‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 14 sur 199 · A. Délia Torre, op. cit., p · texte numérisé non relu

A. Délia Torre, op. cit., p

2. Filocolo, t. I, p. 4-5; des renseignements à peu près identiques sous une forme encore plus contournée se lisent aussi dans VAmeto (éd. Moutier, p. 153-154).

3. Voir A. Délia Torre, Giovinezza, p. 37 et suiv., et 49 et suiv. — Paolo est cité dans la Généalogie des Dieux, 1. XV, c. vi (voir 0. Zenatti, Dante c Firenze, p. 280-281); Andalô di Negro vivait à Naples, où Boccace la connu; son traité des planètes nous est conservé dans un manuscrit qui a justement appartenu à Boccace; voir mes Notes sur les Mss autogr. de Boccace (Mélanges de l'École de Rome, 18U4, p. 104).

4. Pour cette démonstration, je renvoie à la discussion si approfondie de A. Délia Torre, p. 51 et suiv. — Un autre consciencieux chercheur,

LES PREMICES ANXÉlîS (1313-1335) 2g

En parcourant la table des dates de Pâques pendant la période de la jeunesse de Boccace, on s'aperçoit que deux fois cette l'ète tomba le 31 mars : en 1331 et en 1336; la question qui se pose est donc celle de savoir laquelle de ces deux années l'auteur a eue en vue. Il vient heureusement lui-même à notre aide lorsque, dans un épisode de YAmeto, il indique l'intervalle qui s'écoula entre son arrivée à Naples et le samedi saint où la beauté de Fiammetta le subjugua1. Un peu avant de pénétrer dans la ville, s'étant endormi, raconte-t-il, il eut une vision : une charmante jeune femme venait au-devant de lui, lui donnait un baiser, et l'invitait à entrer dans Naples où l'attendait le bonheur. L'adolescent ne connaissait pas la belle dame ainsi aperçue en rèvc, et il en perdit bientôt le souvenir. Mais six ans plus tard il la revit dans un nouveau lève, comme étant celle qui devait régner sur son cœur, et alors il reconnut parfaitement sa première vision; enfin, seize mois après cette dernière aventure, le jeune homme rencontre, en l'église Saint- Laurent, le samedi saint, vers dix heures du matin, celle dont l'amour lui avait été promis à deux reprises.

Donc six ans et seize mois — soit sept ans et quatre mois — s'écoulèrent entre l'arrivée de Boccace à Naples et sa rencontre décisive avec Fiammetta ; mais comme Boccace désigne les mois par les révolutions de la lune, et qu'il était trop méticuleux dans ses calculs pour confondre un mois lunaire avec la douzième partie exacte de l'année, il est prudent de réduire ces sept ans et quatre mois à sept ans et trois mois et une vingtaine de

E. H. Wilkins, arrive exactement à la même conclusion, ce qui est bon signe {The enamorment of Boccaccio, 1913).

1. Il s'agit de l'épisode de Caleone, Ameto, p. 149 (éd. Sonzogno, p. 225 et suiv.).

jours. En d'autres termes, si le samedi saint envisagé par Boccace fut le 30 mars 1331, il était donc arrivé à Naples vers le 10 décembre 1323; s'il s'agit du 30 mars 1336, son arrivée eut lieu vers le 10 décembre 1328; il paraît impossible de sortir de ce dilemme1. La première solution, qui fait arriver Boccace à Naples à l'âge de dix ans à peine révolus, a été défendue récemment, avec beaucoup de talent et de chaleur2; elle se heurte pourtant à nombre d'invraisemblances, et en particulier à un texte dont l'interprétation ne saurait être douteuse : le personnage de YAmeio, Caleone, dont le récit nous sert ici de guide, déclare qu'à son arrivée à Naples il avait atteint depuis peu l'âge de puberté3. Or médecins, juristes et théologiens du moyen âge étaient d'accord pour fixer la puberté, chez les garçons, à quatorze ans révolus4. Cette donnée ne serait pas incompatible avec la date de décembre 1327, si Boccace naquit en décembre 1313 ; mais puisque l'intervalle indiqué par rapport au samedi saint 30 mars ne permet de choisir qu'entre décembre 1323 et décembre 1328, il ne peut y avoir aucune hésitation : Boccace

1. A. F. Massera essaie cependant d'en sortir, en proposant l'année 1327 {Zeitschr. f. rom. Philol., t. XXXVI (1912), p. 198-199); pour lui, les calculs de Boccace sont approximatifs; on peut les interpréter avec une certaine largeur. J'ai réfuté cet étrange système dans le Giorn. Stor. délia lett. liai., LX, p. 448-451.

2. A. Délia Torre, La Giovinezza di G. Boccaccio, 1905, et encore Rass. bibliogr. délia lett. ilal., 1911, p. 8-10.

3. « ... Mi vidi ail' éntrata dei luoghi cercati (Napoli), ov' io entrai; e l'età pubescente di nuovo... vi trassi »; voir la discussion à laquelle j'ai soumis l'interprétation de cette phrase,. d'ailleurs embarrassée d'incidentes, dans le Bull, italien, t. XI, p. 17 et suiv. — Bien qu'il déclare mes arguments « péremptoires », A. F. Massera (op. cit., p. 196, note) maintient que Boccace entra à Naples, un peu avant d'avoir quatorze ans accomplis, et pour soutenir cette thèse, il place l'arrivée en décembre 1327, date exclue par d'autres calculs.

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