‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 125 sur 199 · Id., p. 179 et suiv · texte numérisé non relu

Id., p. 179 et suiv

ment le cadre adopté, est faiblement indique : tantôt l'auteur semble l'oublier, tantôt au contraire il y fait une allusion explicite; ici les résumés historiques alternent paisiblement avec les méditations édifiantes, soit de morale chrétienne, soit plus souvent de morale politique ; là au contraire la scène prend une allure plus dramatique : les ombres envahissent la chambrette de Boccace et la font retentir de cris discordants. Dans ce cas, chacune d'elles a sa physionomie propre, généralement très réaliste : Sardanapale se présente, non pas vêtu de pourpre ou exhalant des parfums comme au temps de ses débauches, mais le visage noirci par la fumée du bûcher sur lequel il est mort; la reine Arsinoé, échevelée, laboure son visage de ses ongles; Vitellins est toujours ivre — et Boccace ne recule pas h l'occasion devant le détail répugnant. Mais à ces portraits, qui ne manquent pas de relief, ne répond que par exception la suite du récit. Deux fois celui-ci prend une forme nettement dramatique, et la leçon d'histoire se trouve ainsi remplacée avec avantage par un dialogue passionné, par une querelle violente, où la bassesse des sentiments trouve une expression adéquate dans la grossièreté du langage; la dispute d'Atrée et de Thyeste (1. I) et celle de Tibère, de Caligula et de Mcssaline (1. VII) montrent avec quelle application Boccace moraliste charge les couleurs et se complait dans l'horrible. Une fois encore un dialogue très vif s'engage entre l'auteur lui-même et la reine Brunehaut : Boccace voudrait la faire taire et l'écarter; elle insiste et, bon gré mal gré, raconte ellemême son histoire (1. IX)1. Mais pourquoi trois cha-

1. Peut-être Boccace n'a-t-il eu recours ici à cet artifice que pour s'excuser de n'avoir pas pu consulter sur Brunehaut une source plus sûre, car son chapitre se termine ainsi : « Scribens, fateor, non satis

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pitres seulement sont-ils ainsi dialogues, sur un total de biographies supérieur à quatre-vingts?

Les transitions d'un livre à l'autre sont marquées par quelques hors-d'œuvrc qui ne manquent pas d'agrément: c'est, au début du livre III, l'histoire du combat de la Fortune et de la Pauvreté, que Boccace, dans sa jeunesse avait entendu raconter à l'astronome génois Andalô di- Negro1, conte allégorique qui ne serait pas dépourvu d'un certain piquant si l'auteur avait manié le latin avec autant de verve et de malice que l'italien2; c'est encore l'entretien de Boccace lui-même avec la Fortune (1. VI): sous les traits d'un « monstre horrible » armé de cent bras, la chevelure en désordre, les regards menaçants; celle-ci envahit le cabinet où travaille l'historien-moraliste, et lui reproche avec vivacité la présomption ridicule qui lui a fait prendre la plume pour dénoncer les pièges qu'elle tend aux humains; s'imagine-t-il que les hommes se guériront si facilement de leurs folles ambitions? La réponse de Boccace renferme un exposé assez précis du but moral qu'il poursuit; mais un détail surtout mérite d'en être retenu, en raison de son intérêt psycho-

digno teslimonio usus, et ideo si quid minus verum reperire contingat, imputetur importunitati instantissimae orantis. » C'est pour cela qu'au début Boccace déclare à Brunehaut qu'il ne la connaît pas.

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