ZeUachr. f. rom. Phil., t. XXVII, p. 310 et
six ans — à étudier le droit canon. Ces données positives sont encore précisées par ce détail : l'apprentissage commercial de Giovanni avait commencé avant qu'il eût franchi le seuil de l'adolescence; or cette phase de la vie, dont le début se confond avec l'âge de puberté, commence à quatorze ans révolus1; Boccace pouvait donc avoir douze ou treize ans quand il fut mis en apprentissage.
A tous ces renseignements si précieux, le passage de la Généalogie des Dieux n'ajoute pourtant aucune allusion au départ pourNaples, événement capital que mentionne le récit du Filocolo. Est-il possible de combiner ces diverses données?
Toute la chronologie de la jeunesse du conteur repose sur la détermination d'une date, dont Boccace a fait le centre idéal de cette période de sa vie ; il s'agit de sa rencontre, dans une église de Naples, avec la belle Fiammetta, dont il s'éprit passionnément. Par malheur, il n'a pas eu la bonne idée de dire en termes tout simples, comme le fit Pétrarque2, quand cet événement avait eu lieu : son regrettable penchant pour le style allégorique et un étalage indiscret de notions astronomiques, dont il était très fier, lui ont fait exprimer sous forme de rébus plutôt déplaisants ce qu'il aurait pu dire en quelques mots. Les interprétations qui ont été proposées à ce sujet sont assez différentes ; cependant les recherches et les discussions reprises avec une nouvelle ardeur en ces dernières années n'ont pas été sans résul-
1. A. Délia ïorre a cité un grand nombre de textes concordants sur ce point, p. 73 et suiv.
2. Voir le sonnet Voglia mi sprona, où se lit clairement la date du 6 avril 1327, et en outre la célèbre notice en latin concernant Laure, inscrite sur la garde du manuscrit de Virgile conservé à la Bibl. Ambrosienne.
tais; il est permis aujourd'hui d'en dégager une solution <[iii. sans prétendre à une certitude absolue, a beaucoup de chances pour se rapprocher de la vérité.
Nous apprenons donc, dans l'Introduction du premier livre du Filocolo, que Boccace se trouvait dans le noble temple parthénopéen « consacré à celui qui, pour gagner la palme du martyre, mourut sur un gril » — l'église San Lorenzo, à Naples, — le jour où l'on célèbre « la victoire du fils de Jupiter sur le royaume de Pluton violé et dépouillé » — un samedi saint, jour où l'Eglise commémore la descente du Christ au limbe et la délivrance des Patriarches; — ce jour-là, Saturne dominait dans le ciel à la première heure — ce qui confirme qu'il s'agit d'un samedi1 — et le soleil, ayant parcouru quinze degrés de la constellation du Bélier, arrivait au seizième — renseignement dont l'interprétation commence à être plus délicate2. Pour sortir de ce mauvais pas, il nous est précieux de posséder des traités d'astronomie très exactement contemporains, œuvres du Florentin Paolo dell' Abaco, et du Génois Àndalo di Negro, que Boccace cite comme les plus hautes autorités en la matière3; or il résulte d'une application rigoureuse de leurs doctrines aux données fournies par le conteur, que le samedi saint ainsi désigné dut être un 30 mars4.