Notamment Pttrg.. VI
PREMIERES ŒUVRES ERUDITES 349
crimes commis par les princes. De nombreuses miniatures de nos manuscrits1, certaines scènes même de nos Mystères2 ont fixé de cette façon l'image sévère de celui en qui les générations suivantes reconnurent plus volontiers un conteur aimable et souriant.
Malgré l'élément dramatique qui se mêle ainsi à la prédication morale dans le cadre du livre, le défilé des illustres malheureux se traîne péniblement, sans que les variations sur l'instabilité de la roue de la Fortune en rompe la monotonie. Au point de vue du fond, les derniers chapitres sont les plus intéressants, parce que l'auteur, ayant à traiter de personnages relativement modernes, y exprime les impressions qu'il avait recueillies delà bouche de certains témoins oculaires, et auxquelles il mêle quelques souvenirs personnels : s'il parle de Charles Ier d'Anjou, il le fait avec toute la sympathie que lui inspirait l'ancienne cour de Naples ; le supplice de Jacques de Molav et des Templiers était un des sujets dont son père l'avait souvent entretenu3; après avoir évoqué sobrement la fière silhouette de Dante, il retrace les horreurs de la tyrannie du duc d'Athènes à Florence % et les mésaventures de Filippa de Catane le ramènent aux souvenirs toujours aimés de ses séjours à Naples3.
Au point de vue de la forme, Boccace a fait un certain effort pour varier son exposé; mais cette variété, insuffisamment réglée, est capricieuse et presque incohérente. L'élément « vision », que suppose nécessaire-
1. Voir par exemple le ms Y. in fol. 7 de la Bibl. Sainte-Geneviève (n° 1128 du catal. Kohler, t. I, p. 509-510).
2. Voir le Mystère de la Vengeance représenté à Metz en 1437, sur lequel j'ai appelé l'attention dans les Studi di Filologia moderna, t. I