme du Décaméron. Cette fois, la dupe c'est lui! Il tonne, il injurie, il est préoccupé surtout d'assouvir sa vengeance, et aussi d'impartir à ses lecteurs un profitable enseignement.

Entre ses mains, l'Esprit du défunt époux est un instrument d'une docilité exemplaire pour vilipender la dédaigneuse veuve : il s'applique avec une conscience digue d'une meilleure cause, et sur un ton doctoral dont le pédantisme est assez inattendu, à la dénigrer, à la démasquer, à la déshonorer, à la déshabiller avec une insistance qui finit par être pénible. C'est le coté déplaisant du Corbaccio; car après tout, cette dame avait pu repousser les avances indiscrètes de Boccace, sans être pour cela le résumé de toutes les hontes et de toutes les souillures. Mais il faut avouer aussi que, si l'on fait abstraction de certaines peintures vraiment désobligeantes, il y a là quelques pages très divertissantes, où se reconnaissent la justesse et la malice de l'observation, jointes à la fermeté du trait, que l'on a coutume d'admirer dans les morceaux les plus savoureux du Décaméron ; peut-être même, ici, l'accent plus familier des scènes assez développées, où l'auteur laisse la parole à la mégère, donne-t-il au réalisme du langage une vivacité particulière. Tel est du moins, pour le lecteur moderne, l'attrait véritable du Corbaccio; il trouve une verve bien amusante dans les reproches dont une femme querelleuse accable son mari, qui n'en peut mais S dans la description des bavardages intarissables

qu'elle est eapable de débiter sans reprendre haleine, mêlant avec une incohérence réjouissante les petits potins de son voisinage avec les intérêts de la politique ou du commerce et les plus hautes spéculations de la philosophie1. Il faut lire l'énumération des victuailles qui composent les menus substantiels grâce auxquels la coquette soigne sa bonne mine2, et surtout la description des opérations, très longues et très compliquées, qui constituent sa toilette, depuis les lavages, les frictions, les teintures et le maquillage, jusqu'à la coiffure et aux soins de l'habillement 3. En dépit de l'exagération bouffonne qui éclate à chaque ligne, ces pages constituent un document de premier ordre pour l'histoire de la mode féminine au xivc siècle ; on sent que Boccace, avant de s'en indigner, avait observé de près ces mille futilités, et s'en était grandement amusé. La description est interrompue par quelques incidents comiques : tantôt c'est le mari distrait, qui donne un baiser à sa femme et risque de s'engluer4; tantôt c'est une mouche taquine, qui se fait un malin plaisir d'explorer en toutes ses parties le visage fraîchement émaillé, et la maison entière est sens dessus dessous pour donner la chasse à l'indiscrète bestiole5. La même vivacité, dans une scène mieux composée, communique l'attrait d'une véritable nouvelle au récit de l'entretien nocturne où la veuve, en compagnie de son amant, lit la missive de Boccace, en fait des gorges chaudes et rédige sa réponse6.

On trouve moins de plaisir aux pages touffues où

l'auteur proclame l'irrémédiable infirmité morale des femmes, en y opposant l'éminente dignité des hommes, « créés presque égaux aux anges1 », particulièrement de ceux que leur intelligence et leur savoir élèvent audessus du vulgaire : à ceux-là convient seule la société des Muses. Mais ces déclarations, pour nous dépourvues d'intérêt, étaient de la plus grande importance aux yeux de Boccace ; car il avait à cœur d'affirmer hautement ce qu'il valait, en face des commérages humiliants auxquels son imprudence l'avait exposé. Dans l'inspiration du Corbaccio, il faut tenir compte sans doute d'un sentiment de dépit très comparable à celui du renard, qui avait convoité des raisins placés hors de son atteinte, mais à condition de n'en pas séparer un juste sentiment de dignité blessée : Boccace avait conscience d'être très au-dessus des sarcasmes dont on l'abreuvait. Il y a certes beaucoup d'orgueil, et de tous les genres, dans ce petit livre : on y discerne par exemple la vanité de l'homme dont le physique séduisant avait pu faire jadis de glorieuses conquêtes 2; mais ce qui domine, c'est l'orgueil du savant, du lettré, de l'humaniste que Boccace avait résolu de devenir à l'exemple du grand Pétrarque3, et c'est à ce sentiment qu'il convient de rattacher le misogynisme violent manifesté dans le Corbaccio par celui qui, si peu d'années auparavant, avait composé le Décaméron pour charmer les loisirs des « amoureuses daines ».

2. P. 243 : « ... ne lia il tuo viso tra gli uomini men di bellezza che abbia il suo tra le femmine... ».

3. Encore doit-on remarquer que sa modestie naturelle est bien reconnaissable dans les restrictions qu'il glisse au milieu de ses revendications (p. 185) : « Gli studi alla sacra filosofia perlinenti, infino dalla tua puerizia, più assai che il tuo padre non avrebbe voluto ti piacquero e massimamente in quella parte che a poesia appartiene, la guale per avventura tuhai con più fervor d'animo che con altezza d ingegno seguita ».

hauvette. — Boccace. ■"

L'auteur a en effet ramassé, dans son invective, toutes les accusations infamantes lancées contre les femmes en général, depuis Jnvénal jusqu'aux moralistes du moyen âge. A ce titre, le Corbaccio occupe une place éminente dans cette littérature hostile aux femmes, que les premiers humanistes ont docilement recueillie, comme un héritage de l'ascétisme médiéval. Mais il est important de bien distinguer, dans ce répertoire déplaisant, deux courants qui, pour s'être parfois croisés, n'en représentent pas moins deux dispositions psychologiques profondément différentes : la tradition purement ascétique dénonçait la femme comme la tentatrice éternelle; dans toute fille d'Eve elle reconnaissait l'auxiliaire le plus détestable de Satan, pour arracher l'homme à la sanctification et au salut; en revanche la. Vierge Marie était exaltée comme l'idéal de perfection vers lequel la femme devait tendre en tout. Mais d'autre part, les escholiers bons vivants, les clerici vaganles, ceux que l'on appela en Italie « i Goliardi », et à leur suite les jongleurs de toutes sortes, impertinents, sceptiques, grossiers, tournaient en dérision la prétendue chasteté des femmes, et ne voyaient en elles que des êtres malfaisants, acharnés à tromper, à ruiner, à désespérer les hommes. Aussi le premier article de leur sagesse était-il qu'il ne faut pas se marier : « Golias igitur uxorem fngiat ! ! » Sur ce thème se développa une

1. Wright, Poems attributed to W. Mapes, p. 77; E. du Méril, Poésies pop. du moyen âge (1847), p. 183 noie. — Il m'est impossible de donner ici une bibliographie même abrégée de cet immense sujet; je me borne à indiquer quelques publications relatives à la satire dos femmes en Italie jusqu'au xive siècle : A. D'Ancona, Una poesia e una prosa di Antonio Pucci (Propugnatore, t. II, parte 2, p. 397 et suiv.) ; F. Novati, Carmina medii sévi (Florence, 1883; cf. Hauréau, Journal des savants, juillet 1884); A. Tobler, Provcrbia qux dicuntur de natura feminarum (Zeitschr. far rom. Philologie, IX, p. 287-331 ; sur cette

longue série de variations, tour a tour crudités et populaires, dont le mérite principal n'est pas la légèreté.

Il va sans dire que l'inspiration misogyne de Boccace procède de Tépicurisme des Goliardi, bien plus que du rigorisme ascétique; mais pour en venir à cette conception de la femme, il n'avait pas attendu sa déconvenue de 1354. Dans un de ces précieux recueils de morceaux de toute provenance que, pour son usage, il copiait de sa propre main, et que tant de raisons très sérieuses permettent de tenir pour antérieur à 1350, on peut voir qu'il avait transcrit un passage du traité de saint Jérôme contre Jovinianus, d'où il ressort qu'il ne faut pas se marier (De non ducenda iixore^), texte capital, classique peut-on dire, dont tous les détracteurs de la vie conjugale ont repris les arguments2; il l'avait fait suivre des Dissuasiojies ad Rufinum ne ducat uxorem, qui circulaient sous le nom d'un évêque Valerius3, et aussi de divers distiques épigrammatiques d'un caractère plus

publication, voir Romania, XV, p. 603, et Giornale slorico délia Ictt. ital.y VII, p. 432 et suiv.). Je signale, à la suite d'un manuscrit florentin du Corbaccio (Laur. XLII, 32, f. 43 et suiv.), la présence d'une série de textes, d'anecdotes, d'exemples, d'autorités contre les femmes, en italien, transcrits là par le même copiste. Gela commence par l'histoire du philsophe Secundus et de sa mère, et continue par des témoignages tirés (ou supposés) de Sénèque, Térence, Lucain, Théophraste, Salomon, ' Aristote, Homère, Démosthène, saint Jean Chrysostome, et les exemples de Tullia, Livia, Ariane, Phèdre, Pasiphaé, Saphira, Didon, Hélène, Myrrha, Circé, en un extraordinaire désordre. — Sur le rôle de la femme dans la légende populaire de Virgile, voir D. Comparetti, Virgilio nel Medio Evo, t. II, chap. vm. — VAccrba de Cecco d'Ascoli, 1. IV, cap. 8, contient les lieux communs et les malédictions d'usage contre les femmes.

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