‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 123 sur 199 · Gorazzini, p · texte numérisé non relu

Gorazzini, p

3. A. Hortis n'a cru devoir signaler à ce propos que l'ambassade de 1365 à Avignon; pourquoi exclure celle de 1354?

4. Pour fixer la date de cette églogue, autant que celles de la mort et de la naissance de Violante, tout point de repaire fait défaut; c'est un des cas où l'hypothèse est notre seul recours; on a vu plus haut (p. 170) que je m'en tiens, à ce sujet, à la supposition que j'avais formulée jadis et que j'ai reprise dans le Bull, liai., t. XI, p. 185-192. Si Violante est morte en 1348, l'églogue XIV pourrait être de 1358.

5. « Pasce famem fratris, lactis da pocula fessis, Adsis détends et nudos contege, lapsos Erige, dum possis, pateatque forensibus antrum. » Le texte de cette églogue a été réimprimé par 0. Hecker, Boccaccio- Ftuidc, p. £4-92.

PREMIÈRES ŒUVRES ERUDITES 347

en scène, causant avec Pétrarque; il nous a conservé ainsi un écho des entretiens réels, et fort importants, qu'ils eurent ensemble en 1359.

La composition de ces allégories, tantôt doctrinaires et tantôt personnelles, dut occuper une bonne part des studieux loisirs de Boecace. au cours des cinq ou six ans qui suivirent 1355; elle ne suffit pourtant pas à l'absorber tout entier. Son ardeur au travail, son zèle à s'instruire et à communiquer au public lettré les profitables leçons qu'il tirait de ses lectures, lui firent entreprendre, durant cette même période, la première en date de ses compilations en latin, l'une des deux plus vastes qu'il nous ait laissées : c'est le traité historique et moral, divisé en neuf livres, intitulé De casibus virorum illustrium.

Le plan de l'ouvrage et l'idée très simple qui s'en dégage tiennent en peu de mots : Boecace passe en revue tous les personnages illustres de l'histoire, depuis Adam jusqu'à ses contemporains, qui. après avoir connu les faveurs de la Fortune, ont été précipités par la capricieuse déesse dans un abime de misères; et l'on prévoit, sans grand effort, la leçon de sagesse et de modération qui se dégage du spectacle de ces éclatants revers, provoqués par l'orgueil et l'égoïsme aveugle d'ambitieux a (Volés de puissance. L'idée génératrice de tout le livre est déjà clairement énoncée dans le préambule du Corbaccio l ; un même état d'esprit,

1. Boecace raconte comment, ayant écarté l'idée du suicide, il va rejoindre un groupe d'amis avec lesquels il engage de doctes entretiens : « Primieramente cominciammo a ragionare con ordine assai discreto délie volubili operazioni délia fortuna, délia sciocchczza di coloro li quali quella con tutto il desiderio abbracciavano, e délia pazzia d'essi medesimi li quali, corne in cosa stabile, la loro speranza in essa fermavano. » (p. 160, texte corrigé d'après les mss.)

reconnaissable à quelques développements caractéristiques, notamment l'invective contre les femmes1, aprésiclé à la naissance des deux œuvres. Le fait que l'événement le plus moderne, mentionné à la fin du neuvième livre, est la bataille de Poitiers (1356) et la captivité du roi Jean le Bon en Angleterre, confirme cette manière de voir; mais il faudra, dans la suite, apporter certaines précisions touchant la date d'achèvement du De Casibus et de sa publication 2.

Dans son ensemble, le traité de Boccace affecte la forme d'un long défilé d'illustres malheureux, qui comparaissent devant l'auteur assis à sa table de travail, tel un greffier qui enregistre des déclarations de témoins. Les ombres, semblables à celles qui entourent Dante à certains moments de son voyage dans l'Enfer, et surtout dans le Purgatoire 3, se précipitent vers lui en tumulte, chacune l'adjurant de l'écouter et de raconter ses infortunes, afin que son souvenir soit rafraîchi auprès des hommes. Mais Boccace a ses préférences; il fait un choix : il accueille les uns, repousse les autres, et se borne à mentionner hâtivement les « groupes de gémissants » qui passent sans s'arrêter devant lui. Puis après chaque déposition, il prend lui-même la parole, exprime sa pitié pour les uns, sa colère contre les autres, et se tourne vers le public auquel il adresse de vigoureuses admonestations. La grande diffusion que le De casibus a eue au xvc siècle, notamment en France, a popularisé ce double aspect de la figure de Boccace : témoin impartial des grandes infortunes et censeur rigoureux des

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