‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 135 sur 199 · Ep. Sen., VI · texte numérisé non relu

Ep. Sen., VI

de plus naturel, étant donné surtout qu'il connaissait la situation presque gênée de Boccace; celui-ci pour sa part avait payé de ses deniers le texte d'Homère qui avait servi à ce travail, et il avait hébergé Pilate, hôte peu commode. Quant aux frais de la traduction proprement dite, il paraît superflu de discuter s'ils furent supportés par Pétrarque ou par Boccace i, car on ne voit pas que Pilate ait reçu des deux amis le moindre salaire, en dehors de celui que lui versa la Seigneurie florentine pour « lire Homère » au Studio2.

La correspondance des deux humanistes, pendant cette période, ne roula pas exclusivement sur Homère : an printemps de 1362, se produisit un fait qui troubla profondément Boccace. Il reçut à Florence la visite d'un personnage mystérieux, qui déclarait être l'interprète du Siennois Pietro Petroni, mort depuis peu en odeur de sainteté; il portait à diverses personnes certaines révélations utiles à leur salut, et que le bienheureux avait eues avant de rendre son âme à Dieu. Son premier

1. P. de Nolhac a soutenu que les frais de la traduction avaient été supportés par Pétrarque (t. II, 161-163), contrairement à l'opinion de A. Hortis, qui les portait au compte de Boccace. Mais des deux textes invoqués par P. de Nolhac, l'un (Sen., III, 6) ne se rapporte manifestement qu'à la copie, l'autre (Sen., XVI, 1), moins précis et très postérieur, paraît vouloir dire plus qu'il ne dit réellement; Pétrarque écrit en 1374 : « Qui (Homerus) grœcus ad me venit, mea opéra et impensa i'actus est latinus, et nunc inter latinos volens mecum habitat. » Il est exact que Pétrarque a joué un rôle décisif dans l'entreprise (mea opéra); mais sa dépense ne peut guère être invoquée que pour ce qui suit : « et nunc inter latinos mecum habitat ». On pourrait d'ailleurs rapporter mea opéra et impensa seulement à « grœcus ad me venit ». Neuf ans plus tôt, Pétrarque avait parlé plus net, quand il écrivait à Boccace, en 1365, c'est-à-dire plus de deux ans après l'achèvement de la traduction : « Jn futurum autem, vide obsecro an tuo studio, mea impensa, fieri possit ut Homerus integer bibliothecam hanc, ubi pridem grœcus habitat, tandem latinus accédât » ; ici la dépense ne vise qu'un travail postérieur à 1365, c'est-à-dire la copie.

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