‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 130 sur 199 · Ep.Fam., XVIII · texte numérisé non relu

Ep.Fam., XVIII

Avignon, il s'était mis à l'étude du grec, sous la direction du prélat calabrais Barlaam ; mais presque aussitôt celui-ci avait dû quitter la cour pontificale pour rejoindre son évêché de Gerace, que Pétrarque l'avait aidé à obtenir, et il était mort peu d'années après1. Pilate, qui se disait élève de Barlaam, allait-il consentir à continuer l'œuvre de son maître? Sans perdre de temps, Pétrarque demanda et obtint du Calabrais, à titre d'essai sans doute, une traduction latine des premiers chants de Y Iliade'2, puis il s'en tint là. Pourquoi? Peut-être cette amorce de traduction littérale, écrite en un latin peu intelligible, ne lui sembla-t-elle pas fort encourageante ; peut-être aussi la personne dvi traducteur lui inspira-t-elle certaines inquiétudes, car avec sa chevelure noire embroussaillée et sa barbe rebelle aux ciseaux, il ne donnait pas l'impression d'un être fort civilisé; en outre son humeur était sombre, ses manières grossières, son caractère intraitable 3. Pétrarque aimait trop sa tranquillité pour s'encombrer d'un aussi redoutable « animal »4; son amour du grec n'allait pas jusqu'à ce degré d'héroïsme. Conçut-il alors l'ingénieuse idée d'envoyer Pilate à Florence, en chargeant Boccace de veiller à ce que le Calabrais s'acquittât pour le mieux des traductions qu'on attendait de lui? Il serait téméraire de l'affirmer; mais le fait est que les choses se passèrent exactement ainsi.

1. C'est en octobre 1342 que Barlaam se rendit à Gerace, où il mourut en 1348, sans que Pétrarque l'eût revu ; voir sur ce point la note de Fracassetti (Lctt. volgarizza'e, t. IV, p. 03-94).

2. P. de Nolhac, Pétrarque et l'humanisme, t. II, p. 156-157 et 173.

3. Le portrait est de Boccace : « Aspectu horridus homo est, turpi facie, barba prolixa et capillitio nigro, et meditatione occupatus assidua, moribus incultus ne'c satis ui'banus horao. » (De Gen. Deor.y XV, 6; O. Hecker, p. 272)

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