Paradis, XVII, 127 et suiv
2. A. Levi, // Corbaccio e la Div. Comm., p. 17. — G. Pinelli (Propugn., t. XVI, p. 1G9 et suiv.), croit aussi que Boccace a voulu ainsi déguiser ses desseins de vengeance.
3. Dans un article inséré au l. I, du Bulletin Italien (1901, p. 3), j'ai essayé de faire ressortir l'intérêt psychologique du Corbaccio à cet égard.
sions qui l'animaient réellement : le mélange déconcertant de piété superficielle et de sensualisme grossier qui dépare son livre n'est que l'image fidèle du désordre qui régnait dans sa conscience. Vaguement travaillé par de confuses aspirations religieuses, il restait profondément païen : il aimait la vie1, et rêvait d'une félicité toute épicurienne en compagnie des Muses qui viendraient l'instruire et le charnier, en lui récitant les œuvres d'Homère ou de Virgile, les siennes même peut-être2, dans an décor printanier qui diffère à peine de celui où les interlocuteurs du Décaméron chantent, dansent ou racontent des histoires. Il n'a aucune notion de ce que peut être la charité chrétienne3 ou l'humilité, le péché, la conversion ou le pardon; l'idée qu'il a conçue de la miséricorde divine, sans doute d'après Dante, est qu'il suffit de verser « une petite larme » en prononçant le nom de Marie4; mais il ne fait pas attention que cette larme perle entre ses paupières au moment où, dans un accès de rage, il appelle le courroux céleste sur la veuve dont le principal crime estd'avoir repoussé une démarche peu honnête !
Cependant il aspire à tourner ses pensées vers le ciel; c'est déjà quelque chose. Le fait est important, parce qu'il est nouveau dans la vie morale de Boccace, et l'on doit se souvenir qu'il apparaît au cours delà crise, de peu postérieure à sa quarantième année, dont le document le plus explicite reste le Corbaccio.
1. P. 159 : « Siati cara la vita e quella quanto più puoi t' ingegna di prolungare. »
3. La préoccupation pour le salut de la veuve, exprimée à la fin du livre (p. 249) n'empêche pas qu'ailleurs Boccace ne la damne sans appel (p. 241).
h. Pursat.t V, 100-107.
Étude plus passionnée que jamais, et même exclusive de la poésie antique, à laquelle il associait pourtant le culte de Dante, et aspirations religieuses, ainsi peut se définir l'orientation très nette que prit la pensée de Boccace peu d'années après l'achèvement du Décaméron. Ces préoccupations se reflètent de la façon la plus caractéristique dans les six églogues latines (X à XV) qu'il composa après le groupe des églogues politiques rappelées plus haut1, et qu'il semble raisonnable d'attribuer aux années 1355-1361 environ2. La dixième, Vallis opaca, aussi obscure que l'annonce son titre, à peu près indéchiffrable dans les allusions historiques qu'elle paraît contenir, a ceci de commun avec le Corbaccio qu'un des deux interlocuteurs est l'esprit d'un damné venu de l'Enfer, et qui fait une longue description des châtiments dont il a sa part; cette « vallée d'ombre » a plus d'un rapport avec le « labyrinthe » où s'était égaré Boccace : dans l'une comme dans l'autre notamment, les pécheurs ont revêtu la forme de pourceaux. C'est au total un fort maladroit effort pour représenter l'Enfer à l'aide de réminiscences classiques, auxquelles se joignent quelques souvenirs de Dante3. L'emploi de couleurs païennes est presque plus choquant encore dans l'églogue XI,
1. Voir p. 186 el suiv., pour, les églogues III-VI, et p 320, note, pour les églogues VII-IX.
2. L'hypothèse, d'après laquelle le classement des églogues du Bucolicum Carmen de Boccace répond à l'ordre de leur composition, a été exposée par moi dans le Giornale storico délia leit. ital., t. XXVIII, p. 154 et suiv. ; elle n'a pas été unanimement adoptée. F. Torraca en particulier (Per la biografia di G. B., p. 151 et suiv.), l'a combattue pied à pied. Après avoir pesé toutes ses objections avec le plus grand soin, je dois dire qu'aucune ne me paraît décisive.